FRAGMENT INÉDIT
Prénmbale. — Naissance de Maurice. — Portrait de la cour de Saxe en 1696. — Le comte Jacques-Henri de Flemming. — Origine de la guerre du Nord. — Bataille devant Riga. Paix d'Altranstaedt. — Bataille de Kalisch. — Ëscliniac et Gersdorff. — Les Suédois en Saxe. ~ Lord Peterborough et le comte Pîper. — Charles XII h Dresde. — Maurice et ses gouverneurs se rendent k la Haye. — Ses premières études. — R'vvenu en Saxe, en 1708, le roi le confie au comte de Schulenburg. -- Départ de Dresde. — Maurice assermenté sur le champ de bataille de Lntzen. -- Discours de Schulenburg. - - Hannovre. — La tragédie du dernier comte de Koenigsmark, oncle de Maurice.
On dit que la fainéantise est la mère de tous les vices, et je ne me serais assurément jamais avisé d'écrire le journal de ma vie, si l'oisiveté ne m'en avait donné la démangeaison. Je me propose pourtant une apparence raisonnable (et il faut que je la dise pour faire amende honorable au lecteur) qui est qu'en pensant au passé on s'instruit pour l'avenir; la vérité des journaux, celle des plans, les dispositions pour les attaques, et les marches, et le détail exact de toutes les affaires où je me suis
*) Voyea: van Weber, Morits Graf von Sachsen, page 7 — 18, et „Aub vier Jahrbunderten" (Leipzig 1858) T. II, p. 87, des extraits de ce document, traduits en allemand.
268 Màjjbice FBINT PAB UJl- kèue,
trouvé, peuvent me tenir lieu de quelque chose; après tout, je veux bien que le public s'en prenne à moi, si jamais cet ouvrage voit le grand jour, et, pour tout dire enfin, j'espère qu'il m'amusera, avec quelques vieilles guerres, dans un âge où le souvenir des plaisirs passés est l'unique ressource.
Je suis fils d'Auguste , Roi ^) ; la Comtesse de Koenigsmark est ma mère. Je naquis dans l'Ile de Moene, sur les côtes de la Livonie^), le 28 d'octobre de l'année 1696. J'ai été élevé à la cour d'Auguste et j'ai passé ma première jeunesse à Varsovie. A l'âge de douze ans, m'étant trouvé d'une constitution assez forte, on me fit soldat, dans la légion saxonne qu'Auguste donna à l'Empereur, Tannée 1709, et je jurai aux enseignes, le 15 janvier, dans. la plaine de Lutzen, en Saxe, fameuse parla mort du grand Gustave- Adolphe. Voilà d'où je compte le commencement de ma vie, et d'où j'en commence ce journal, le reste étant des puérilités que je ne toucherai qu'en général.
Mais il faut, auparavant, que je fasse le portrait de la cour d'Auguste, pour lors, et que je rapporte quelques faits de ce temps là; ce qui donnera une idée de toutes choses.
I) Le oopiste écrit trois, ce qui est ëyidemment une erreur. Frédéric-Auguste I, électeur de Saxe, comme roi de Pologne, Auguste U, avait rhabitude de signer Augttëtvs Rex , en français Auguste Bot, et tout porte à croire que Maurice aura choisi cette signature, de préférence à toute autre, pour désigner son père.
*) Erreur de Biaurice qui naquit k Goslar.
MÊMOUUBS 'ADTOORÂPHS8. 269
Auguste, de cadet de la maison de Saxe, devint Electeur, par la mort de son frère, et d'Electeur — Roi de Pologne, comme tout le monde le sait. Auguste est le Prince le mieux fait que j'aie vu, d'une taille audessus de la médiocre, d'une force plus que naturelle, valeureux à la témérité, le plus fin et le plus dissimulé de tous les hommes ; avec cela bon , doux , humain, mais dissipé, paresseux, et se livrant trop à ses plaisirs. Plusieurs disent qu'il jette le manche après la cognée.
Le général de ses armées était alors Steinau, homme d'expérience, vrai, franc, et honnête homme.
Son chancelier était Beuchling, habile, mais d'un orgueil insupportable. Le comte de Loewenhaupt, capitaine de ses gardes et chef de son conseil, était un homme froid, habile, et vrai en toutes ses actions; il était Suédois de nation et il avait épousé la soeur de ma mère.
