BANS LES RUINES
contracté par un sentiment simple : comme nos frères ont dû souffrir! Quand il y avait Tatmosphère, rhorreur, les hurlements, la flamme, les morts, toute la musique, tout Tenfer, qu'est-ce qu^ils ont subi? Et le château, dans son parc charmant, qu'estil devenu? Le voilà : un chicot noirâtre derrière ses hautes grilles tordues et sur un décor de belles frondaisons qui retournent à la libre nature.
Je ne résiste pas au désir de faire quelques pas dans ces parterres ruinés, où jadis je me suis promené avec tant de plaisir. Dans leurs demi-ténèbres, je croise un gamin qui s'en va d*un pas ferme en sifflant. Il est vêtu d'une tunique de fantassin français. Qu'ai-je besoin de rien lui dire? J'ai tout mon renseignement, à le voir vigoureux, joyeux, militaire, bien allant, vêtu de la défroque d'un mort. Bel héritier, salut !
« Et les Prussiens? lui dis-je.
— Y m'ont fait deux heures prisonnier. »
Il s'éloigne en sifflant derechef une marche. Et moi, je m'en vais à la recherche des femmes qui furent les anges de ces ruines.
4 novembre 1914.
Me voilà donc^ au soir tombant et sous la pluie, dans les ruines de Gerbéviller-la-Martyre, qui cherche les religieuses portées à Tordre de l'armée par le général de Castelnau.
— Vous voulez voir la chère sœur Julie? 11 n'y a pas à vous tromper. C'est la maison qui reste, en montant, à votre main droite.
La maison qui reste! La voici : une maison sans cachet, mi-paysanne, mi-bourgeoise, et la salle à manger, où j'attends quelques minutes la sœur, est ornée d'une suspension en camelote de bazar. Je suis bien content de cet ensemble sans grâce, commun. Je vais voir en pleine vie médiocre un fruit né de la circonstance.
Mais voici M"* Julie Rigarel, en religion sœur Julie, celle-là même que le général a glorifiée, que le préfet est venu embrasser, à qui le sous-préfet a conféré provisoirement tous les droits du maire.
— Ma sœur, avec un grand respect, le président de la Ligue des Patriotes vous salue.
Et j'explique à la noble femme que je parcours la Lorraine pour me renseigner sur les vilenies des Allemands et sur les mérites de mes compatriotes.
Je distingue mal ses traits, dans la faible lueur
que donne la petite lampe à pétrole de la suspension. Je vois seulement que c'est une personne un peu forte, débrouillarde, parlant vite, avec beaucoup d'accent, pareille à toutes les religieuses et à beaucoup de dames de nos petites villes, mais demeurée plus rustique et rayonnante de bonté.
« Mais, qu'est-ce que j'ai donc fait pour qu'on s'occupe de moi comme ça! Les sœurs de Saint- Charles sont hospitalières, je ne devais pas agir autrement. »
Les sœurs de Saint-Charles ! la congrégation lorraine par excellence, une vieille fondation de notre duché. De par leurs lettres patentes, du xvii* siècle, elles avaient mission de prier pour la conservation et la prospérité de la maison de Lorraine. Elles viennent de bien servir l'honneur du peuple lorrain.
« Soit! ma sœur, vous n'avez rien fait qui soit extraordinaire pour une sœur de Saint -Charles. Mais des choses extraordinaires, vous en avez vu.
