MÉM0IRR8 AUT0GRÀPHR
laume ^). Le comte de Koenigsmark avait été élevé dans cette cour, et, dès leur enfance, le comte et la^prîncesse avaient eu Tun pour Tautre une tendre' amitié ; avec rage elle devint une passion réglée. Leur bonheur ne fut pas long. La princesse fut destinée au prince électoral de Hannovre, et bientôt envoyée. La séparation fut cruelle ; mais il fallut obéir. La princesse fut conduite à Hannovre, et mariée dans la chapelle du palais. Le comte, déguisé, eut Timprudence de se présenter à ses yeux, comme elle s'avançait vers Tautel; sa vue lui causa
de la confusion, et son embarras fut si grand qme tout le monde s'en aperçut. Elle fit semblant de se trouver mal, pour avoir le temps de se remettre. Mademoiselle Knesebeck, une des demoiselles d'honneur et, de plus,' sa confidente, avait reconnu le comte, s'approcha de lui, dans le tumulte que cet accident causait, pour le persuader de se retirer. Il était si troublé qu'il ne savait ce qu'il faisait; il sortit, sans rien répondre à Mademoiselle Knesebeck, prit la poste, et s'enfuit droit en Suède, pour se renfermer dans son château. Cette aventure n'eut aucune suite; le comte, après avoir fait ses réflexions, sortit de ces rochers, et retourna à Hannovre, se présenta à la cour, fut bien reçu, et obtint une compagnie . dans les gardes du corps.
*) Sophie -Dorothée de Brunsvic-Lunebourg (la duchesse d^AJdden), femme de George L, mère de George II de Grande-Bretagne et d'Irlande, aïeule des dynasties d'Angleterre, de Prusse et de Russie, mourut le 13 novembre 1726, âgée de soixante ans, uprès une captivité de trente-deux années.
292 Maubicb peiht pab lui-mêmr.
Son commerce avec la princesse recommença, et n'aurait jftts été découvert, si la comtesse.de Platen n'était devenue amoureuse de lui. Elle était maîtresse de l'Electeur, et c'était une de ces femmes hardies, entreprenantes et implacables ennemies, dont les passions n'avaient aucune borne ; adroite et dans un âge qui donne la force aux vices et aux vertus, avec cela maîtresse absolue de l'esprit et du coeur de l'Electeur, la comtesse fit d'abord toutes les avances au comte de Koenigsmark; mais il avait trop d'amour, et trop peu d'expérience pour y répondre, et pour juger qu'il est dangereux d'oflfenser une femme de ce caractère, et que ces sortes d'outrages ne se pardonnent jamais. La comtesse jeta d'abord ses jaloux soupçons sur tout le monde ; ils s'arrêtèrent enfin sur la princesse électorale. Les espions firent leurs diligences, et découvrirent bientôt que le comte voyait la princesse en particulier. Il n'en fallut pas davantage. La comtesse de Platen ne songea plus qu'aux moyens de les perdre tous deux. Elle peignit avec toutes les couleurs les plus noires le crime à l'Electeur, et la chose fut avérée. L'Electeur était un prince doux, humain, qui aimait la tranquillité et craignait l'éclat. Outre cela il aimait le comte de Koenigsmark personnellement, et la comtesse eut beau faire, elle ne put jamais porter l'Electeur à aucune violence. Il se contenta de lui ordonner de le suivre à la campagne, où, l'ayant tiré en particulier, il lui dit: „ Comte, je sais tout; voilà une lettre pour le prince
MÉMOIIIBS AnTOORAPHRS. 293
Auguste (de Saxe); partez; quand vous serez en Hongrie, vous demanderez votre congé; il vous aime; votre beaufrère est à son service; vous serez bien. Adieu; souvenez-vous de Famitié que je vous fais." Il le quitta là- dessus, et n'en dit pas davantage. Le comte fut consterné, et vit bien qu'il fallait partir. Auguste était pour lors le cadet de la maison de Saxe, et commandait les armées de l'Empereur en Hongrie. Le comte de Koenigsmark le joignit à Peterwardeîn, et lui fit tout le détail de son désastre. Auguste le reçut, bien, et le fit son aidede-camp. Le comte pourtant était toujours rêveur, et il lui arriva une singularité que je ne dois pas omettre. Il y avait une espèce de fou nommé Mey, qui se mêlait de dire la bonne aventure et qui suivait la cour d'Auguste. Le comte, en se promenant une fois, lui passa la main sous le nez, en lui disant: „ quand verrai -je ma maîtresse?" Mey la prit, et, l'ayant regardée un moment, la referma, et lui dit: „Tu la verras, et puis: Amen! . . . *Mais tu auras le temps de songer à ce que te dit Mey aujourd'hui. Mon pauvre comte, il y a longtemps que je vous plains; mais tel est votre sort; nul ne peut éviter sa destinée." La campagne finie, Auguste s'en retourna à Vienne, et de là en Saxe. Koenigsmark le suivit, et lui demanda la permission d'aller faire un tour à Hannovre. Auguste ne voulait point le permettre, mais il allégua tant de raisons qu'il y consentit. La véritable (raison) pourtant était le ruban d'un bouquet que la princesse
