‹ Maurice, comte de Saxe, et Marie Josèphe de Saxe, dauphine de France. Lettres et documents inédits des archives de DresdeChapitre 24 sur 73 · NOCBS ET FE8TIRS · texte numérisé non relu

NOCBS ET FE8TIRS

Richelieu, en effet, se montra fort content et de la dauphine, et de sa réception à Dresde ; témoin le biUet suivant qu'il adressa à Loss :

J'ai été enchanté de M® la dauphine et n'osais pas m'in^aginer la trouver comme je Tai vue ; j'en ai rendu» un compte au Roi, qui, sûrement, lui fera grand plaisir. Je suis sûr que toute la France en aura beaucoup aussi, et qu'on ne s'attend pas à lui trouver tant de grâce et une figure aussi aimable.

J'ai été reçu ici avec une magnificence et une distinction si grandes, que je ne puis assez dire combien le Roi doit être sensible à ces distinctions singulières que Sa Majesté Polonaise veut bien faire à son ambassadeur ....

En transmettant ce billet à Bruhl, Loss ajoute :

Le duc s'est non seulement exprimé dans ces termes dans ses dépêches à M. le marquis d'Argenson, que j'ai lues en original, mais le Roi très-chrétien m'a fait l'hon- -neur de me dire que, dans la lettre particulière quç ce ministre *) lui avait écrite de sa propre main, il lui avait dépeint le caractère, les belles qualités et la figure aimable de M® la dauphine d'une manière qui lui avait fait un très -grand plaisir. Sa Majesté s'est entretenue longtemps avec moi à son lever et, le soir, à son grand couvert, sur cette agréable matière. La seule chose que le duc de Richelieu prétend avoir remarquée, est.que M« la. dauphine ne s'expliquerait pas' encore avec assez de facilité dans la langue â*ançaise. J'ai dit à Sa Majesté que cette difficulté pouvait provenir d'un peu de timidité, et

*) Richelieu*

„Lb pétard a sauté!" 137

Sa Majesté m'a répondu que rien ne serait si aisé qu'à remédier à ce petit défaut; et que Fusage lui ferait bientôt apprendre ce qui lui manquait encore à cet égard. *)

On se méfie toujours un peu des éloges officiels en pareil cas ; cependant Richelieu les avait confirmés dans une lettre toute intime, que Loss se procura, pour l'envoyer à Bruhl, avec le billet suivant :

Monseigneur,

M. le marquis d'Argenson vient de m'envoyer dans Finstant le courrier qu'il envoie à Dresde, J'en profite pour faire venir mes dépêches à Votre ËxceUence et, en ayant averti M. le maréchal de Saxe qui revenait justement de Versailles, il m'a donné la lettre ci -jointe pour le Roi. Ce maréchal m* a remis, en même temps, une lettre de M. le duc de Richelieu que ce dernier lui a écrite de Dresde, pour que Votre Excellence la puisse montrer au Roi, mais il vous prie. Monseigneur, de ne point dire à M. le duc de Richelieu qu'il vous Fa envoyée

Paris, ce 6 ianvier 1747, t

' , . Loss.

il 6 heures du soir.

n est probable que Richelieu n'aurait pas écrit avec le même entrain et le même abandon, s'il avait pu se douter de l'usage que Maurice ferait de sa lettre. Quoiqu'il en soit, nous croyons- y retrouver la vérité vraie, quant à l'impression que les grosses lèvres fraîches et

') Dépêche du comte Loss, dn 6 janvier 1747.

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les yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels de Marie -Josèphe avaient produite sur ce connaisseur expérimenté :

Le duc de Richelieu au maréchal de Saxe.

A Dresde, le 27 décembre 1746.