— Ah ! j'en ai vu ! La grande fusillade et le bombardement, ce fut le 24 août, de neuf heures du matin à neuf heures du soir. Dans la nuit du 23 au 24, on nous avait envoyé des petits alpins pour défendre le passage. Une cinquantaine, et si jeunes, des enfants. Ils se battaient. Nous recevions des bombes, des balles. Le maire leur dit : « Mes enfants, vous ne pouvez rien, ils sont trop nombreux. Et vous allez exposer le village. » Ils répondirent doucement : « Le général nous a donné l'ordre de tenir jusqu'au bout. » Et ils tinrent jusqu'au soir, où l'infanterie allemande arriva dans le centre de la ville. A ce moment, ils réussirent à se glisser à ras
de terre et puis par-dessus les murs du cimetière, sans que les Allemands les vissent. Alors ceux-ci s'en prirent aux gens de la ville. Ils entraient dans chaque maison en frappant et chassant tout le monde. Un officier arriva chez moi avec des soldats. Il monta chez mes blessés. Les pauvres petits tremblaient. Et moi, j^ me suis mise entre eux et lui, et je disais : « N'y touchez pas! ils sont blessés. » Alors il allait à chaque lit et jetait, lui-même, la couverture à terre, pour voir les pansements. Il avait un revolver dans une main et un poignard dans Tautre. Je le suivais, je le précédais. Ah ! j'étais effrontée. J'en suis encore étonnée. Gomment ai-je osé? Je ne savais pas alors qu'ils étaient en train de tuer et de martyriser des femmes dans le village. »
Elle me donne des détails sur les crimes des Allemands contre les personnes, et, soudain, épouvantée par les images qu'elle réveille :
« Croyez- vous qu'ils reviendront? me dit-elle. Oh ! j'ai peur! »
Cette interruption est belle; elle laisse voir la nature sous l'excellence de la religieuse.
« Ils vous ont épargnées, vous et vos religieuses, ma sœur?
— Je soignais leurs blessés comme les nôtres. C'est mon devoir de sœur de Saint-Charles. J'ai le droit de préférer les nôtres, mais, eux, je les soignais également. Tenez, le 25 août, nous avons eu 258 blessés prussiens, et personne pour les soigner. « Et vos majors? leur disions-nous. — Ils nous ont abandonnés ». — Nous les pansions. Nous ne savions rien faire de savant. Il y en avait un, ses deux
doigts pendaient : je les ai coupés avec mes ciseaux. C'est à Roselieures surtout qu'ils ont été massacrés par notre 75, Ils n'avaient plus de mollets, plus de joues, plus de côtes.
— Se plaignaient-ils ?
— Non. ils disaient : « Ça me brûle. » « Ils étaient entrés à Gerbéviller, le 24 août, le soir, je vous l'ai dit. Eh bien ! le 28, à cinq heures du soir, les Français rentraient. Vous pensez quelle lutte, et qui a duré, sans discontinuer, jusqu'au 13 septembre, à huit heures du soir. C'était la bataille toujours, le duel d'artillerie, la mitrailleuse surtout, ce que nos gens appellent le moulin à café. »
La sœur me donne un tas de renseignements que je laisse glisser à terre pour recueillir seulement ce qui m^ la fait connaître elle-même. Ce n'est pas le désastre dé Gerbéviller que je lui demande; j'ai vu les ruines ; et ce n'est pas non plus le récit du combat : il faudrait le placer dans le centre des opérations. Je suis venu pour la voir, elle-même, pour voir une personne qui possédait à son insu une puissance héroïque et qui s'est révélée dans un mouvement d'enthousiasme quand cela fut nécessaire.
« Monsieur le curé, me dit-elle, avait été emmené par les Allemands. L'église brûlait. Alors l'idée m'est venue soudain que le ciboire ,était en danger. J'ai couru le prendre dans le tabernacle, je l'ai apporté ici, et m'étant mise à genoux, je me suis communiée. »
Ici, dans cette salle, sous la suspension dorée! Ce tableau m'explique la sœur Julie : une nature excel-
lente, formée divinement. Je me trouve en présence d'une personne de la campagne, pleine de bonté et d'esprit pratique, mais tout cela rehaussé par le sentiment mystique.
Tandis que nous causions, d'autres sœurs, des infirmiers, des officiers, des soldats et puis des éclopés, des réfugiés, parmi lesquels des enfants, et quelques-uns des pauvres habitants revenus dans les ruines sont entrés, l'un après l'autre. Ils m'expliquent qu'ils ont fini d'enterrer les morts de la bataille et que le lendemain matin, au milieu des tombes, on dira pour eux une messe en plein air. Ils me demandent d'y prendre la parole; la sœur Julie insiste, et moi, j'en décline l'honneur, non certes que je veuille m'épargner un petit effort, quand il s'agit de gens qui se sont fait tuer, mais parce que je me sens indigne d'un si grand rôle réservé dans mon esprit aux prêtres, aux soldats, à ceux qui ont souffert.
c< Vous auriez fait plaisir à tous » .