294 Maurics peint par lui-même.
avait mis pour prix à une course de bague, qu'il avait gagné, et qu'il avait laissé à Hannovre, attaché au bout de son étendard, lors de son départ. Telle fut la raison de ce beau voyage. Au départ du comte, l'étendard avait été porté chez son lieutenant, de là chez le successeur du comte, qui était le comte de Platen, parent de la comtesse de même nom. Koenigsmark fit mettre pied à terre chez lui. L'autre fut assez surpris de le
voir. Après les premières honnêtetés, le comte de Koenigsmark redemanda son ruban ; le comte de Platen assura qu'il avait été obligé de le remettre à la comtesse. Koenigsmark le pria de lui aller dire que, pour tout le mal qu'elle lui avait fait, il ne lui demandait que ce ruban ; mais que, si elle ne le lui renvoyait sur-le-champ, elle pouvait compter qu'elle n'était pas en sûreté entre le bras de l'Electeur. M. de Platen promit de s'acquitter de cette commission, et fut la rendre fidèlement à la comtesse de Platen. Elle fut charmée de tenir une seconde fois Koenigsmark, et elle le remit d'un moment à l'autre pour ajuster son affaire. Koenigsmark cependant se tenait caché, et la comtesse de Platen fut se plaindre d'abord à l'Electeur des menaces qu'on lui faisait. L'Electeur fut piqué au vif de la hardiesse du comte, et promit d'abord tout; mais, bientôt après, ayant fait ses réflexions, il trouva que cette affaire était d'une conséquence terrible, qu'elle ferait un grand éclat, et que les bienséances en seraient blessées; qu'Auguste, qui
Mémoibeb autqqbaphkb. 295
était devenu Electeur par la mort de Jean - George IV, son frère, vengerait Koenigsmark. La comtesse se lamenta fort, et dit qu'elle voulait se retirer de la cour. La tendresse de TElecteur reparut sur-le-champ, et elle, profitant de ce moment, lui fit espérer qu'on n'en saurait rien. Il consentit à tout, et, par cette faiblesse, se fit des malheurs dont il n'a point vu la fin, et dont sa postérité aura longtemps des inquiétudes.
Voici comme la comtesse s'y prit pour exécuter son dessein. Elle avait fait venir d'Italie deux bravi, apparemment pour quelques assassinats. Le hasard fut qu'ils se trouvèrent encore présents lorsque le comte arriva. Elle fit encore choix de deux chasseurs à elle et du fourrier de la cour, pour avoir l'entrée au château. Il fut arrêté qu'il irait le jour même dans une salle basse au bas du petit escalier de la princesse, et, quand il verrait entrer le comte de Koenigsmark, il se jetterait sur lui, l'empêcherait de crier, et le mènerait dans un endroit du château qui s'appelle le laboratoire. Cet ordre fut donné en présence de l'Electeur. Les deux Italiens, qui ne savaient pas un mot d'allemand, reçurent le leur en particulier de la comtesse, qui leur ordonna d'assassiner le comte. Sa femme de chambre leur proposa la coUation, et les empoisonna tous deux. Il restaient encore deux difficultés, l'une d'éloigner le prince Electoral, à cause de la quantité de domestiques qui allaient et qui venaient. L'Electeur le fit appeler, et lui dit qu'il lui
