‹ Matteo CivitaliChapitre 3 sur 53 · SCULPTEUR LUCQUOIS · texte numérisé non relu

SCULPTEUR LUCQUOIS

PERSONNALirK DE l'aRTISTE. — CARACTÉRISTIQUE DE SON TALENT ET DE SA MANIÈRE IL EST LE DERNIER DES Q.UATTR0CENT1STI NÉCESSITÉ DE LUI DONNER SA PLACE DANS l'hISTOIRE DE l'aRT

Matteo CiviTALi, né en 1436, meurt en 1501 ; sa vie se passe entre Florence, Lucques, Pise, Gênes, Sarzana et Carrare. Né dans le plus beau siècle de l'art en Italie, il a vécu dans la région qui a vu surgir les plus belles œuvres d'art depuis l'antiquité, et il a connu Donatello, Verocchio, Desiderio da Settignano, Mino, Luca délia Robbia et les Rossellini. Matteo n'est point un inventeur, ni^ par conséquent, un homme de tout premier ordre ; il suit l'impulsion donnée par les grands trouvcurs, et ce n'est

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

que dans l'application de leurs formules qu'il montre une expression personnelle où se reflète une âme exquise.

Quand il entre en plein dans la production personnelle et originale (et il n'y entre guère qu'à quarante ans), les grands maîtres de la Proto-Renaissance ont déjà imprimé leur caractère au temps et trouvé leurs formules : il faudra le génie de Léonard et l'extraordinaire tempérament de Michel-Ange pour renouveler la face de l'art, faire un pas en avant, et exprimer des idées nouvelles dans une nouvelle forme.

A l'aurore du xvp siècle et au déclin du xv«, lé sculpteur Matteo est bien l'anneau de la chaîne qui relie les deux époques ; quelques années encore et c'en est fait de l'expression des doux sentiments, de la demi-teinte harmonieuse et de cette sobriété des reliefs, où la vie est intense, parce qu'elle se révèle par ses accents les plus essentiels ; où le dessin est grand, parce qu'il est concentré et rassemblé ; où l'expression est forte, parce que la main traduit l'émotion de l'âme, Matteo est le dernier qui reste encore contenu, doucement ému, pieusement recueilli, ennemi du tumulte, des grands gestes, des contorsions superbes et des gigantesques efforts : il sculpte, pour ainsi dire, en ton mineur. A une certaine période de sa vie, on peut passer sans le voir, parce qu'il est voilé, modeste, et ne cherche que l'expression douce et les doux sentiments ; on peut ne pas l'entendre, parce qu'il parle bas ; mais si on s'approche et si on l'écoute, il vous dit des choses exquises. Il sait refléter dans ses œuvres la tendresse infinie de son cœur et la foi profonde qui l'anime, et pour ceux qui n'ont point visité Lucques, il suffit d'arrêter les yeux sur une seule figure tendant les bras vers un calice, au mur du Bargello de Florence, pour qu'ils écrivent son nom parmi ceux des maîtres.

Le Civitali est entré dans la carrière vingt ans trop tard ; la postérité le lui a fait sentir, car, en dehors de sa patrie et de sa réputation locale, elle l'a ignoré pendant des siècles. Vasari avait bien prononcé son nom, mais il attribuait une de ses plus grandes œuvres à Pagno di Lapo Portigiani ; ce n'est qu'au commencement de ce siècle que les écrivains locaux ont revendiqué son œuvre et

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