PONT SUR LE SERCHIO HT FORTIFICATION DE LA VILLE
X n'a point oublié que Matteo était un architecte habile; un contrat passé le 8 avril 1490 en l'étude de M" Jacopo Donati nous le montre assumant la charge de construire un pont sur le Serchio, à Moriano, à cinq milles de Lucques. C'était le délégué à « r Uffizio sopra l' entrate » de la commune, qui représentait dans cette circonstance le Conseil des Anciens. Le nom de Domenico Bertini, l'infatigable protecteur du Civitali , figure au contrat, mais cette fois, c'est comme faisant partie du Conseil de la commune. Notre sculpteur devait faire le projet et le modeler; il s'adjoignit deux maestri vuiraiori, les maçons Jacopo da San Vito et Marco, son fils. A une année de date, le pont fut livré à la circulation. C'est une note qui a son prix, elle nous montre les facultés multiples des hommes de ce temps-là, et le fait est commun à presque tous les artistes de cette génération. Un an après, Matteo allait assumer, en illustre compagnie, une tâche plus lourde encore et se révéler sous un jour nouveau. Il
CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE
était architecte, le voilà ingénieur militaire ; il livrera au Conseil des Anciens les plans de la fortification de la ville qu'on lui a commandés. Les murs étaient déjà à l'abri de l'ennemi, et Lucques bien des fois leur avait dû son salut ; mais les découvertes des Roberto Volturio, des Sigismond Malatesta, celles du roi d'Aragon Alfonse et des grands condottieri du nord de l'Italie, qui avaient substitué l'artillerie aux armes de trait, avaient inutilisé toutes ces masses de pierres. Le fameux Francescodi Giorgio Martini, de Sienne, célèbre entre tous les ingénieurs de son temps, sculpteur lui aussi, et dont M. Promis a restitué la personnalité, avait été appelé à Lucques; Matteo concourut avec lui dans le but commun, et présenta son projet à côté de celui du Siennois. Il n'est pas certain que les petits modèles du Civitali aient été exécutés, mais il résulte d'un document des archives d'Etat de Lucques que, le 23 avril 1400, on lui en payait le prix dont il donnait reçu.