Ce mot de la sœur Julie me poursuit dans l'obscurité où je me retrouve, tandis que la voiture, une fois encore, nous fait traverser les ruines et court vers Lunéville. Je songe au service qu'elle nous rend en manifestant la générosité morale de notre nation auprès des horreurs allemandes. C'est par elle que l'on comprend le cri de l'orateur sacré : « Les mains élevées vers le ciel enfoncent plus de bataillons que les mains armées de piques et de lances ». Il est certain que cette religieuse qui soigne les assassins eux-mêmes, sur le lieu de leurs assassinats, lorsqu'elle est la fille et la sœur des victimes,
UAME DES RUINES — 97
VOUS a une autre allure dans Gerbéviller que les Ivrognes sur le charnier dans Raon. Souhaitons qu'elle soit vue dans les décombres de sa ville, cette âme rayonnante de femme française, par les Américains et par les nations neutres qui balancent entre la France et TAUemagne. Mais qu'avais-je besoin, tout à Theure, d'opposer à son désir mes scrupules 1 Elle a organisé une belle cérémonie ; elle trouve que mes titres, quels qu'ils soient, y ajouteraient quelque chose; je n'ai qu'à lui obéir. Retournons à Gerbéviller.
J'y retourne et je lui dis :
« Ma sœur, c'est entendu. Je vais coucher à Luné ville, mais demain, à neuf heures, bien exactement, je serai de retour et vous rejoindrai, pour la messe, sur le plateau, entre Gerbéviller et Moyen. »
MAVmiCB «AJIMS.
9 novembre 1914.
Au matin, je m'en suis retourné de Lunéville à Gerbéviller et un peu au delà, vers Moyen. Il avait plu toute la nuit, la terre était défoncée ; il faisait froid, et le vent apportait, par intervalles, le bruit sourd du canon. Sur les vallonnements du plateau que nous suivions, au-dessus de la Mortagne^ plus un arbre, rien que des troncs coupés à un mètre de terre. Ces troncs mutilés attestent encore l'acharnement d'une bataille de vingt jours, mais les derniers cadavres viennent d'être enterrés, et je me hâte pour assister à la messe sur les tombes.
Quand j'approchai de Moyen, il y avait à droite de la route, dans les champs, une petite foule. Vers cette foule, de toutes parts, à travers les terres, des gens silencieux s'acheminaient.
Je quittai la voiture et m'en allai à pied vers ce rassemblement. Un groupe d'officiers vint à ma rencontre et nous nous serrâmes la main, en même temps qu'ils se nommaient. Rien de plus. A quoi bon parler? Cet horizon rempli de tertres funèbres exprimait assez nos pensées.
Un paysan s'approcha et me dit :
« Je suis le maire de X... J'avais cinq maisons.
De mes cinq maisons, il ne me reste rien. Et le pardessus que vous me voyez sur le dos, je l'ai emprunte à une personne de Lunéville.
— Monsieur le maire, la France a le devoir de vous habiller, de vous abriter et de vous nourrir ».
Il me montra un groupe tragique de vieillards, de femmes et d'enfants, venus des villages détruits, rejoindre cette réunion de soldats et prier pour leurs défenseurs. J'allai leur répéter les mêmes paroles. Puis je me plaçai au milieu des offlciers et des majors, à côté de la sœur Julie, l'ange des ruines, toute plongée dans son paroissien et des lunettes sur le nez.
Nous étions là sur le principal ossuaire des champs de bataille de la Mortagne et Ton allait y célébrer un service pour les morts semés dans cet horizon à perte de vue, depuis Saint-Dié jusqu'au delà de Lunéville.
