PUIS LA. LUKE DB MIKL
Qui eût prédît, en 1754, la tragédie de 1793? Uallégresse qui salua le roi martyr, lorsqu'il vint au monde, fut générale et d'autant plus vive que la santé du duc de Bourgogne donnait des inquiétudes et que la dauphine venait de perdre son deuxième fils *). Le comte deBellegarde^, alors ministre de Saxe, écrivit au comte de Bruhl, deux jours après la naissance de Louis XVI:
Versailles, le 25 août 1754.
MONSEIGNEUK,
Suivant les ordres que m'avait donnés Votre Excellence, j'ai eu l'honneur de faire part avant -hier, par le courrier qu'on a envoyé à M. le comte de Broglîe ^), de la naissance de Monseigneur le duc de Berry et de l'heureuse délivrance de Madame la dauphine. Je n'eus que le temps d'écrire deux mots, mais aujourd'hui, Monseigneur, j'aurai l'honneur d'apprendre à Votre Excellence que cette auguste princesse se porte, grâce à Dieu, aussi bien qu'on puisse le désirer. Suivant le calcul qu'on avait fait, on ne comptait pas qu'elle accouchât avant le 1**' septembre, et Je roi très -chrétien avait arrangé ses voyages de façon à venir fixer son séjour à Versailles, le 28 août; ainsi il n'est arrivé ici que deux heures et un
1) Xavier, duc d'Aquitaine, né le 3 septembre 1753, mourut le 22 janvier 1754.
*) Claude -Marie, comte de Bellegarde, accrédité en qualité d'envoyé extraordinaire k Versailles (avril 1754), mourut à Paris peu de mois après son arrivée. II avait épousé la soeur favorite du maréchal de Saxe, la comtesse Butowska; alliance à laquelle il dut l'honneur d*étre nommé légataire universel dans le testament de Maurice.
*) Alors ambassadeur de France à Dresde.
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quart après les couches ^ ayant fallu tout ce temps -là pour lui faire savoir la nouvelle à Choisy, où il était. Le chancellier, le garde des Sceaux, le contrôleur général et M. de Pujsieux sont les seuls ministres qui se sont trouvés présents à la naissance du prince. Ce fiit à quatre heures du matin, la nuit du 22 au 23, que M® là dauphine, sentant quelques petites tranchées, se leva doucement, toute seule, sans réveiller M. le dauphin et sans appeler
personne, après quoi, voulant se recoucher sans
faire du bruit, M. le dauphin se réveilla; il appela du monde et, comme les douleurs augmentaient; on fit chercher l'accoucheur et, à six heures et trois quarts, elle mit au jour Monseigneur le duc de Berry. Ce prince paraît fort et robuste ; on prétend qu'il est venu au monde plus gros et plus grand qu'aucun des enfants de M® la dauphine.
S n'y a sorte de choses gracieuses et obligeantes que L. L. M. M. très-chrétiennes ne m'aient dites sur le compte de cette adorable princesse, et leur joie parait bien complète, en ajoutant que notre maître leur a fait présent d'un trésor et d'un ange (ce sont leurs expressions). Outre les démonstrations de joie qui se sont faites à la cour, où on chanta le Te Deum au bruit du canon et des fanfares, (il y eut le soir, un feu d'artifice dans la cour de Versailles), le peuple et la ville de Paris firent le même soir des illuminations sans en avoir reçu l'ordre, et on y prépare un très-beÀu feu d'artifice qui sera tiré incessamment Enfin, Monseigneur, je ne saurais assez exprimer à Votre Excellence combien Madame la dauphine est aimée. On rappelle, à cette circonstance, tout ce qu'elle a fait depuis qu'elle est en France ; on attribue toutes