296 Maurice peint pak lui-même.
ferait un sensible plaisir d'aller ce soir souper et coucher à la campagne; lui indiqua les personnes qu'il devait prendre avec lui et lui, recommanda de ne pas dire qu'il l'avait souhaité. Le prince Electoral crut que l'Electeur voulait profiter de l'absence de quelques maris qu'il jugeait dans le nombre de ceux qu'il devait amener avec l\ii, et ne s'en mit pas autrement en peine. Il restait encore une difficulté. C'était de faire donner le comte dans le piège. On ne pouvait jeter les yeux que sur Mademoiselle de Knesebeck, qui avait été dans la confidence de la princesse Electorale, comme je l'ai déjà dit. La comtesse dePlaten imagina qu'il fallait mander Mademoiselle de Knesebeck au nom de Mademoiselle Dillon, fille d'honneur de l'Electrice et son amie, que lui Electeur se trouverait dans la galerie par où elle devait passer, et qu'il enverrait sur-le-champ chez elle, accompagné de quelqu'un de confiance. Cela fut exécuté ainsi que projeté. Mademoiselle de Knesebeck rencontra l'Electeur, qui lui dit d'aller chez la comtesse; elle obéit, et entra en tremblant. I^a comtesse la fit asseoir, et lui dit de la part de l'Electeur de faire ce qu'elle lui ordonnerait. La pauvre fille voulut s'excuser, lorsque la comtesse lui présenta une lettre à copier ; mais la comtesse lui dit que, si elle n'obéissait sur-le-champ, sa perte était inévitable, et qu'on la mènerait en lieu d'où elle ne verrait pas la fin du jour, qu'il fallait obéir ou mourir. La Knesebeck écrivit demi -morte ce qui suit:
MéllOrRSS AnTOOBAPHES. 297
„ Monsieur le comte, ma Princesse désire de vous voir. Elle ne peut vous écrire, s'étant brûlé la main, et m'a ordonné de vous faire savoir que vous pouvez vous rendre ce soir chez elle, par le petit escalier, comme autrefois. Elle me parait inquiète de votre silence. Adieu ; tirez bientôt de doute la plus aimable princesse du monde." ^
On fit rendre la lettre au comte par un homme supposé. Koenigsmark, amoureux, ne vit devant les yeux
que sa bonne fortune. Pour Mademoiselle de Knesebeck,
elle fut gardée à vue ce jour-là, puis transférée au château de
Le comte attendit avec impatience la nuit, et ne put l'attendre, car il se mit en marche sur la brune. Le fourrier de la cour n'avait pu s'imaginer qu'il dut arriver sitôt; ainsi le comte entra avant qu'il fût venu, monta le petit escalier, et trouva la princesse seule dans son appartement. Elle fut d'abord fort surprise de le voir, ne sachant pas qu'il fût arrivé ; elle lui en fit quelques reproches. Le comte, bien plus surpris qu'elle, lui parla de la lettre de Mademoiselle de Knesebeck, et la lui montra. La princesse, l'ayant lue, s'écria qu'il était perdu, que c'était un tour de la comtesse de Platen, pour la faire surprendre avec lui par le prince Electoral, que son voyage a la campagne n'était qu'une feinte ; que, si ses soupçons étaient faux, elle l'en avertirait, dès qu'elle aurait vu Mademoiselle de Knesebeck. Koenigsmark
298 Maurice pbimt pab lui -même.
descendit le petit escalier au plus vite, et, comme il entra dans la petite salle, il fut tout d'un coup attaqué par le fourrier et ses quatre satellites, qui le guettaient pour le voir entrer. Ils l'auraient laissé sortir, s'ils ne l'avaient reconnu à la lueur d'une lanterne qui pendait à la porte. Le comte se défendit vigoureusement^, le fourrier lui disait toujours à voix basse : „ ne vous défendez point, nous ne voulons vous faire aucun mal;" mais il se battait comme un désespéré. Le combat fut long; les deux chasseurs allemands de la comtesse Platen y furent tués,
un des bravi aussi. Le fourrier, homme vigoureux et robuste, reçut deux légères blessures qui ne lui firent rien ; il ne perdit point la tramontane, et, voyant que cela allait mal, il jeta son épée, et ramassa le manteau que le comte avait laissé tomber. Koenigsmark, voyant quitter prise au fourrier, sortit du coin où il s'était acculé, pour charger l'Italien qu'il avait en tète, et pour se sauver, ce qui donna le temps au fourrier de lui jeter par derrière son manteau sur la tète. L'Italien, dans ce moment-là, passa au comte l'épée au travers du corps, comme le fourrier le tenait embrassé dans son manteau; il tomba par terre, sans connaissance. Sur ces entrefaites, la princesse Electorale descendit; elle avait un petit chien qui, entendant quelque chose, aboyait toujours à la porte par où le comte était sorti. La princesse l'ouvrit, pour voir ce que c'était; le chien descendit l'escalier, et s'arrêta au bas en faisant toujours grand
MÊUOIBBS AUTOOSAraES. 299
bruit. Elle voulait voir ce que ce pouvait être, et, en entrant dans la petite salle, elle vit deux hommes qui faisaient leurs efifbrts pour emporter le comte. Elle voulut s'avancer, dire ou faire quelque chose, mais elle fut si fort saisie qu'elle n'en n'eut pas la force ; elle poussa un cri sourd, et voulut remonter l'escalier; mais elle donna du pied contre un de ces corps morts, ce qui la fit tomber, et elle resta évanouie. Le fourrier et l'Italien la prirent, et la rapportèrent dans son appartement, la mirent sur un lit de repos, ressortirent, et fermèrent la porte à double tour sur eux, pour ne plus être inquiétés. Ds emportèrent le comte dans l'appartement souterrain qui lui était destiné ; ils firent ensuite porter les deux chasseurs et l'Italien mort dans une cave, où ils les enterrèrent. Celui qui restait fut occupé une partie de la nuit à nettoyer la petite salle, pour qu'on ne vît pas le lendemain les marques du meurtre. Ensuite le fourrier alla rendre compte de son expédition à l'Electeur, et s'excusa fort de ce qu'il croyait que le comte était tué ; que c'était l'Italien qui avait fait le coup, lorsqu'il tenait Eoenigsmark embrassé dans son manteau; que, lorsqu'il était remonté pour emporter les autres, il lui en avait fait des reproches, et que l'Italien lui avait demandé d'un air tout étonné s'il n'avait pas eu ordre de Vammazzare, que, pour lui et son camarade mort, la comtesse de Platen leur avait expressément dit d^ammazzare ^). L'Elec-