Flemming, qui a depuis joué un si beau rôle et dont la fortune â'est élevée avec tant de rapidité, était aidede-camp d'Auguste, et était venu par aventure à son service, ayant tué en duel un colonel des impériaux en Hongrie. Il est homme de condition et brave, très -laborieux, d'une ambition démesurée, le plus méchant homme qu'il y ait sous le ciel, aimant peu les honnêtes gens, implacable ennemi, et ne se souciant point par quelle voie il arrive à ses fins, pourvu qu'il y arrive;
270 Maubiob PBnrr i'ak lui-wémk.
brutal, comme un cheval de carosse; pillant, à prendre cent ducats, sans être naturellement avare; un peu fou, donnant dans la chimère, et, avec tout cela, d'un génie supérieur. Tels étaient, pour lors, les premiers sujets de la cour, lorsqu' Auguste fut élu Roi de Pologne. Flemmingle servit heureusement; son beau-frère Prebendau, grand trésorier de Pologne, y a eu sans contredit la plus grande part, joint à quelques millions et quarante mille Saxons qui firent dédire les Polonais de Télection de Monsieur le Prince de Conti. Dès lors Flemming se fit regarder comme un homme qui allait paraître sur la scène; on l'avança dans les grades militaires, et son ambition nouvelle ne le fit languir dans aucun. Il lui faUkit pourtant la guerre pour jouer un plu8 grand rôle. Auguste y était porté naturellement, et Flemming prit, pour Yy déterminer, le temps que le chancelier était en Saxe et que le comte de Loewenhaupt était allé à Hannovre, pour Tafifaire du comte de Koenigsmark que je mettrai dans son lieu. Flemming, auteur de tous nos malheurs, persuada au Roi ^e donner une guerre aux Polonais pour les amuser; ses raisons étaient, que cette inquiète nation ne resterait jamais en repos si on ne l'occupait au dehors. Il fut écouté, et il ne s'agissait plus que de savoir à qui faire la guerre, car personne ne nous disait mot. Flemming est sujet né du Roi de Suède, mais il ne jeta pas moins ses vues de ce côté-là, et il avait des relations avec la noblesse de Livonie, qu'il
MÉM0IRR6 AUTOORAPHR8. 271
animait, qui, d'ailleurs, n'était point contente du gouvernement de la Suède et qui en voulait secouer le joug. Le Roi de Suède, Charles XII, était embarqué d'un autre côté dans une guerre contre les Danois ; il était extrêmement jeune. La Suède est sujette à des révolutions, et il parut à Flemming aisé de briller dans ces conjonctures, voyant bien que tout roulerait sur lui s'il pouvait faire résoudre Auguste à ce projet, sans qu'il ne le communiquàt au chancelier et au comte de Loewenhaupt qui étaient ses deux personnes de confiance. Fleirîming jugea bien qu'ils feraient leur possible pour détourner le Roi de ce dessein jr.qu'outre cela, si on les faisait entrer en matière, ils se maintiendraient à la tête du ministère et ne lui laisseraient jouer qu'un très -petit rôle, ce qui n'était point son compte ; au lieu que, s'il pouvait entamer cette affaire seul , tout roulerait sur lui , et, sous prétexte d'un secret inviolable, juré à la noblesse de Livonie, H persuada au Roi de ne leur rien communiquer. Il exagéra les liaisons et les engagements qu'il avait pris avec cette noblesse, et dit que, s'ils (les Livoniens) pouvaient jamais imaginer que les ministres (Saxons) fussent informés de leur secret, ils romperaient et se dédiraient de tout. Le Roi était chancelant, et je ne finirais jamais, si je voulais dire tous les tours de souplesse dont Flemming se servit pour l'amener au point qu'il désirait. Il le fit enfin consentir à ce projet, si fatal pour nous, en lui disant qu'il le conjurait de recevoir cette belle
272 Maubice peiht pas lui-même.
province qui lui tendait les bras; qu'il ne lui en coûterait pas un homme et qu'il ne hasardait rien ; que lui, Flemming, irait en Livonie; ferait soulever la noblesse; agirait en compatriote; se mettrait à leur tête; qu'ensuite il prendrait sur lui d'y faire entrer quelques troupes saxonnes qu'on disperserait exprès sur la frontière ; qu'il se soutiendrait avec elles contre les garnisons suédoises; que, si tout cela ne réussissait pas, ou qu'il (Auguste) changeât d'avis, il était toujours à même de le désavouer et de dire que ces régiments avaient passé en* Livonie sans ses ordres et sur la simple autorité que Flemming avait usurpée, qu'il lui en ferait rendre compte aussi bien qu'à ses troupes. Enfin, il fut résolu comme je le viens de dire, et Auguste, pour mieux cacher son jeu, partit pour la Saxe, sous prétexte d'y aller passer le carnaval. Pendant ce temps -là, Patkul,* gentilhomme Livonien, qui avait fait des écrits séditieux contre le Roi et la régence de Suède, se réfugia en Pologne et fut envoyé au Czar par Flemming pour se ménager une retraite et tâcher de l'engager à cette guerre. Flemming partit de son côté pour la Livonie; elle se souleva en partie, les troupes saxonnes y entrèrent, les garnisons suédoises n'étaient pas assez fortes pour les chasser; ainsi tout allait bien. Cette affaire imprévue fit parler les nouvellistes. Le Roi Auguste, voyant qu'il ne servait à rien de la cacher davantage, la communiqua au chancelier et à Loewenhaupt, et demanda leur avis. Le chan-