Je crois, Monsieur, devoir vous faire part et de la bonne réception que j'ai eue ici, et de la joie que j'ai eue fVy voir M® la Daupliine, telle que M. le comte de Friesen nous l'avait dépeinte et non pas telle que le portrait que le Roi en avait reçu nous en pouvait faire juger. Le Roi et la Reine de Pologne ont exigé que je n'en dise pas ti'op, mais j'ai beaucoup de peine à leur obéir, et je crois devoir vous dire que je l'ai trouvée réellement charmante ; ce n'est point du tout cependant une beauté, mais c'est . toutes les grâces imaginables: un gros nez, de grosses lèvres fraîches, les yeux du monde les plus vifs et les plus spirituels, et enfin, je vous aussure que s'il y avait de pareilles à l'opéra il y aurait presse à y mettre l'enchère. Je ne vous di& rien de trop, mais je n'en dis pas tant aux autres. Je n'ai d'ailleurs trouvé aucune trace de ce qui fit la matière do notre dernière conversation '). J'ai lieu de croire que j'avais deviné ce qui s'était passé, dont je n'ai pas fait le moindre semblant. Rien n'égale d'ailleurs la magnificence dont j'ai été reçu et dont je suis traité dans le plus beau palais du monde. Souflfrez que la reconnaissance en aille jusqu'à vous, en vous re-

) Voyes (page 107) la lettre de Maurice qui avait dit à RîclieUeu que Ton avait tâché de détourner son ambassade. ,

ff

Le pétard a sauté!" 139

nouyellant les assurances de rattachement inviolable

avec lequel j'ai Fhonneur d'être votre très -humble et

très- obéissant serviteur

le duc DE Richelieu.

Voici enfin la lettre que Maurice, le 6 janvier, confia à Loss pour le roi Auguste :

g , Versailles, le 6 janvier 1747 *).

M. d'Argenson, des affaires étrangères, vient de me dire qu'il partait dans l'instant un courrier pour M. le duc de Richelieu; je profite de son départ pour répondre à la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire le 28 du passé.

M. le duc de Richelieu a fait un portrait très -avantageux de M® la dauphine future. Le roi en est trèscontent, ainsi que M. le dauphin. C'est l'affaire la plus intéressante pour le moment présent; et l'on ne songe

non plus à la Provence que si elle était en Chine

• . M. le duc de Richelieu trouve que la princesse Josèphe ne parle pas parfaitement le français ; „ c'est un défaut," ajoute-t-il, „qui se réparera du reste." D'ailleurs il est enchanté d'elle et de la manière dont il a été reçu en Saxe. H fait un portrait admirable de la magnificence qui brille dans la cour de Votre Majesté, des bontés que Vous lui avez marquées, Sire, et de celles de la reine à qui il a trouvé beaucoup d'esprit et de bonté. Il m'a écrit en particulier que si la princesse était une fiUe du commun elle serait fêtée. C'est, selon moi, dans notre langage, la plus grande

1) Maurice, par mëgarde, date cette lettre du 6 janvier 1746; le contenu, qu'elle fut écrite le 6 janvier 1747.

on voit par

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louange que Ton puisse donner. H* y a là-bas avec lui un certain M. de Volvire *) de qui j'ai vu une lettre entre les mains de M. Binet; le premier valet de chambre de AL le dauphin^ et qui est un homme de considération ici. Ce M. de Volvire fait un portrait de la princesse Josèphe qui est fort au mieux et la loue autant sur sa figure que sur son discernement et sur des observations fines qu'il a faites sur son discernement.

Le départ du courrier m'empêche de faire cette lettre plus longue. Votre Majesté agréera avec bonté les assurances du très-profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant, très-fidèle et très-soumis serviteur et sujet

M. DE Saxe.

Après avoir expédié son premier courrier, Richelieu, durant son court séjour à Dresde, laissa dormir la haute politique pour se vouer entièrement aux devoirs et aux déboires que lui imposait sa mission ostensible. Il fit la conquête de tout le monde, à commencer par • le roi et la reine, et remplit son mandat si scrupuleusement, qu'il ne dédaigna pas d'écrire lui-même à Bruhl, pour lui recommander le tailleur envoyé par la duchesse

I) Le marquis de Volvire, brigadier, était venu à Dresde avec le duc de Richelieu ; il est possible qu*on ait estropié le nom de ce gentiPhomme dans nos dossiers. Maurice écrit: Wolvir; il veut parler de Poffîcier qui, avec le comte de Paulmy, fils du marquis d'Argenson, et le comte de Lallj, brigadier, fat attaché à Tambassade de Richelieu. M. de Volvire mouinit de la petite vérole, pendant le voyage.

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