*) Le manuacrit a: Dan cozdr, ce qui ne donne pas de sens; le co-
300 Maurice print par lui-mAme.
teur ne fit aucune attention au discours du fourrier; son coeur n'était pas accoutumé au crime, et il était très ému. Mais laissons là l'Electeur avec ses inquiétudes, et revenons à la princesse, que j'ai laissée évanpuie sur son lit de repos ; elle était revenue, mais restait comme immobile dans une profonde rêverie. Ses femmes, voyant qu'elle ne sonnait point, entrèrent à la fin. La princesse ne dit pas le mot, on la déshabilla, et on la mit au lit ; ses femmes se retirèrent: étonnées surtout de voir du sang partout sur ses habits, elles se regardaient les unes les autres sans rien dire. Le lendemain, la princesse se leva de bonne heure, et se fit habiller, et parut à ses gens avec cet air de courage que donne le malheur aux grandes âmes; elle fit prier l'Electeur et le Prince, son époux, de passer chez elle. L'Electeur l'avait fait revenir de la campagne dès le matin, et l'avait prévenu de ce qui venait d'arriver. Le prince Electoral était si fort agité de différentes idées, qu'il ne savait où il était; il suivit l'Electeur chez la princesse, sans savoir ce qu'il dirait. Ils arrivèrent ensemble, et, après- un moment de silence, la princesse prit la parole, et leur parla ainsi: „ Je n'ai que deux mots à vous dire, et je ne m'abaisserai point à vous persuader de mon innocence; je suis coupiste n'a pas toujours réussi à déchiffrer l'écriture de Maurice ; le sens de la phrase semble exiger la répétition du mot ammazzare (assommer), puisque accozzare (accoster, rencontrer) serait trop faible. Le spadassin reat faire accroire qu'il a reçu l'ordre de tuer le comte, et s'étonne de roir son compère, le fourrier, dans des dispositions moins sanguinaires.
MÂMOIRB0 ÂirrOORAPHRB. 801
pable; mais c'est d'avoir manqué de foi au comte deKoeiiigsmark> par une très lâche obéissance. J'aimais Eoenigsmark avant d'avoir eu l'ordre de vous obéir, prince ; ma faute est de l'avoir reçu; j'en sens toute l'horreur, et le reste de ma vie m'acquittera de ce que je dois à mes remords et à ma mémoire; c'est moi qui suis cause de sa mort; c'est à moi de la venger; attendez-vous donc à toutes les horreurs que la vengeance peut inspirer."
L'Electeur lui dit de modérer ses transports; qu'on n'avait jamais songé à elle, et pourquoi elle voulait se rendre coupable dans le monde ; que c'avait été des raisons d'Etat qui avaient été cause qu'on avait arrêté le comte; qu'il n'avait point donné l'ordre de le tuer; que c'était un malheur, et qu'elle devait songer à bien vivre désormais avec le prince Electoral.
„Monsieur," lui dit-elle, en l'interrompant, „je ne recevrai jamais entre mes bras l'assassin de Eoenigsmark que pour le poignarder, et si je suis encore vivante dans le moment présent, ce n'est que pour le venger,"
L'Electeur vit bien qu'il n'y avait rien à faire; il sortit de son appartement, et fit signe au prince de le suivre, qui ne se le fit pas dire deux fois. Ils conférèrent ensemble de ce qu'il y avait à faire. Le chirurgien de l'Electeur qui avait pansé le comte de ses blessures fit son rapport, dit qu'il avait trois coups d'épée, mais qu'il n'y en avait qu'un de dangereux, et ils jugèrent
302 Maurice peikt par tati-uPuk,
à-propos, pour apaiser la princesse, de lui faire savoir, sous main, que le comte n'était pas mort, ir était impossible que cette affaire fût étouffée. Lltalîen qui restait, après avoir achevé sa besogne, fut vers minuit chez lui.