MéXOIBSS AUTOÔRAPHBS. 273
celiçr fit un long discours, prédit en partie tout ce qui nous est arrivé, et dit que, si un Suédois mettait le pied en Pologne, il y aurait deux partis; que les Polonais nous abandonneraient avec leur légèreté ordinaire; que, si le malheur faisait que nous perdissions une bataille, toutes les deux nations nous tomberaient sur le corps, et qu'on se hasardait à voir entrer les Suédois dans la Saxe, comme le lieu d'où leur venaient leurs ennemis. L'opinion de Loewenhaupt fut semblable, et ils conclurent tous deux qu'il fallait désavouer Flemming, mais Auguste dit qu'il- voulait lever le masque. On fit les apprêts de la guerre, et l'armée fut belle et brillante. Au printemps les troupes défilèrent en Pologne. Flemming avait mis le blocus devant Riga, en Livonie. Pendant tout ce temps, le Roi de Suède fit cette belle descente auprès-de Copenhague, battit les Danois, se rembarqua, et arriva avec sa flotte et une armée victorieuse sur les côtes de la Livonie, mît pied à terre, et marcha à nous. Flemming leva le blocus, et repassa la Duna, pour attendre quelques troupes qui lui venaient à grandes journées. Mais le Roi de Suède, contre toute attente, passa la Duna. Flemming se laissa surprendre, et fut dispersé avec les Saxons. Auguste, qui venait avec un corps d'armée, les rencontra épars, et les rassembla auprès de Pinnehof ; il choisit un terrain avantageux, et résolut d'y attendre le Roi de Suède. On fit une faute capitale, par l'avis de Flemming, qui fut de changer
274 hLkxnacR psdit par ldi-mémx.
d'ordre de bataille, en se mettant plus au large, espérant envelopper de tous côtés les Suédois. On mit les Saxons sur la droite, derrière un marais qui était guéable en quelques endroits, et Flemming prétendait battre les Suédois en détail, à mesure qu'ils passeraient. On avait mis dans une grande plaine, sur la gauche des Saxons, les Polonais, qui (à ce que j'ai toujours cru et crois encore) sont les plus belles et les plus mauvaises troupes qu'il y ait en Europe. Il y avait derrière les Polonais une chaîne d'étangs qui venaient jusque derrière les Saxons et faisaient un. coin avec le marais qu'ils avaient devant eux. Le Roi de Suède marchait en trois colonnes, a égales distances, et, dès qu'il vint en présence, ces trois colonnes se formèrent en trois lignes; mais, ayant reconnu le marais qui était entre les Saxons et sa gauche, et jugeant bien qu'il leur serait difficile de venir à lui, et que ce n'était pas leur intention, il fit une contremarche à droite avec sa seconde et troisième ligne, de sorte qu'il débordait encore les Polonais. D les fit attaquer en flanc, les culbuta d'abord les uns sur les autres, comme un jeu de cartes. Il longeait toujours entre la ligne suédoise et la chaîne d'étangs, dont le seigneur était dans le parti suédois (c'était le Castellan de Cracovie) et en avait fait percer les digues la nuit. Ds se renversèrent donc sur les Saxons, les rompirent, et les mirent en désordre. Le Roi de Suède poussait toujours sa pointe avec furie; le carnage fut horrible, et ce qui
MéMOIHBfl AnTOORAPREB. 275
ne fut pas étouffé ou noyé dans le marais^ périt par le fer. Toute cette ordonnance fut faite sans demander Tavis à Steinau; aussi ne voulut-il rien faire ni dire pendant tout le temps de la bataille, et, quand on demandait ses ordres, il dit qu'il ignorait de tout, avait la jambe passée sous le cou de son cheval, et prenait du tabac. Lorsque tout fut culbuté, il tourna bride, et passa le marais avec quelques fuyards dont le nombre ne fut pas grand. Auguste, pendant l'affaire, fît ce qu'il put; mais il ne fut guère écouté, et, en voulant rallier un escadron de nos troupes et n'en pouvant venir à bout, piqué de rage et de colère, il distribua quelques coups d'épée ; mais nos propres gens tirèrent sur lui. Flemming se fit tirer un coup de fusil, et voilà tout ce qu'il fit. Auguste perdit ainsi, ce jour-là, sa première bataille et une belle armée, sans qu'il ait eu la satisfaction de voir donner un coup de collier à ses troupes saxonnes, qui ne purent jamais en trouver l'occasion. On compte qu'Auguste ne put jamais rassembler que sept à huit mille hommes, de cinquante qu'ils étaient, parmi lesquels il y avait vingt mille Saxons des plus belles et des meilleures troupes qu'il y eût l'année d'auparavant sur le Rhin et en Hongrie. Le comte de Loewenhaupt avait, dès le commencement de l'année, remercié le Roi, ne voulant pas servir contre son légitime maître. Flemming lui avait juré une haine éternelle, comme à la comtesse de Koenigsmark,
ma mère, et cette haine a passé jusqu'à moi.
