PUIS LA LUMX^DB MIEL
leurs^ et, sans dire gare^ elle nous donne un prince. Le roi, la reine. Mesdames ne vinrent qu'au moment que Madame la dauphine était délivrée ; tellement que M. le dauphin prit deux porteurs de chaises qui étaient à l'antichambre, pour être témoins i).
Une grande douleur vînt frapper la dauphine peu de mois après la naissance de son fils : Madame Henriette mourut en février 1752. Le chagrin que Marîe- Josèphe éprouva de la perte de sa meilleure amie lui fit oublier la réserve qui depuis son arrivée en France avait bridé sa plume. Sûre qu'elle est maintenant de Taf- ■fection de son époux, elle peut tout dire à sa mère. Ecoutons ces confidences qui révèlent des années de
luttes et de déceptions:
t Ce 19 février 1752.
Je suis bien fâchée, ma chère maman, de n'avoir pas pu vous écrire samedi dernier ; mais la cruelle situation où j'étais ne me l'a pas permis. Outre la douleur où j'étais plongée par la perte de Madame, j'étais encore oblige d'en cacher la moitié pour ne pas augmenter celle du roi et de M. le dauphin. Non, ma chère maman, rien n'est comparable à l'état où je me suis trouvée dans ce moment. J'aimais tendrement ma sœur. Je m'étais liée avec elle d'une amitié très -étroite, pour ainsi dire, dès le premier instant. De plus, je lui dois le bonheur de ma vie; car, l'amitié que M. le dauphin a pour moi, je ne la dois qu'à ses soins, car je ne puis vous cacher que quand
>) Extrait de la lettre de M. Boyer, charge d'affaires de France, à M. le comte de Wackerbarth, datée de WeissenfâU, le 18 septembre 1751.
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je suis arrivée ici; il m'avait dans la plus grande aversion. On l'avait prévenu contre moi. D'ailleurs il était trèsfâché de me voir occuper la place d'une femme qu'il avait tendrement aimée; il ne me regardait que comme un enfant; tout cela l'éloignait de moi et me causait un char grin mortel. Je tâchais^ par une obéissance aveugle aux moindres de ses volontés, de lui prouver le désir que j'avais de lui plaire. Mais je n'avais pas beaucoup d'instants dans la journée, où j'aie pu le lui prouver, puisqu'il ne restait pas un moment seul avec moi; il faisait venir Mesdames, prenait Adélaïde avec lui et me laissait avec Madame. Elle voyait la douleur que me causait cette conduite. Elle ne m'en marquait rien, mais elle me conseillait sur ce que j'avais à faire, et puis, quand je n'y étais pas, elle parlait à M. le dauphin, lui peignait ma douleur et mon désespoir de ne pouvoir lui plaire; enfin elle fit tant qu'il prit pitié de moi et me traitait un peu mieux. Quand elle eut gagné ce point, elle continua ses tendres soins et fit tant qu'à la fin M. le dauphin prit de l'amitié pour moi, et jusqu'à la fin de sa vie elle l'a toujours cultivée et augmentée. Voyez, ma chère maman, ce que sa perte doit m'avoir coûté, et cependant je n'ai pas osé me livrer à ma douleur, et il ne m'était permis que de penser à celle du roi, ne lui permettant pas de donner aucun ordre. C'est moi, malheureuse, qu'il a chargée de tout; si bien que j'ai été obligée d'ordonner tout pour le transport de son corps, pour le deuil et pour toutes ces tristes cérémonies. Vous connaissez la tendresse et la sensibilité de mon cœur. Vous pouvez juger en quel état il est réduit. On a jugé à propos de me faire une petite saignée, parce que, depuis la mort de ma sceur.