C'était dans un cabaret de la ville. Il se coucha; mais, quelque temps après, il se réveilla, et demanda à deux étrangers qu'on avait mis coucher cette nuit dans sa chambre, et qui parlaient un peu italien, d'appeler l'hôte de la maison. L'hôte monta; il lui demanda un confesseur ; rhôte lui dit qu'il n'y avait point de prêtre catholique à Hannovre. L'Italien se plaignit, et dit qu'il était empoisonné, dit que c'était la comtesse de Platen, pria Dieu de faire grâce à son camarade mort, et à lui de leurs derniers crimes, et expira. Les deux étrangers en parlèrent le lendemain à leurs connaissances, et celles-là à d'autres ; ainsi la nouvelle fut bientôt sue. Ces deux hommes pourtant, ayant fait réflexion à leur imprudence, se sauvèrent au plus vite. Les gens qui voulaient être instruits de cette affaire envoyèrent au cabaret; mais l'hôte ne put rien affirmer que la mort de l'Italien, et comme les auteurs de la nouvelle ne se trouvèrent point, elle resta douteuse. On murmurait pourtant partout de cettQ action. Les derniers mots de l'Italien, les chasseurs disparus, le fourrier blessé, et les gens du comte de Koenigsmark, qui couraient partout pour savoir des nouvelles de leur maître, avaient de quoi inquiéter la comtesse de Platen. Elle vit bien que, sans un nouvel
M^MOIRBS AUTOOIIAPHRS. 303
événement qui attirât Tattention du public, Topprobre de cette aflFaire retomberait sur elle. Le comte n'était pas mort; sa Vie lui réservait un cruel ennemi, et elle fit le projet de le faire mourir assez publiquement, pour que l'Electeur seul parût aux yeux de tout le monde chargé de sa mort. Laissons pour un moment la comtesse dans cette occupation. Dans les premiers jours de la détention du comte de Koenigsmark, un gentilhomme à lui trouva moyen de savoir qu'il était arrêté et vivait encore. Il partit sur-le-champ pour Dresde, et apporta la nouvelle de cet accident à ses soeurs et à son beau-frère; le comte de Loewenhaupt en informa d'abord le Roi Auguste, et lui demanda la permission d'aller sol-
liciter pour Koenigsmark à Hannovre. Le Roi y consentit, et voulut bien, pour rendre la chose plus grave, lui donner des lettres de créance. Le comte partit le jour même pour Hannovre, et fit diligence. Lorsqu'il arriva, il ne trouva personne à qui il pût s'adresser. Ministres, secrétaires, cour, princes, tout avait déserté la ville. L'Electeur d'un côté, l'Electrice de l'autre, le prince Electoral du sien, et il paraissait que tout le monde s'était retiré de la cour et de la ville pour pouvoir affecter de l'ignorance sur un cas si délicat. Dans toutes ces .horreurs la tête avait absolument tourné à l'Electeur, et la comtesse de Platén , qui ne perdit pas un moment son afiaire de vue, lui faisait entasser sottise sur sottise, pour le mettre au point de ne pouvoir plus reculer; entre
304 AiAtmTCll PKIHT PAR LUI-MÊME.
autres choses, elle fit amener sous bonne garde la princesse Electorale à D'un autre côté, elle avait
gagné des gens dans le conseil de TElecteur^ qui la craignaient, et qui connaissaient les faiblesses de TElecteur; elle les retint exprès auprès de sa personne; enfin le pauvre prince, réduit à un état pitoyable, fut aisément persuadé par la comtesse qu'il fallait assembler son conseil; qu'une telle démarche le laverait absolument des soupçons du public, et mettrait son esprit en repos. — Le conseil fut assemblé. On exagéra d'abord Tétat où l'on se trouvait, qui à la vérité était très triste; puis on dit, que retenir le comte en prison était une chose impraticable; que le ministre de Pologne le réclamait avec vivacité; qu'Auguste en avait envoyé un^) à la cour de Vienne, d'où il en allait venir incessamment un autre; qu'il fallait à la fin répondre ; que le relâcher ou le remettre au ministre d'Auguste serait un afiront éternel; que, le comte mort, ni parents ni amis ne se remueraient; qu'il ne fallait pas en avoir le démenti; que la mort du comte le justifierait absolument dans l'esprit de sa cour et du monde ; qu'il ne fallait que du mystère pour en imposer au public, qui trouverait bientôt des raisons véritables ou fausses pour le condamner, et qu'il n'y avait qu'à aller son train sans rien dire: que c'était le droit des souverains. Tel fut le résultat de ce conseil. La question n'était plus que de quel genre de mort on se
») C'est-à-dire: %m ministre.
M±MOiaXB AUTOOBAPHB8. 305
servirait y et il fut arrêté que le comte de Koenigsmark serait empoisonné le plus secrètement que faire se pourrait; comme je le dirai dans son lieu^ quand j'aurai auparavant parlé du comte de Loewenhaupt, et de la manoeuvre qu'il fit, pendant qu'on faisait toutes ces allées et venues. Il (Loewenhaupt) avait des espions partout^ pour savoir ce qui se disait et ce qui se faisait; et comme il jugea par les circonstances que le comte de Koenigsmark ne s'en tirerait pas bien de cette afifaire, il résolut de se mettre en état de le sauver, par adresse ou par force. Il augmenta pour cet effet son train, et fit venir plusieurs officiers de Saxe qui lui étaient attachés. Il y avait un chasseur du comte de Koenigsmark, nommé Ziegler, qui était homme alerte, et dont le comte de Loewenhaupt se servait, sous diverses formes, pour savoir ce qui se passait. Ziegler fit si bien, qu'il eut habitude avec la femme du fourrier dont j'ai parlé ci -devant. Il sut d'elle le détail exact de toute l'aventure, et l'endroit où était retenu le comte de Koenigsmark; de plus, il vola à cette femme un passe -partout du château. Loewenhaupt fut bien aise de toutes ces découvertes, et, voyant les circonstances si favorables, et ayant été d'ailleurs informé du résultat du conseil, il résolut d'exécuter son projet. J'ai déjà dit que tout le monde avait abandonné la cour et s'était retiré à la campagne, de sorte que le château était, désert; qu'il n'y avait qu'une douzaine de Suisses qiii y faisaient la