276 Màubicx pbint par Lui-Kâm.
Le maréchal Steinau se retira aussi; il ne restait donc plus que Flemming à la tête des troupes. Il culbuta le chancelier; ainsi il se trouva en même temps à la tête du ministère, ce qui était le but où il désirait arriver, et où il s'est depuis si bien maintenu.
Nous perdîmes encore quelques batailles en Pologne, etfûmes absolument abandonnés des Polonais. Les Suédois entrèrent en Saxe, comme le chancelier et Loewenhaupt l!avaient prédit. Nous fîmes une grande faute en faisant la paix ^). Auguste avait une belle armée victorieuse sur pied, par le gain de la bataille de Kalisch, où il commandait en personne ; bataille complète si jamais il en fut, et où Auguste eut sa revanche, car il ne commanda, en personne, qu'à la première et à la dernière bataille, en cette guerre. On sait qu'il ne faut qu'un tel revers de fortune pour faire changer tout de face, et ce fut là l'inévitable terme de ce jeune héros dont les victorieuses armes avaient rempli jusqu'alors le Nord de carnage et de sang. Cette bataille fut pour les Suédois une fatale époque, car depuis ils ont toujours été écrasés, soit par nous, ou par les autres.
Le reste des Suédois était entré en Saxe, en petit nombre, accablé de misère, sans armes et sans chevaux ; de sorte qu'ils se tenaient toujours ensemble et ne quit-
') La paix fat signëe le 14/24 septembre 1706, à AltranBtaedt, près Leipsig, k rinsu du roi Auguste qui, en pure perte, gagna la bataille de Kalisch, en Pologne (29 octobre 1706).
MéMOIBBS AUTOORAPHIBS. 277
talent leurs armes ni dans les lieux publics ni dans^ les églises:
Il est vrai qu'Auguste avait envoyé en Saxe deux de sçs ministres avec carte blanche^) pour traiter de la paix avec le Roi de Suède, et qu'elle était presque conclue lors de la bataille de Kalisch; de sorte qu'il (Auguste) fit dire au maréchal de Reinschild ^, qui commandait l'armée suédoise, qu'il croyait la paix faite entre son maître et lui, et que, s'il (le général suédois) pouvait se retirer ou éviter de donner bataille, il ferait bien; mais que, s'il restait, il (Auguste) serait obligé de le combattre, parce que le prince de Menzikoff était présent et qu'il en rendrait compte auCzar. Reinschild fit dire qu'il n'avait point d'ordre de se retirer du Roi, son maître, qu'il trouvait l'occasion trop belle, et se sentait honoré d'avoir un si grand Roi en tête ; que ce serait le plus beau jour de sa vie et qu'il ferait son possible pour se rendre digne de sa présence.
Il arriva aux Suédois ce qui nous était arrivé à Pinnehof : ils furent absolument abandonnés des Polonais, et on les chargea ensuite, en flanc et en tète, et ils furent culbutés totalement. Nous n'avions que de la cavalerie et des dragons; et on fut obligé de leur faire mettre pied à terre pour forcer l'infanterie, qui, pendant le temps
*) PfingBten et Imhof , auxquels on fit le procès pour cette malheureuse négociation.
'*) Ce fut Mardefeld, et non pas Reinschild, qui commanda les Suédois à Kalisch.
278 MaUBICB peint PAB LUI-irÊlfE.
qu'on poursuivait la cavalerie, s'environna de chariots et d'artillerie; ils se battirent comme des désespérés, bien avant dans la nuit. Le meurtre cessa, parce qu'on s'entre-tuait les uns les autres. Nous trouvâmes, le lendemain encore, le régiment de Joyeuse sous les armes, qui s'apprêtait à mourir en combattant C'était un régiment français qui avait été à notre service, et qui passa du côté des Suédois avec drapeaux, officiers et tambours, le jour de l'aflPaire de Fraustadt. Le Roi leur fit grâce, parce qu'ils venaient de se battre en braves gens; il les reprit à son service, et les exhorta lui-même à le servir aussi bien qu'ils avaient servi les Suédois; que c'était là la reconnaissance qu'il leur demandait.
