LA VICTOIRE DE U AISNE
Soissons et les corps anglais firent savoir qu'ils rencontraient une dure résistance. Le grand état-major et le généralissime comprirent que le mouvement de retraite des Allemands était arrêté. L'ennemi avait trouvé ses trous. La bataille de l'Aisne s'ouvrait.
Elle a duré environ quarante jours. Du fond de leurs terriers, menés le revolver au poing par leurs terribles officiers, les masses allemandes maintes fois ont essayé de reprendre l'offensive ; elles ont fait rage sur Soissons et sur Reims; mais, de jour en jour, elles se sentirent plus dominées, et voici qu'elles doivent décamper. Après la victoire de la Marne, après la victoire de l'Aisne commence la bataille du Nord.
Nouvelle bataille, nouvel effort grandiose, mais d'un résultat encore plus certain, car, Français et Allemands, nous avons bien changé depuis deux mois et demi ! Reportez vos regards en arrière, alors vous vous sentirez solides. L'avenir est facile auprès du passé. Le Times exprime une pensée forte et vraie quand, ayant mesuré le terrain reconquis, il ajoute : « Les troupes alliées ont pris une supériorité morale sur l'ennemi. »
Les Allemands commencent à douter d'euxmêmes. Ils ouvrent des tranchées sur leur propre sol pour s'y aller terrer bientôt, et leurs simples soldats geignent, montrent des photographies de leurs femmes et de leurs enfants, se plaignent de leurs bourreaux d'officiers. Quelqu'un qui les a vus dans les familles où ils logent à Bruxelles me donne des détails sur ces bandes effroyables d'esclaves sous le
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bâton. Par contre, est-il encore en France et dans le monde un homme sain d'esprit qui doute du triomphe des alliés?
Salut au roi Albert I Salut au maréchal French I Salut au généralissime Joffre qu'entourent nos savants et vaillants chefs d'armée ! Salut au peuple admirable de nos officiers et de nos soldats et de ces mères françaises, glorieuses d'avoir élevé des héros I Salut à cette frontière mouvante que nous fait la poitrine de nos fils et qui après avoir resserré la patrie jusque sous les murs de Paris s'élargit, regagne le Nord et respire largement.
La puissance germanique sera brisée, morcelée, ramenée à la raison, et les Allemands eux-mêmes redevenus Saxons, Bavarois, Badois, protestants, catholiques et le reste, baiseront nos genoux en nous remerciant de les avoir guéris de leur coûteux délire collectif d'orgueil.
Encore un effort ! Les données de cette grande lutte sont presque mathématiques et le résultat abstrait est certain : seulement les éventualités concrètes restent multiples et terriblement cruelles. Moins cruelles pourtant, on peut le croire, depuis quelque dizaine de jours. On dit que le généralissime aurait déclaré : « Je puis les déloger de leurs trous en sacrifiant tant de milliers d'hommes ; je puis les déloger, à moins de frais, avec de la patience. » Et il a préféré, avec l'approbation de tous, la patience. Toute la nation, combattante et non combattante, admire et remercie Joffre et l'état-major.
Hier, dans VEcho, René Bazin écrivait un article plein de vérité et d'émotion. Il disait que tous les Fran-