Qu'on se représente la scène, quelques centaines de soldats, massés autour d'une tombe longue de trente mètres et ornée de drapeaux, de pauvres bouquets et de faisceaux d'armes. A la tête de cette tombe, deux groupes, l'un de paysans sinistrés, l'autre d'officiers et de religieuses, encadrant un autel où monte un prêtre. Il s'incline et ses vêtements sacerdotaux laissent voir son pantalon rouge.
Le prêtre soldat I figure étonnante qui réapparaît à de longs intervalles dans l'histoire de France, évêque des chansons de gestes^ moine guerrier des croisades, curé de 1914 : homme en qui résident deux mystères, et qui dispose d'une double puissance pour nous émouvoir. Toutes les têtes se découvrent, toutes les figures se contractent. El tan-
dis qu'il procède à Toffice divin, chacun se livre aux songeries du cœur. Nous revivons les grands âges primitifs et purs de notre race. Le mensonge s'enfuit; les rites redeviennent capables d'élever, d'emporter les esprits dans le ciel. Au lointain le canon tonne ; nos villages ruinés sonnent leurs cloches malheureuses. Et quand le prêtre-soldat élève le calice au-dessus du champ de bataille, on entend palpiter les âmes.
Vous étiez là, jeunes filles de Moyen, vous les trois sœurs H... qui avez écrit la lettre sublime au frère et qui d'une voix pressée lui disiez :
Mon cher Edouard,
J'apprends la nouvelle que Charles et Lucien sont morts dans la journée du 28 août; Eugène est blessé grièvement. Quant à Louis et à Jean ils sont morts aussi. Rose est disparue. Maman pleure ; elle dit que tu sois fort et désire que tu ailles les venger. J'espère que tes chefs ne te refuseront pas ça, Jean avait eu la Légion d'honneur; toi, succède-le.
Ils nous ont tout pris. Sur onze qui faisaient la guerre, huit sont morts. Mon cher frère, fais ton devoir; Ton demande que ça. Dieu t'a donné la vie, il a le droit de te la reprendre. C'est maman qui le dit.
Nous t'embrassons de tout cœur, quoique nous voudrions bien te revoir avant. Les* Prussiens sont ici. Le fils Jandou est mort. Ils ont tout pillé. Je reviens de Gerbéviller, qui est détruit. Les lâches I
Pars, mon cher frère, fais le sacrifice de ta vie ; nous avons l'espoir de te revoir, car quelque chose comme un pressentiment nous dit d'espérer. Nous t'embrassons de tout cœur. Adieu et au revoir si Dieu le permet.
les sœurs : Berthk Hassë.
C'est pour nous et pour la France. Songe à tes frères et au grand-père, en 70.
Vous étiez là, paysanne de Moncel, M. G..., qui lanciez à votre mari les apostrophes brûlantes :
Mon cher Henri, les AUemaads ont été trois semaines chez nous à nous faire de la misère. Je vais te dire la vérité, car je ne peux garder cela pour moi ; mais il faut que tu aies du courage comme j'en ai eu...
... Maintenant ne te fais plus de bile pour la famille, car tu n'as plus que moi à penser. Tu sais que j'ai été courageuse. Le courage fait la force ; c'est pour cela qu'il faut que tu le sois, pour venger tes deux enfants et notre pauvre famille. Vous pouvez prendre tout courage pour les écraser tous, ne plus les laisser entrer chez nous, car moi, s'il était permis, j'irais prendre un fusil, tâcher d'en tuer une paire. Tu peux faire part de cette lettre à tes camarades, pour que tous les soldats français puissent nous venger... Ne te lais pas de bile pour moi, car je n'ai plus d'enfants... Ce que je te recommande ? De leur envoyer des boulets sans arrêter plein la gueule, les écraser tous, car ils ne méritent pas de voir la lumière.
