‹ Matteo CivitaliChapitre 4 sur 53 · CARACTÉRISTIQUE DE SUN TALENT · texte numérisé non relu

CARACTÉRISTIQUE DE SUN TALENT

recherché les preuves de son existence à l'appui des monuments. Peu à peu l'intérêt s'est éveillé ; de Gênes à Pise on a secoué la poussière des archives pour rendre au sculpteur lucquois son état civil ; aujourd'hui son nom est célèbre, et c'est répondre au vœu de tous ceux qui peuvent s'émouvoir en face de tant de grâce et de tant de douceur, que de restituer cette charmante figure d'ardste. On l'a compris, on l'a goûté, on le recherche ; mais la nature de l'intérêt qu'il excite est d'un caractère si pur, d'une nuance si douce, si émue, qu'il ne faut pas se faire d'illusion ; nous n'aurons pour lecteurs que la phalange peu nombreuse de ceux qui se laissent attendrir par le marbre et qui prêtent l'oreille aux harmonies voilées.

John Addington Symonds, dans le beau livre tout plein de son âme, qu'il a écrit sur « la Renaissance en Italie », caractérise en quelques lignes le génie de Matteo. « Il excelle à représenter par la sculpture les facultés de l'esprit et, dans toutes ses œuvres, il a su exprimer le sentiment de la prière avec une telle profondeur et une telle intensité, qu'on sent que l'âme de l'artiste éprouvait le besoin de se fondre en adoration et d'imprimer au marbre cette sorte d'extase dans laquelle il était plongé... Son autel de Saint- Régulus peut être regardé comme l'épitomé de tout ce qu'a produit de plus remarquable la sculpture toscane des premiers temps de la Renaissance. »

C'est ce sentiment de ferveur qui nous touche en Matteo, c'est bien l'accent particuHer du maître, ce qui fait son originaUté et son génie ; plus tard nous parlerons de sa technique, de sa façon de traiter le marbre, qui lui est spéciale aussi. Il est bien certain qu'il y a en lui quelque chose de la ferveur qui anime le moine du couvent de Saint-Marc, alors que, peignant les cellules de ses frères, il semble écouter les concerts célestes. Lorsque la plupart de ses illustres devanciers sont imbus de l'antiquité au point de fondre ensemble l'idée chrétienne et l'idée païenne, et de trouver ainsi la formule sculpturale du xv« siècle ; Civitali n'emprunte rien aux idoles, ni son pli large et sûr qui fait penser à celui de Fra Bartolommeo, ni son exprès-

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

sion candide et ses ravissements extatiques qui rappellent le moine de Fiesole, ni son large modelé à la fois simple et savant.

Si nous passons de l'expression morale et du caractère à la technique de l'art, essayant de faire comprendre l'intérêt qui peut s'attacher à la carrière du sculpteur et à la valeur personnelle de l'ouvrier; Matteo doit être envisagé sous un nouvel aspect. C'est un des ornemanistes les plus exquis qu'ait comptés l'art florentin, et là il est d'une pureté antique : s'il emprunte à la Grèce et à Rome tous ses éléments décoratifs, il sait les transformer, il les assouplit, et il les applique.

Encore qu'il ait appartenu à une famille qui compte des illustrations sans nombre, des artistes et des historiens appréciés^ et malgré une circonstance très spéciale de sa vie qui le rattache au mouvement intellectuel de son temps, et la singulière variété de ses productions, je ne le crois pas un lettré. Il n'y a pas de reflet littéraire dans son œuvre comme dans celle de quelques-uns de ses devanciers qui évoquent les légendes, les faits de l'histoire, les mythes et les idées philosophiques de l'antiquité. Il reste purement religieux, et on ne connaît pas une seule de ses œuvres qui n'ait pour but le culte ou la glorification du culte ; mais c'est bien l'ouvrier de la première Renaissance, apte à tout et savant en toutes choses ! Il est sculpteur, architecte, ingénieur militaire, ces heureuses dispositions se révèlent dans les monuments du sculpteur, et, dans l'arrangement des divers plans d'un petit édifice et l'appropriation des formes aux dispositions et aux usages de la vie pratique combinés avec le charme de l'aspect : il n'a peut-être pas de rival. Le Volio Santo de la cathédrale de Lucques est un vrai chef-d'œuvre d'architecture déjà très avancé pour son temps; ses balustrades de la cathédrale, sa chaire à prêcher, les grandes compositions d'ensemble où la statuaire vient jouer son rôle, juste à la place qu'elle doit occuper dans un monument; accusent Tartiste savant qui manie le compas et qui trace un plan avec toute l'autorité d'un maître ; enfin, s'il n'est pas prouvé qu'il soit l'architecte de quelques-uns des plus beaux palais de Lucques, il faut porter à son avoir un pont sur le Serchio malheureusement détruit, et les des-

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