La nuit, Auguste resta sur le champ de bataille (parce qu'il avait suspendu le combat, comme je l'ai déjà dit), et il était assis avec ses généraux à l'entour d'un feu. Il arriva un homme qui ne l'aperçut pas et qui s'y mit aussi. Il était nu comme la main, avait la tête, les épaules et les bras tout tailladés de coups de sabre qui n'avaient pas percé bien avant. Il avait sur une de ses épaules une pertuisane, au bout de laquelle pertuisane il avait pendu un lièvre. Tout le monde se mit à rire> en voyant arriver cette figure ; laquelle figure se mit dans une colère épouvantable. Le Roi lui demanda qui il était, et il dit, en radoucissant le ton, qu'il avait l'honneur d'être capitaine de dragons, depuis quelques années, à son service ; qu'il s'appelait d'Escliniac, et qu'il était Gascon de
MéKOXSES ▲UTOOKAFBBS. 279
nation , mais non de profession , et qu'il avait ramassé cette pertuisane sur le champ de bataille pour se défendre , et le lièvre pour le manger ; qu'il était venu à l'intention de le rôtir ou le griller auprès de ce feu, et qu'il ne croyait pas y trouver si bonne compagnie. Le Roi ordonna qu'on lui donnât des habits, et qu'on eût soin de lui. Le lendemain, le Roi se promena sur le champ de bataille ; le valet de chambre de M. de Gersdorff, colonel d'un régiment de cuirassiers, qui cherchait le corps de son maître, le trouva parmi les morts. C'était un homme vieux, féroce et robuste. Le valet de chambre le retourna. Gersdorff avait un coup de sabre qui lui coupait les deux yeux, et deux coups de fusil à travers le corps; mais il vivait encore, et dit à son valet de chambre, lorsqu'il le retourna, avec une voix rauque: „qui est-ce qui trouble ma mort?" Le valet de chambre se nomma. Gersdorff ne .fit que lui demander: „qui a gagné la bataille?" Le valet de chambre dit que c'était Auguste. „Je meurs content," dit-il, et expira en prononçant ces mots; cela se passa sous les yeux du Roi.* n le fit mettre dans son carrosse; on voulut le secourir, mais to]^t fut inutile.
Auguste, au lieu de marcher en Saxe, avec une armée victorieuse, soutenue de cinquante mille Moscovites qui le suivaient, s'en tint à la paix honteuse que ses ministres venaient de faire, qui le faisait renoncer à la Pologne et excluait le Czar de ce traité. D le ratifia, et eut
280 MâUBIC9 peint PAB LUI-MtMB.
grand tort; il est sûr que les Suédois étaient écrasés, mais la Providence ne le voulait point ainsi, et le temps de leur ruine n'était pas encore arrivé. Nous étions tous* en Saxe, Suédois, Polonais et Saxons. Auguste était à Leipzig, et Charles XII à Altranstaedt, à deux lieues delà. Nous vivions tous pêle-mêle les uns- avec les autres, de la meilleure amitié du monde ; ma mère était à Leipzig, et je me souviens d'y avoir vu mylord duc de Marlborough, qui ne réussit point dans son expédition auprès du Roi de Suède. Il se jeta un froid entre lui et le comte Piper, premier ministre de ce prince, qui fit tout manquer. Quelque temps après arriva mylord Peterborough ; il se fit présenter à ma mère, et devint, en peu de temps, si familier, qu'il ne sortait plus de la maison. On ne savait d'où venait cet homme ni ce qu'il voulait; il faisait le disgracié de sa cour; on le connaissait bien de réputation, mais il y avait quelque chose de si bizarre dans sa conduite, qu'on ne comprenait rien, et nos gros Allemands le jugeaient fou de leur pleine auto- »rité et ne se mettaient pas autrement en peine de lui. Ma mère, qui avait plusieurs choses particulières à solliciter à la cour du Roi de Suède, et qui d'ailleups, étant Suédoise, connaissait le ministre, allait souvent à Altranstaedt. Peterborough s'était fait donner la carte du pays, et c'était pourquoi il s'était attaché à eUe. Quand ma mère allait au quartier du Roi de Suède, il lui donnait la main et l'attendait dans l'antichambre du comte Pi-
MiftMOIBSS AUTOOBAPHBS. 281
per, et quand elle sortait, et que le'comte Piper la reconduisait, il prenait la parole, et lui disait les plus belles choses du monde, que Tautre avalait doux comme miel. Ma mère n'y fit pas d'abord attention, mais-à la seconde entrevue elle remarqua que ses discours étaient tout autres que ceux qu'il tenait ordinairement à elle et aux autres femmes de la cour, et qu'il était encore en ce extravagant. Elle lui en dit deux mots en revenant, mais il se sauva en faisant des plaisanteries. Peterborough fut bientôt seul chez le comte Piper, et, en trois ou quatre conversations, il lui fit avaler la pilule. Il s'agissait d'envoyer le Roi de Suède courir (après?) les Moscovites et de le détourner du superbe dessein d'être l'arbitre du monde, de s'allier pour jamais à la France, de se faire un nom immortel, de se rendre plus grand que jamais en Allemagne en relevant le parti protestant. Toutes ces belles choses furent vendues pour cent mille ducats d'or que Peterborough eut l'adresse de faire prendre au comte Piper. Pour ne point perdre son affaire de vue, et avoir un prétexte de rester à la cour du Roi de Suède, il fit accroire qu'il voulait entrer à son service, se fit présenter, fit et dit beaucoup d'extravagances. C'était une vraie comédie de voir ce personnage déjà âgé, et qui avait joué un rôle dans le monde, habillé à la suédoise courir sur une rosse de vingt écus à travers les boues, après le Roi, dans toutes ses galopades. D fit ce manège pendant tout le temps que le Roi de