306 MâCHUCB PBINT PAR LUZ-HtMK.
garde. L'affaire était délicate. Enlever un prisonnier
d'Etat hors du palais d'un souverain n'était pas peu de chose. Le comte de Loewenhaupt pourtant l'entreprit, en prenant le mieux qu'il put ses précautions^ pour ne pas avérer une démarche aussi hardie. Voici comment U s'y prit. On fait le premier prêche en AUemagne, chez les protestants, à quatre heures du matin. On était en hiver, de sorte que les nuits étaient fort longues. Le comte de Loewenhaupt fit semblant, le dimanche, 15 du mois de février 1695, d'aller au prêche du matin, rassembla tout son monde, et sortit à pied de la maison. Plusieurs gens passaient au travers de la cour du château pour se rendre à cette église, et le comte prit le même chemin ; mais il s'arrêta dans une petite rue au coin du château, et laissa filer ses gens un à un dans le château, leur ayant donné rendez -vous dans la grande galerie, du côté wdes appartements neufs. Le comte y arriva le dernier, et ses gens ne savaient à quoi cette cérémonie aboutirait, lorsqu'il en prit la plus grosse partie et leur dit d'aller au dehors à la porte du château, de se disputer ensemble, et de mettre l'épée à la main ; que les Suisses ne manqueraient pas d'accourir pour les séparer, et qu'alors ils devaient les charger, mais si mollement que le combat piU durer jusqu'à ce qu'il les vînt rejoindre. Le comte espérait, à la faveur du tumulte que la querelle à la porte causerait, de dégager le prisonnier. Chacun marcha de son côté. Le comte, lorsqu'il entendit la
MivOIBES AUTOOSÂTHM. 307
charge commencée à la porte du châteaiï; fit de son côté ouvrir, au moyen du passe -partout' et de Zîegler, toutes les portes, et vint à celle du laboratoire, où M. de Eoenigsmark devait être. Mais comme le passe-partout ne l'ouvrait pas, il fat obligé de Tenfoncer. Sa surprise fut grande lorsqu'il n'y trouva personne. Il vit bien que quelqu'un y avait demeuré; car il trouva encore le lit et les meubles nécessaires en désordre ; et, en regardant partout, il reconnut l'écriture du comte qui était sur le mur avec du charbon, et qui contenait ces paroles: „PkiHppe de Koenigsmark a rempli sa destinée dans ce lieu le 14 février de Vannée 1695. " Le comte de Loewenhaupt vit bien qu'il avait manqué son coup, de quelques heures; il ressortit sur-le-champ, referma les portes par où il avait passé, et fat rejoindre ses gens, qui étaient aux mains avec les cent Suisses de l'Electeur. Sa présence fit d'abord retirer les siens, et il affecta d'être accouru de l'église pour les séparer; mais comme il y avait quelques Suisses de tués, le comte fit sauver quelques-uns de ces gens sur des chevaux qu'il tenait tout prêts pour amener le comte de Koenigsmark, pour qu'il eût une excuse lorsqu'on lui demanderait justice de cette violence. Le comte de Loewenhaupt continua pourtant son chemin, et s'en vint très-tranquillement à l'église. La comtesse de Loewenhaupt, son épouse, qui ne savait rien de tout ce qui venait d'arriver, fut au prêche, dés huit heures, dans une autre église. Le
308 BIauricb psnrr pâb Lur-ii^m.
superintendant^ M. Bilderbeck, monta snr la chaire^ et prit son texte 'de St. Luc, chap. 10, v. 30, fit un prêche très -pathétique, et finit par dire: „Mes chers auditeurs, j'ai assisté la nuit passée une âme affligée; je ne désire pas lui survivre; ces lieux sont souillés, comme dit Saint ... au chapitre . ., du sang des innocents, et le palais de votre prince est une meurtrière, où l'on égorge les jeunes étrangers, comme dit Saint. . . ." L'auditoire fondit en larmes ; mais la comtesse de Loewenhaupt fit des gémissements que l'on entendait d'un bout de l'église à l'autre, et le service fut interrompu, et tout le monde courut chez lui, pour faire part aux siens de ce qui venait d'arriver. Le comte de Loewenhaupt, qui voulut avoir pleine certitude du fait, fut chez le superintendant. „ Monsieur," lui dit-il, „je vois bien pourquoi vous me venez voir, et je suis bien aise de pouvoir vous donner quelques éclaircissements. Je ne crains point l'Electeur, car je sens bien que je n'ai pas beaucoup de temps à vivre. Cette dernière affaire, jointe à une fièvre lente que j'ai depuis quelque temps, me mettra au tombeau."