Femmes des cantons envahis, voilà vos accents admirables et terribles quand la race inférieure entreprend de briser les os de notre race, et près de vous, plus parfaite encore, voici la sœur Julie et ses religieuses, vos parentes, qui conservèrent des soldats à la France et firent reconnaître par Tunivers leur vertu. La femme mieux qu'aucun être est désignée pour sentir et pour traduire les puissances du sang. C'est à percevoir ses vagues profondes que l'on distingue de quelle ombre surgit le sublime. Je croyais sur ce plateau, durant cette solennité, parmi cette assemblée immobile, au milieu de ces sentiments étemels d^amour, de haine, de désolation, de
courage et de religion, toucher la substance éternelle, r^lme même de ces territoires... La messe est finie. Maintenant c'est mon tour de parler. On me fait monter sur le tertre des morts.
Il faudrait que je fusse leur voix, la voix de ces villages ruinés, de ces espaces épouvantés. Mais quel poète serait digne de toucher les orgues dans cette cathédrale du plein air et de donner à ces espaces leur gémissement î Je me bornerai à jeter avec les mots les plus rapides et les plus simples, aux quatre vents du champ de bataille, le bulletin de la victoire.
«... Nos frères sont morts et remplissent ces fosses; nos maisons sont écroulées, brûlées, et nos concitoyens ont été fusillés ou emmenés en captivité. Mais vous n'avez pas souffert pour une cause vaine, et ces sacrifices effroyables viennent d'assurer le salut de la France.
« Le 20 août la bataille de Sarrebourg avait été pour nous un insuccès. Pendant quatre jours, les Allemands marchèrent sans obstacle. Ils croyaient qu'ils allaient comme cela arriver sur Bayon, sur Charmes et franchir la Moselle. C'est leur orgueil qui les perdit. Le 24, à cinq kilomètres d'ici, au village de Xermamenil, ils débouchaient, musique en tête, quand ils reçurent une terrible volée de mitraille d'une batterie française placée sur la ferme-abbaye de Belchamp. D'un endroit noble de la vieille Lorraine, mais bien déchu, on faisait cette magnifique besogne, et voilà Belchamp ravivé de gloire; voilà surtout les Allemands qui hurlent de douleur sous la mitraille de mort. Et dans le
même temps, sur la même ligne, à Gerbéviller, ils étaient retenus jusqu'au soir par 51 alpins, sous la conduite de Tadjudant Chèvre, qui fut porté à Tordre du jour de l'armée. Cette double audace, en arrêtant toute la journée le débouché de deux corps d'armée allemands au sud dé la Mortagne, a permis à nos armées de prendre leur disposition d'attaque. De là cette fureur des Allemands sur nos villages. S'ils avaient pu franchir Tobstacle et puis forcer la trouée de Charmes, les opérations de Joffre étaient irrémédiablement compromises, et ses armées coupées. Mais, durant vingt et un jours, dans nos villages malheureux et désormais glorieux, les deux armées de Castelnau et de Dubail tinrent bon. Et le H septembre, entre sept et huit heures du soir, tout d'un coup, ils sont partis en apprenant le résultat de la bataille de la Marne, qui ne fut possible que par vos souffrances et votre ténacité... »
... Ainsi je célébrais, devant mon auditoire de soldats et de paysans, leB effets immédiats de leurs sacrifices. J'aurais pu continuer; d'autres fruits mûriront, à travers les siècles, sur l'arbre mystique dont ces morts vont être les racines. Mais ce qui resterait à entendre ne se communique pas avec des paroles. Il suffit de suivre du regard de l'âme, dans le ciel de Xermamenil et de Gerbéviller et parmi les nuages du bois de la Chipotte, des héros qui maintenant ne cesseront plus de flotter au-dessus de nos têtes en Lorraine. C'est déjà leur ombre projetée qui fait la beauté morale extraordinaire de nos populations au milieu des horreurs de la guerre. L'horreur n'est pas supprimée, mais
ce qui Test c'est le trouble, le vertige de nos esprits. Heureux les peuples au milieu desquels ces morts ont placé leur demeure ! Heureux le ciel qui va les voir à jamais déployer leurs ailes et soulever les vivants!