282 MAUBIOR PUHT par LUT-ld^MK.'
Suède resta en iSaxé, et raccompagna jusque sur les frontières de Pologne; puis, le voyant embarqué pour tout de bon, il s'en retourna en Angleterre. Voilà, selon moi* le tour le plus souple qui se soit jamais fait, en fait de négociation ; toute autre voie était impraticable, et M. Besenval^), ministre de France, qui était présent, fut bien surpris lorsqu'il vit tout d'un coup abandonner au Roi de Suède ses véritables intérêts et se tourner contre les Moscovites. Il vit bien, mais trop tard, qu'il avait été la dupe de l'intégrité de Piper et des extravagances de Peterborough.* Il est digne de remarquer qu'un seul homme, par ses singeries et une somme très -modique, ait bouleversé des royaumes, et ait fait changer de face les affaires de l'univers. Piper a été puni, et, quoiqu'excessivement riche, le ciel lui avait donné une femme encore plus avare que lui, qui l'a laissé mourir de faim et de misère dans les prisons de Sibérie.
Lorsque les troupes suédoises sortirent de Saxe, et qu'elles étaient déjà sur la frontière, le Roi de Suède s'avisa d'aller prendre congé d'Auguste qui était à Dresde, place fortifiée, où la plus grande partie de notre infanterie était. Le Roi de Suède se présenta à la porte accompagné d'un seul officier. L'officier de garde lui demanda qui il était. Il se donna le nom de capitaine suédois. On le fit entrer, et lorsqu'il eut passé la porte, il piqua
') Vojez BUT le Baron de Hesenval, ministre de France en Saxe (1707 ~ 1716), les mémoirea du baron (Pierre- Victor) de BesenvcU, Paris 1S21.
HÉMOniKS AUTOOBAraBB. 283
droit au palais, donna son cheval à tenir au premier venu dans la rue, et monta chez le Roi. Les gardes le Reconnurent d'abord, mais il marcha si vite qu'on n'eut que le temps de lui enseigner l'appartement. Auguste fut assez surpris de sa visite, et Flémming fit une démarche digne de lui: il entra dans l'appartement du Roi, un moment après que le Roi de Suède y fut entré; et, comme ce Prince parlait à Auguste, Flémming lui fit signe de se saisir du Roi de Suède ; mais Auguste secoua la tête, et le Roi de Suède, s'étant retourné brusquement, l'aperçut. Auguste, pour ne lui donner aucun soupçon, dit à Flémming de lui faire amener au plus .vite un cheval. Le Roi de Suède, après une courte conversation , embrassa le Roi et sortit ; Auguste monta à cheval, et l'accompagna à quelque distance de la ville ; après quoi, ils se séparèrent. Il me semble que cette démarche du Roi de Suède est bien avantageuse pour Auguste, tant par la confiance qu'il a eue en lui, que par le bon usage qu'Auguste en a fait. Le Roi de Suède lui rendit le surlendemain la justice qu'il méritait, lorsqu'ayant rejoint ses troupes, et marchant à la tête d'une colonne, il vit le comte Piper, à ses côtés, rêveur, et, lui ayant demandé la raison. Piper lui dit qu'il songeait aux réflexions que faisaient actuellement Messieurs les * Saxons de la sottise qu'ils avaient faite avant- hier: le Roi de Suède lui dit, en riant, qu'il s'était fié à sa bonne fortune et à la probité d'Auguste; qu'elle l'avait bien
284 MaUBIOR FBIHT PAR USl-V^ME.
servie et qu'il avait aperçu un moment qui n'était pas bien net. Mais laissons aller le Roi des Goths s'égarer dans les déserts de la Moscovie ; assez d'historiens l'y ont suivi, aussi bien que dans la guerre de Pologne. Mais ils ne parlent que par conjectures ; les faits que je viens de rapporter ici en sont une preuve ; ils me paraissent intéressants, et ils sont pourtant omis par pure ignorance. ^
Quelque temps avant le départ des Suédois de la Saxe, on me fit partir pour la Hollande; j'avais pour gouverneur le baron de Lorme, et d'Alençon, pour sousgouverneur. Mais j'étais si dissipé qu'il n'était pas possible de m'apprendre quelque chose; on crut qu'en me faisant changer de climat et d'habitudes, mon génie se changerait. On me fit partir avec mes deux gouverneurs et un valet de chambre, qui, à le voir seulement, faisait tomber en sjrncope. Nous partîmes, au commencement de l'année 1707^), et nous arrivâmes à la Haye. On se donna d'abord tous les soins imaginables pour m'instruire, sans en pouvoir venir à bout. Je me souviens que mes deux gouverneurs se proposèrent un jour, l'un et l'autre, de faire faire une machine de fer pour me resserrer le crâne, assurant qu'il était entr'ouvert, et que * c'était la cause physique de mon peu de conception. Quoiqu'il en soit, il y avait des choses que j'apprenais
>) Maurice parle de son second voyage en Hollande; il 7 alla une première fois, en 1704.