Après quelques civilités de part et d'autre, le superintendant lui dit: „Je fus appelé hier au soir de la part de l'Electeur chez M. le comte de Eoenigsmark, qui était retenu prisonnier au château, dans le laboratoire. On me dit qu'il serait empoisonné à souper; que c'était par ordre de la cour, et que je devais l'assister dans
ses derniers besoins; mais que je ne devais liii parler de rien qu'il n'eût mangé. Je voulus m'excuser de la commission; mais on me dit qUe^ si je n'y allais pas, on n'en appellerait point d'autre; que j'étais son confesseur^ et que j'étais le maître de le laisser mourir sans autre assistance. Je me suis donc vu obligé. Monsieur, d'avoir pour ainsi dire part à ce meurtre. Je l'allai hier voir, sur les sept heures du soir. Le comte de Eoenigsmark me reçut avec joie, et me demanda comment j'avais obtenu la permission de le voir ; car je ne m'imagine pas, continua-t-il, en riant, que vous veniez pour me préparer à la mort. Je fus embarrassé, et lui dis simplement que j'avais demandé à le voir pour l'assister dans ses afflictions. Le comte me fit mille amitiés, et me dit qu'il ne croyait pas qu'on lui fit rien de plus, à moins qu'on ne voulût, par de plus graudes injustices, étouffer le souvenir de celle qu'on lui avait déjà faite. Je lui répondis que la grâce du Très-Haut mettait des bornes à tout, et qu'elle en mettrait apparenmient à ses souffrances. J'allai continuer, mais il m'interrompit, en me disant: „Mon cher M. Bilderbeck, cela est bel et bon, mais parlons d'autre chose. Que dit- on de moi dans le monde?" — Il me fit plusieurs questions. L'heure du souper vint; on servit au comte, et il me pria de souper avec lui. Je m'excusai sur ce que je ne soupais jamais, mais que je lui tiendrais com-'* pagnie et le verrais souper. Le pauvre comte se mit à table.
310 MAUBIGB VBMT PàM LDI-KâMB.
et, api%s avoir pris trois ou quatre cuillerées de soupe^ il me regarda un moment fixement, et me dit: ,, Je vois pourquoi vous m'êtes venu voir." Il jeta la cuiller qu'il avait à la main: ^^Je ne vous en sais pas mauvais gré^ M. Bilderbeck; il est temps^de mourir: je suis empoisonné." Il se leva de table , dit d'un grand sang -froid: ^^Otez cela!" n se promena trois ou quatre tours dans la chambre. J'étais si saisie que je n'eus pas la force de lui rien dire. Il me parla le premier, en disant: ,, Que dites- vous de ces gens-ci?" Je repris la parole, l'exhortai à pardonner à ses ennemis, et je lui dis sur ce sujet ce que le devoir de ma charge exige de moi en pareille occasion ; je le sollicitai de communier, et lui donnai le sacrement. Un moment avant, et pendant que je m'apprêtais, il prit un charbon dans la cheminée, et écrivit quelques mots sur le mur. Il me parut fort bien résigné, et mourut, deux heures après, avec toute la fermeté imaginable, sans que je lui aie entendu faire la moindre plainte. Il me dit que je devais vous faire savoir et à ses deux soeurs la fin de sa destinée; qu'il vous priait d'assurer le Roi Auguste qu'il mourait reconnaissant et pénétré de ses bontés, et qu'il priait ses deux soeurs de l'oublier le plus tôt qu'elles pourraient. Je vis qu'il avait deux ou trois fois envie de me dire autre chose. Il me demanda ce qu'était devenue la princesse Electorale; ' mais je l'exhortai à ne plus songer aux choses d'ici-bas. Après qu'il eut expiré,- je frappai à la porte, et on me
MhHOIBM AlfTOeRAniBS. 311
laissa sortir. Je fas chez moi me jeter sur mon lit. Ma douleur et mon peu de santé me persuadèrent que je n'en reviendrais pas."
Le comte de Loewenhaupt s'en retourna chez lui, et effectivement M. Bilderbeck mourut au bout de quelques jours ^). La comtesse de Loewenhaupt, pendant ce ^ temps -là, remplissait la maison de atf cris. L'Ëlecteur fit signifier au comte de Loewenhaupt de se retirer de Hannovre, sans rien dire autre chose.
Le comte de Loewenhaupt s'en retourna en Saxe, ' et rendit compte au Roi Auguste de toutes ces choses. 11 plaignit fort le défunt, car il l'aimait Ainsi finit Koenigsmark, le dernier de sa maison.
11 laissa des biens immenses, tant en terres qu'en vaisselles, et pierreries; mais les Hartog à Hambourg, chez qui le tout était en dépôt, les ont gardées, disant qu'ils étaient prêts à les rendre quand on produirait un testament ou un ordre du comte de Koenigsmark. Ce qui est en fonds de terre a été la proie de la guerre, et on se dispute encore à qui l'aura.
La princesse Electorale, ou la Reine d'à présent, a soutenu depuis, avec la même hauteur de raccommodement, ses sentiments, et, quelques propositions que le Roi lui ait fait faire, eUe les a toujours refusées.
