TABERNACLE DE L'ÉGLISE DE SAN FREDIANO
vasque baptismale où les chrétiens des siècles primitifs de l'Église recevaient le premier sacrement après immersion. C'est là encore un important monument de la sculpture italienne, c'est à Ravenne sans doute qu'on trouvera la solution du problème qu'offre à la perspicacité des archéologues cette admirable vasque, oïi se combinent tant d'influences diverses. Une Aiuiunziata en terra invetriata, de l'école des délia Robbia, d'un très beau caractère (surtout pour la partie ornementale), décore le mur de fond ; la partie en retour conserve les seuls vestiges qui restent du tabernacle commandé en 1489 à Matteo par Andréa Orsucci de Luca, filateur. Désormais dépouillé de la partie principale, son Saint des Saints, le « Tabernacolo », est complètement défiguré. Il avait reçu probablement deux anges en bas-relief de chaque côté de la porte d'un petit temple où s'abritait le Saint-Sacrement, suivant le parti pris habituel à ces sortes de monuments. On ne voit plus là qu'un vaste cadre, richement décoré des emblèmes de l'Eucharistie exécutés par Castelloti, et entourant un Baptême du Christ, peinture du siècle dernier, due à un certain Lorenzo ; au-dessus de laquelle on a placé une fontaine baptismale. Le peu qui reste de la main de Matteo est encore défiguré par l'addition de stucs, sorte de lambrequins mal rattachés au cadre, et dont le caractère jure avec les ornements élégants de la main du maître. On sait, par une description du xvi« siècle, qu'à l'origine le Taberiiacolo était appuyé à l'un des murs latéraux du fond de la basilique; on le démonta, en reléguant les marbres dans le magasin ; et, à la fin du xvr siècle, en 1598, comme la fabrique avait formé le projet de faire exécuter une fontaine baptismale : elle fit approprier à l'entrée de l'église, tant bien que mal, le cadre extérieur du tabernacle ; c'est dans ce remaniement que le Tabernacolo disparut et qu'on le remplaça par une fontaine.
Ces Tabernacoli, vers la fin du siècle, étaient tout à fait à la mode ; Florence avait donné l'exemple, et, de Pise à Prato, à Fiesole, chaque sanctuaire avait son tabernacle ; le nombre de ces petits édifices qui nous sont restés est considérable. Chaque église de village voulait avoir le sien ; les actes notariés nous ont révélé l'existence de
CTVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE
ceux que Matteo exécuta dans la campagne de Lucques. Nous avons voulu nous rendre compte de leur plus ou moins d'importance, et nous les retrouvons à leur ordre chronologique; mais qui peut dire combien de ces petits monuments, faciles à enlever et à soustraire, et qui décoraient alors des couvents ou des confréries, sont passés de là dans les collections publiques ou privées !