LES TRAVAUX DE GÊNES
pourraient suppléer à toute description, et ici il faut nous contenter d'une représentation approximative.
Quelques-unes des statues sont signées, et les trois bas-reliefs de gauche sont une variante, composée en hauteur, des trois petits sujets qui décorent l'autel de Saint Réguhis.
Les six statues peuvent se considérer deux par deux — Adam et Eve — Zacharie et Elisabeth — Habacuc et Isaïe. Comme observa- / tion générale, elles rappellent certainement, avec plus ou moins de bonheur, les statues de Saint Régulus. Le pli est plus ou moins large ici ou là, mais il est, non seulement de même école, mais de même dessin et du même artiste, et la parenté est très étroite entre les deux œuvres. C'est l'avis de M. Ridolfi, que ces statues ont été faites à Lucques et portées à Gênes ; je le croirais volontiers. Les nus sont altérés par des additions impies d'étoflfes pudibondes qui déshonorent les figures et feraient douter du talent de Matteo. Nous dirons, sans détour, qu'à côté de morceaux exquis, les bras, les mains, les jambes ; il y a çà et là des défaillances qui caractérisent les œuvres de facture abandonnées aux praticiens. Ajoutons qu'on peut conclure d'un sérieux examen qu'il y a là trois époques distinctes de la vie de l'artiste ; on a fait la commande, on a suspendu les travaux, il les a repris^ et enfin ce n'est qu'assez tard dans sa vie qu'il les a complétés : Matteo tout entier s'y retrouve avec ses qualités suprêmes, ses mollesses et cette particularité indéniable qu'il prend son bien où il le trouve^ car il a répété volontiers et ses formes et ses conceptions. Il faut établir nettement que les bas-reliefs supérieurs. Episodes de la Vie du Précurseur^ sont de lui, et que le Baptême qui leur fait face, au mur de droite, est d'une autre main.
Perkins, dans ses « Toscans scultors » (i), assigne à ces travaux la date de 1490, sans donner la raison de son assertion. Il classe cette œuvre d'ensemble comme les produits de sa quatrième manière; le Saint Sébastien selon lui, caractériserait la première, le Tombeau de
(i) Les Sculpteurs italiens, parCharles Perkins. — lidiiion française. Paris, 1879.
Noceio^ la seconde (et, dit-il, la meilleure) les Anges de l'autel du Saint- Sacrement^ appartiendraient à la troisième, enfin, les œuvres de Gênes, dont le style extravagant contraste fortement avec celles qui
Un des côtés de la Chapelle de San Giovanni. — (Cathédrale de Gènes.) Face à droite de l'Autel.
l'ont précédé : constitueraient la quatrième. Nous ne professons pas cette opinion, malgré la bien sincère déférence que nous aurons toujours pour l'auteur des « Toscans scultors » ; le Tombeau de Noceto ne saurait être la meilleure manière de Matteo, par la raison
LES TliAVAUX DE GÊNES
dominante que ce n'est à aucun titre une oeuvre originale ; c'est l'efifort vigoureux et intéressant d'un sculpteur capable de mener à bien une grande machine, mais qui se souvient trop de ses devanciers et n'a pas encore atteint son développement. Quant aux Anges du Saiiil- Sacrement^ c'est là une œuvre de la race du bas-relief de \dL Foi d\\ Bargello ; on aura tout dit quand on se souviendra que Michel-Ange y a pensé en sculptant ses anges un peu lourds de Bologne; comme il pensa aux bas-reliefs de la création de Jacopo délia Ouercia qui ornent les portes de San Petronio de Bologne, en dessinant la création de l'homme de la chapelle Sixtine.
FRAGMENTS D'ŒUVRES DE MATTEO CONSERVÉS A LUCQ.UES SCULPTURES DANS LE MUSÉE DE LA VILLE
L faut noter encore, pour justifier la prétention que nous avons d'épuiser la liste des ouvrages de Matteo, l'ornementation extérieure de la porte principale du petit oratoire de Santa Maria délia Rosa ; deux petits anges sculptés sur le linteau, une frise et des rinceaux courant dans le chambranle; ornements délicats dans lesquels excellait le sculpteur.
Les voyageurs qui visitent Lucques devront inscrire, parmi les œuvres de l'artiste qui échappent à l'investigation la plus minutieuse, une sorte de pierre tombale représentant deux moines en bas-reliefs étendus, serrés l'un contre l'autre, la tête et les pieds sont posés sur un coussin, les yeux sont clos par le sommeil ou par la mort, et les mains jointes égrènent un chapelet. Nous devons au commandeur Consani, un sculpteur épris du talent de Matteo, un beau dessin de l'une des têtes. Le monument que décorait cette sculpture est aujourd'hui détruit; une main pieuse en a recueilli les fragments qui ornent