‹ Matteo CivitaliChapitre 39 sur 53 · SCULPTURES AU MUSÉE DE LUCQUES · texte numérisé non relu

SCULPTURES AU MUSÉE DE LUCQUES

un petit oratoire de la Madone de la Porta San Pietro, à gauche de la porte, dans une partie un peu obscure. Ceux qui ont le goût des arts devront accorder, avant d'entrer, un regard attentif à la Madone placée au sommet du fronton; elle a son intérêt au point de vue archéologique.

Malgré l'unité qui nous a frappé dans l'œuvre du sculpteur, et malgré le respect relatif dont on a entouré sa mémoire, il n'y a point à se dissimuler que celui dont la ville doit hautement s'honorer parce qu'à Lucques il est un chef d'Ecole et un producteur infatigable au seuil du xvp siècle; a vu nombre de ses œuvres dispersées par ceux même dont la mission devait être de les livrer intactes à la postérité.

Nous savons ce qu'on a fait du Parapcto de la cathédrale, de \' Alltel du Saint- Sacrement de la même église, de celui de San Ponziano, du Tombeau de San Romano, et même de la chapelle de Gênes remaniée et, par certains côtés, aujourd'hui défigurée ; le musée de Lucques a reçu quelques fragments qui ont encore du prix, Londres, en son Kensington Muséum, en possède un du plus intéressant caractère : et nous ne répondrions point que quelque collection trop discrète ne cache encore à nos recherches entêtées d'autres fragments dont nous avons suivi longtemps la piste. Nous comptons les présenter ici au lecteur.

BAS-RELinF L'ANNONCIATION DE LA VIERGE PROVENANT DU MONASTÈRE DE SAN-PONZIANO

u Musée figure le bas-relief que nous reproduisons ici : ce n'est qu'un fragment; mais la partie ornementale en est exquise ; le coup d'outil (signature du maître ) qui détache les perles de l'ornementation, le petit chapiteau spécial à Matleo, le fruit du haricot dans sa cosse, si joliment élevé à la hauteur d'un élément décoratif, et les guirlandes avec les petits Puiti,

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CIVITALT, SA VIE ET SON ŒUVRE

qui rappellent ceux de la porte de la Madone de la Rose : tout ici crie le nom de Matteo , quoique aucun document ne vienne certifier l'auteur du travail et la date de son exécution, La figure de l'ange agenouillé a quelques-unes des charmantes qualités qui recommandent les fameux anges du Saint-Sacrement ; et, cependant, il y a là quelque chose d'incohérent qui frappera tous les connaisseurs; /a Vierge n'est pas à l'échelle de lange; la main levée, n'a aucun des traits qui distinguent Matteo dans son modelé discret et savant; et la draperie même est de telle nature qu'on conçoit la pensée d'une collaboration malheureuse. Les œuvres des artistes ont leur destin. Il suffit d'un dissentiment avec celui qui les commande pour qu'elles restent inachevées ; un incident difficile à spécifier arrache le sculpteur à son bas-relief; un passant vient, qui l'achève. J'ajouterai pourtant que l'un des hommes de ce temps qui passe pour impeccable (peutêtre même celui qui fut en France l'initiateur des Quattrocentistï)^ M. Eugène Piot, auquel nous avons soumis nos doutes, ne répugne pas à croire qu'il n'y ait là une œuvre, iine^ de Matteo, tout en reconnaissant que les deux figures ne sont pas à la hauteur l'une de l'autre. Le soupçon est né en nous ; nous le communiquons au lecteur qui pourra juger, car la reproduction est assez heureuse. J'ajouterai que l'historien Trenta (i) a connu le bas-rehef, et qu'il le regarde comme une des premières productions de Matteo; il a trouvé dans un document contemporain la trace de sa description « Maria vergine con r arcangelo Gabriele in atto di annunciar le il gran mistero ». L'origine est donc fixée; le bas-relief provient du monastère de San Ponziano et, probablement, il en décorait le réfectoire. Il figure aujourd'hui au musée de la ville.

(i) Memoric e Documenli per servire ail' istoria del Ducalo di Lucca. — Tome viu, Lucca, 1288.

SCULPÏUHKS AT MUSÉE DE LUCqUES

SAINT-SILAO AU MUSÉE OK l.UCQUF.S

ARMi les travaux de Matteo on comprend d'ordinaire, un évêque, gisant sur une tombe qui représente Saint Silao. On sait que ce fragment, qui a son intérêt, provient de l'église de Sainte-Justine, aujourd'hui détruite. Nous n'inscrirons pas, quant à nous, le Saint Silaiis dans le catalogue des œuvres de Matteo; la figure porte le caractère de son école ; mais on ne retrouve là aucune de ces finesses et de ces recherches de modelé qui le distinguent; le maniement du marbre, /e faire de l'artiste, qui est comme sa signature, ne présente pas son caractère. Nous sommes disposé à voir là une œuvre d'Ecole ; M. Enrico Ridolfi est de cet avis ; les amateurs se rallieront sans doute à notre opinion.

CIVITALI, SA VIE ET SON ŒUVRE

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