MtuOJXKB JL1TTOOBAPHE8. 285
assez aisément, comme les exercices, les mathématiques; pour la lecture, il fallut y renoncer, et lorsque j'étudiais dan& un livre et qu'on me demandait où j'en étais, ou ce que j'avais lu, je n'en savais jamais un mot. Pour l'arith^ métique, c'était la même chose, quand il fallait chiffrer sur le papier ; mais quand on me laissait calculer de la tête, il n'y avait point de chaînes que je ne débrouillasse plus vite que les autres sur le papier. J'étais positivement comme le valet du diable, qui fait ce qu'on ne lui demande pas, et j'appris parfaitement le hollandais, sans qu'on me l'eût enseigné, en moins de six mois de temps. Mon gouverneur rendit compte du progrès de mes études, et dit qu'il renonçait à m'apprendre quelque chose; qu'il y avait en moi une complication de stupidité et de légèreté qu'il ne pouvait résoudre. Un nommé Schelle, depuis professeur à Leipzig, m'entreprit et on me l'envoya pour précepteur. Nous fûmes d'abord les meilleurs amis du monde, et il m'apprit, en un an et demi, le latin, l'histoire civile et ecclésiastique, et le tout, comme à un perroquet, car dès la deuxième et troisième leçon il renonça à m'apprendre à lire comme les autres. Je l'ai appris depuis tout seul et pour ainsi dire du jour au lendemain.
A- la fin de l'année 1708 on, me ramena en Saxe, et, le 5 de janvier de l'année 1709, M. de Schulenburg entra dans ma chambre, et me dit de la part du Roi qu'il me destinait au militaire, que je devais aller le remercier,
286 MiuncB PBnrr pab lui -même.
et.que nous partirions le lendemain ; que mon équipage était tout fait, et que, de mes gens, il ne m'était permis de prendre que mon valet de chambre. J'étais enchanté de toutes ces choses, surtout de n'avoir plus de gouverneur. M. de Schulenburg m'avait fait faire un uniforme de soldat, que l'on me mit sur le corps avec un grand ceinturon et une grande épée, des guêtres à la Saxonne, et, dans cet équipage, il me mena baiser la main du Roi. Je dinai avec lui, et on me fit beaucoup boire à sa santé. Je savais la géométrie, et je dessinais assez joliment. On vint à parler des plans que j'avais levés, et le Roi dit à M. de Schulenburg que tous ceux qu'il lui enverrait fussent faits de ma main. „Je veux" — continua-t-il — ,,que vous me secouiez ce drôle comme il faut et sans aucune considération, cela le rendra dur au mal. Commencez, Monsieur, par le faire marcher à pied du rendez-vous jusqu'en Flandre." La proposition ne laissa pas de m'étonner, mais je n'osais rien dire. Schulenburg répondit pour moi des choses qu'assurément je ne pensais pas : que mon unique désir était que mes forces pussent répondre à mon zèle, et m'attira d'autres choses dans ce goût-là qui, malgré ma bonne volonté, ne me plaisaient pas trop, surtout de marcher à pied. Je trouvais plus joli d'être dans la cavalerie; j'en fis la proposition, mais je tus rembarré, pour m'apprendre à parler. Le Roi dit à Schulenburg: „Au moins. Monsieur, je ne veux absolument pas que vous souffriez que
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dans la marche l'on porte ses armes ; il a les épaules assez larges pour les porter lui-même, et surtout qu'il ne paye point de garde, à moins qu'il ne soit malade et bien malade." J'ouvris les oreilles, et je trouvai que le Roi, que j'avais toujours trouvé ai doux, parlait comme un Arabe ce jour-là; mais quand je songeai que je n'avais plus de gouverneur, j'oubliai tout, et j'étais persuadé qu'il n'y avait rien au-dessus ^). J'employai le reste du jour à faire des adieux, et je partis le lendemain ^ de grand matin, dans le carrosse de mon général. Je quittai Dresde avec beaucoup de plaisir. La séparation entre mon gouverneur et moi fut pourtant tendre, car je ne laissai pas de l'aimer. C'était M. deDestesto; le baron deLorme m'avait quitté en Hollande, pour aller remplacer le ministre du Roi en Angleterre. M. Destésto *) était con-
seiller d'Etat, ainsi il ne put point me suivre. Ce fut le 6 de janvier que nous partîmes. Nous fûmes coucher à Salbitz, chez M. Benkendorf (?) ; le lendemain, à Leipzig, où nous restâmes huit jours. Mon petit équipage vint m'y joindre; le Roi avait eu la bonté de l'ordonner; il consistait «n quatre petits chevaux de main tous harnachés; une berline à six, et douze mulets; des valets à proportion, un écuyer et, à la suite de tout cela, un gouverneur, sous le titre de gentilhomme, qui me dé-
>) Maurice vent dire : qydil n'y avait pas de félicité plus grande.
