PUIS LA LTTKB DE MIEL
ses yertos à la bonne éducation qu'elle a eue ; on se souvient de sa belle conduite à la mort de feu Madame ^), de tout ce qu'elle a fait à la maladie de M. le dauphin ; on ne cesse point de la louer et de Tadmirer^ et on peut dire qu'elle a gagné les coeurs de toute cette nation dans tous les états. Je ne puis m'empêcher de dire un bon mot
de M. le marquis de *) parlant au roi: „0n ne
doit, dit -il, plus prendre de femmes qu'en Saxe et quand il n'y en aura plus, je les y ferai plutôt faire en porcelaine, pour en avoir une de ce pays-là, que d'en prendre ailleurs ; les Saxonnes doivent servir d'exemple à toutes
les femmes de l'univers."
Le comte de Bellech^bde.
La guerre de sept ans, qui ébranla l'Europe, en 1756, éprouva la dauphine dans ce qu'elle avait de plus cher, après son époux et ses enfants. La Saxe fut envahie et le roi Auguste obligé de se réfugier à Varsovie, laissant la reine quasi prisonnière à Dresde. Ces nouvelles causèrent à Marie-Josèphe de cruelles émotions qui tuèrent l'Enfant qu'elle portait dans son sein. Ce fut à cette époque que, pour la première fois, elle se mêla de politique et qu'elle vérifia, jusqu'à un certain point, la prophétie de Maurice, qui avait prédit qu'il ne tiendrait qu'à elle de jouer un rôle à la cour de France. Les dépêches des ministres de Saxe à Paris, celles du comte Vitzthum, qui succéda au comte Bellegarde, comme
') Madame Henriette.
*} Nom illisible.
222 La lunr roumr,
celles du général de Fontenay, accrédité en 1757, sont remplies d'éloges de l'infatigable énergie que la dauphine déploya alors pour assister sa famille et pour sauver le pays qui lui avait donné le jour. Frédéric II lui-même attribua, on le sait, aux larmes de la dauphine, Tintervention imprévue de la France.
Ce serait un tort, cependant, de vouloir imputer à Marie- Jt)sèphe les fautes commises par Louis XV, à cette époque si peu glorieuse pour ses armes. Maurice étLoewendal étaient morts; le maréchal d'Estrées, Félève de Maurice qui promettait de devenir son émule, dédaignait de faire sa cour à M® de Pompadour, et Tarmée fut sacrifiée aux intrigues de la cour et à Tincapacité des généraux. Ce que la dauphine put faire, elle le fit bien. C'est elle qui inspira l'idée de réunir, après la malheureuse capitulation de Pirna, les débris de l'armée saxonne et d'en former un corps auxiliaire ^).
Ni les afflictions de famille, cependant, ni les émotions politiques n'empêchèrent la dauphine de justifier les espérances de ceux qui avait compté sur la fécondité de sa race. Elle donna à la France douze enfants, dont cinq lui survécurent; trois fils: Louis XVI, Louis XVIII et Charles X; et deux filles: la reine de Sardaigne
1) On sait qne ce corps, commande par le prince Xavier, se distingua pendant la guerre de sept ans. „Le8 débris de leur malheureux camp de Pirna,'* dit le prince de Ligne, en parlant des Saxons (Mélanges militaires etc. T. X, p. 95), „ s'étaient partagés entre les Français et nous (les Autrichiens); et donnèrent aux' deux armées des exemples de Taleur. . . ."
PUIS LA LUMK DE MISL,
et Madame Elisabeth, dont Tangélique sourire nous eiçparait éclairant, à travers des larmes de sang, la sombre prison du Temple.
Le vide se fitpromptement autour de Marie- Josèphe : elle perdit, en 1757, sa mère adorée; en 1761, sa soeur, la reine d'Espagne; en 1764, son père et son frère aîné. Le coup le plus terrible la frappa le 20 décembre 1765, jour où le dauphin lui fut enlevé. Veuve, àixentequatre ans, Marie- Josèphe n'eut pas à attendre longtemps la fin de son „pélerinage;" elle mourut, quinze mois après son époux, le 12 mars 1767. ^
ÎÎTeuf jours après la mort du dauphin, elle avait adressé à son frère Xavier les lignes suivantes :
t Ce 29 décembre 1765.
Le bon Dieu a voulu que je survive à celui pour lequel j'aurais donné mille vies ; j'espère qu'il me fera la grâce d'employer le reste de mon pèlerinage à me préparer, par une sincère pénitence, à rejoindre son âme dans le ciel, où je ne doute pas qu'il demande la même grâce pour moi.