Nous restâmes quelques jours à Hannovre.
>) HmrmanB BUderbeck n'ëtait pas BuperintendatU (c.-à-d. chef de diocèse), mais second prédicateur de la cour de Hannovre. Il ne mourut qu'en 1706, quelques années après cet érënement.
312 Mauuob pbuit pab lui-mémc.
Bien que les traductions de M. de Weber aient déjà fait connaître les passages les plus saillants de ces Mémoires, nous n'ayons pas hésité à les publier in extenso. C'est la seule autobiographie du comte de Saxe que Ton connaisse. Un écrivain comme Maurice mérite d'être lu dans la langue dont il s'est servi pour exprimer sa pensée : la meilleure traduction ne saurait rendre la vigueur de son style. Qu'il pèche contre la grammaire; qu'il invente des mots à sa guise; qu'il tourne sa phrase comme pei|p)nne ; qu'il dédaigne, comme le firent Fré-^ déric n et Napoléon, l'orthographe de tout le monde ; qu'importe tout cela? • • ;;le style c'est l'homme/' et le style de Maurice c'est bien Maurice. H ne savait pas le français; soiti mais il maniait cette belle langue à sa manière: avec simplicité, avec précision, sinon avec élégance; et il possédait le secret de l'art, cette éloquence qui part du coeur, la seule qui vaiUe. Nous en appelons à la petite-fiUe du maréchal de Saxe. L'auteur de Lélia, nous en sommes sûrs, ne désavouera pas les pages éloquentes dans lesquelles son illustre aïeul a raconté les funestes amours de la duchesse d'Ahlden, et la fin tragique du dernier Koenigsmark.
Le style seid, cependant, ne suffirait peut-être pas pour convaincre la critique moderne de l'authenticité de ces Mémoires de Maurice. Nous ignorons ce que la minute olographe de ce curieux document est devenue; mais la copie que l'on conserve aux archives de Dresde, la seule qui existe, est d'une authenticité incontestable. Cette copie, que nous avons reproduite, fut tirée de l'original par un secrétaire infidèle de Maurice et vendue par cet individu même, en 1724, au feld- maréchal Jacques -Henri comte de Flemmmg i). C'est dans la correspondance de ce ministre que M. de Weber ^) a retrouvé la lettre suivante:
yyj'aurai l'honneur de dire àVotre Excellence, que M. le comte de Saxe me pria un jour de lui copier quelques pa-
1) Flemming, après avoir durant enTiron trente années commandé les armées et dirigé les conseils du roi Auguste II., mourut, ambassadeur de Saxe à Vienne, âgé de soixante ans, le 80 avril 1728.
*) Vojes: von Weber, Monta Graf von SaohseUt p. 7.
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piers; et je crois qu'il en aura du chagrin par la suite. Comme cela regarde particulièrement Votre Excellence^ j'en ai tiré une copie ; pendant un voyage qu'il fit à Versailles; et il me demanda à son retour si je n'avais montré cet ouvrage à personne; je l'assurais que non, comme il est vrai, mais j'eus garde de lui dire que j'en avais tiré copie, et s'il le savait, il donnerait part de son bien pour le ravoir, et il aura beaucoup de chagrin, si jamais il sait que cet ouvrage soit entre les mains de Votre Excellence, puisque cela La regarde directement Cet ouvrage contient 36 feuillets de grand papier, que je ne peux confier qu'aux personnes que Votre Excellence m'indiquera, après que je l'aurai bien cacheté. Je laisse à la générosité de Votre Excellence de m'accorder quelque gratification qVElle jugera à propos. Cet ouvrage est de conséquence pour Votre Excellence et pour la mémoire afin d'j remédier. J'ai l'honneur etc.^
à Venise, ce 19 août 1724. ^^ g^, Lauebnt.
Flemming, ne se contentant pas d'accuser réception (le 12 mars 1725) des „ trente -six feuillets'* qu'il avait eu garde de refiiser, se mit en devoir de réfiiter lui-même l'auteur de ces Mémoires.
La minute de cette réfutation s'est conservée, mais l'adresse manque; l'exorde ferait supposer que Flemming l'aurait destinée à Saint Laurent; mais nous avons de la peine à le croire. Quel intérêt Flemming pouvait-il avoir à désabuser un être de cette ' espèce? que pouvait lui importer l'opinion d'un Saint LaUrent? Nous présumons que la forme épistolaire n'est qu'un masquç. Flemming n'aura pas voulu brûler les Mémoires de Maurice; c'était une arme dont on pouvait se servir, au besoin. Cependant il n'aura pas voulu non plus déposer aux archives une pièce aussi compromettante pour sa personne, sans fournir à ses successeurs le moyen d'y répondre, si jamais cet ouvrage devait voir le jour.
Nous croyons agir selon les intentions du feld-maréchal en publiant ses Retnarquesx
314 MAURIOB PBINT PilB LUI-M^ME.