?) Çratner, Denkwiirdigkeiten der Qrafin Maria Aurora Koenigsmark (Leipzig 1836), publie une lettre dans laquelle le nom de ce gouverueur est écrit Desbordes.
288 Mauricb priht par lui-même.
plaisait fort. C'était le frère du dernier, il se nommait comme lui. Le 15, mon équipage fut coucher au rendezvous à Lutzen, à 2 lieues de Leipzig. Nous y fumes le lendemain. M. de Schulenburg en fit la revue. On me mit un fusil sur le coi*ps dans la (tente du) colonel du premier bataillon, et on me fit jurer à Tenseigne. M. Schulenburg était appuyé sur la pierre qu'on a mis à Tendroit où Gustave -Adolphe fut tué, et il me dit, en m'embrassant, après que* j'eus fait serment: „ Monsieur, je souhaite que ce lieu vous soit aussi propice que j'en tire un heureux augure, et que le génie du grand homme qui a expiré ici passe sur vous ; que sa douceur, sa sévérité et sa justice vous guident dans toutes vos actions; soyez aussi soumis à obéir que sévère à commander ; ne pardonnez jamais par amitié ou par considération; dans les moindres fautes, que l'exemple du sévère Magnus^ vous soit toujours présent; ayez des moeurs irréprochables, et vous commanderez aux hommes; voilà la base et les fondements inébranlables de notre métier. Les autres qualités qui élèvent au sublime sont des dons de la nature et de l'expérience."
Je répondis que j'acceptais l'augure, et que je profiterais de ses leçons; il m'embrassa une seconde fois, et je rentrai dans mon rang. Le soir Schulenburg me prêta ses officiers, et je donnai un souper de cent couverts. Nous étions au nombre de quatre mille hommes
^) Gvaia'&m Adolphus Magnus.
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d'infanterie et quatre bataillons de mille dragons et de mille cuirassiers. Nous partîmes, le lendemain, 16, pour
la Flandre La légion se sépara, et notre ba-
taillon fut coucher à Gross-Dobretz ; le 17, nous remar- ' châmes. J'étais constamment à pied; Mf. dé Beust, mon colonel, quoique déjà âgé, me tenait compagnie, à pied, avec quelques autres officiers, et, pour m'amuser, ils firent venir une cornemuse et deux soldats vandales à la tête du bataillon qui chantaient des chansons grivoises. Les autres soldats les apprirent bientôt, de sorte qu'au bout de quelque temps, quand ils en commençaient une, tout le bataillon entonnait, et jamais je n'ai depuis fait des marches si gaies; aussi ne nous déserta-t-il pas un homme. Heureusement pour moi, il gelait: ainsi . les boues • étaient dures; je ne pus pourtant résister; mes pieds s'écorchèrent dans vingt endroits; mon fusil m'avait abîmé les épaules, et on fut obligé de me permettre de monter à cheval pour quelques jours. Les soldats me honnissaient, et, dès qu'il fut possible, je marchais.
M. de Schulenburg était resté en arrière pour quelques affaires; il nous rejoignit auprès de Wolfenbuttel, et je fus dîner avec lui chez le vieux Duc Antoine-Ulrich, qui me fit amitié. De là nous fûmes à HannoVre, où, malgré l'aventure de mon oncle, je fus bien reçu. Je soupai le même soir avec l'Electeur, Roi d'Angleterre à présent.
290 Maubicb peint pab lttt- iii^iot.
Cette aventure mérite une place ici; aussi bien n'ai-je pas (encore) parlé des Koenîgsmark. Je ne me suis jamais avisé de lire leur généalogie, et je dirai seulement que le grand-père de ma mère était le fameux Koenigsmark qui, après la mort de Gustave- Adolphe, déballa (?) r Allemagne, prit Prague, réunit le pays de Brème à la couronne de Suède, etc.
Son fils était le maréchal Koenigsmark, qui remercia le Roi Charles XI (de Suède) lors de la réduction des terres en Livonie. Son père lui avait laissé des biens immenses, qu'il s'était acquis par les droits de la guerre pour lors, et le fils s'en servit pour lever un corps d'armée en Allemagne, l'amena chez les Vénitiens, nettoya toute • la côte de la Dalmatie, remonta bien haut dans l'Archipel, conquit la Morée et le Péloponèse en deux années, et y mourut, plusieurs disent empoisonné par les Vé- . nitiens, parce qu'il avait une armée sur pied et qu'il demandait de grosses sommes. Quoi qu'il en soit, on lui éleva un^ statue après sa mort, et elle subsiste encore dans Venise. Il laissa deux filles et deux fils: l'ainé eut le même sort que son père, en Morée, et mourut avec lui; le second et le dernier de la famille périt à Hannovre, comme je vais le dire. Il laissa deux soeurs: l'une épouse du comte de Loewenhaupt, et l'autre, qui est ma mère, porte encore le nom de la famille. La Reine d'Angleterre d'à présent, épouse de George, est fille du défunt Duc de Celle, George-Guil-