MAURICE AU COMTE RUTOWSKI, SON FRÈRE
Arrivée de Maurice au quartier -général du maréchal de Broglie. — Critique du mouvement que le roi de Prusse voudrait faire faire aux Saxons, commandés par Rutowski. -7- Linz et Passau occupés par les Autrichiens.
MoNsiBUB, ^ P^^^^ ^^ 29 janvier 1742.
Je suis arrivé ici, mon cher comte; j'espère que M. de Rochow vous aura montré la lettre que je lui ai écrite en partant de Prague.
Je vous répète les mêmes choses, que vous ne sauriez être trop sur vos gardes pour que M. de Polastron ne soit pas le mattre de vos subsistances ; car il devient de moment en moment plus nécessaire qu'on ne vous arrête pas plus longtemps que de raison dans les environs d'Iglau. Si le roi de Prusse veut donner un coup de collier en-deçà, vers Tabor, Neuhaus etc. , qu'il le fasse promptement; car les délais vous mèneront à une ruine infaillible de vos troupes: ce qui est la chose la plus dangereuse et pour le Roi, et pour les Français. Vous avez toujours l'article du pain à alléguer; ainsi, si le roi de Prusse ne veut marcher rapidement, prenez congé de lui.
M. le maréchal Broglie est furieux contre M. de Séchelles, de ce qu'il s'est prêté à vous fournir du pain^)
') Sur la demande du roi de Prusse voyez: Oeuvres de Frédéric le Grand T. n, p. 109.
Ls'TTKBa nrtoiTBB. (1742.) 4l^
pour cette expédition; il lui a déclaré qu'il le rendra responsable de Tévénement; il a ordonné à M. de Polastron de revenir dès que l'expédition d'Iglau serait faite, à moins que le roi de Prusse ne voulût aller tête baissée sur les ennemis ; mais le point essentiel qui l'intéresse est que vous ne laissiez rien à Iglau; supposé que vous vous retiriez sur Prague. La réunion lui tient fort à cœur, et il a raison : c'est l'intérêt des Saxons et celui des Français ; des uns pour couvrir la Saxe et Prague, et de tous deux, d'être ensemble. Employez donc toute votre adresse, tout votre savoir-faire et toute votre fermeté à ne rien laisser à Iglau. Le roi de Prusse a assez de troupes pour pouvoir garder ce poste, et vous avez outre cela des raisons à lui dire, qui sont : que, les ennemis étant les maîtres de Passau et de Linz, comme ils le sont, ils pousseront dea partis vers Nuremberg et vers Egra pour couper aux Français la communication avec la France; que ces mêmes partis courront jusque dans la Saxe, et qu'il faudra que vous fassiez des détachements pour couvrir les frontières de la Saxe. Enfin, faites de votre mieux. J'écrirai ei\ conséquence en Saxe pour que l'on lui ^) fasse les mêmes représentations de la part du Roi. D'ailleurs, louez son entreprise; poussezle à aller le plus en avant que faire se pourra sur Vienne ; cela y attirera toujours une partie des ennemis, et les empêchera de trop s'étendre en Bavière et sur nos derrières. Enfin, que vous dirai- je, mon cher comte? employez tout votre savoir-faire pour ne vous point séparer, et pour revenir le plus tôt que vous pourrez sur la Sasawa.
1) C'est-à-dire au roi de Prusse.
420 MaURICB PBIHT PAB LUX-MÊltE.
Vous savez apparemment que Linz et Passau sont pris. M. de Ségur a capitulé à Linz , et est sorti à condition que d'un an la garnison ne servirait pas contre la reine de Hongrie, et que les Français s'en retourneraient en France. Pour les Bavarois, on les a relégués dans le Haut-Palatinat, aux mêmes conditions. Les Français ont perdu tous leurs capitaines de grenadiers, avec M. de Pouille, lieutenant- colonel et excellent officier. Je suppose que cela a été dans une sortie, et que les compagnies des grenadiers y ont péri aussi. Nous n'en avons pas d'autres détails que ce que je vous en mande.
Adieu, mon cher comte, écrivez -moi souvent, et envoyez-moi courriers ou estafettes dès que vous saurez le jour auquel vous devez vous joindre avec le roi de Prusse, et, lorsque vous vous serez joint, ce que vous ferez après. J'en userai de même ici. Il faut que vous adressiez vos estafettes à M. de Pauly, capitaine au régiment de Saxe, chez M. le comte de Saxe, maison Colloredo, à Prague. Adieu, mon cher comte, je vous embrasse de tout mon cœur, etc.
LE COMTE DE SâXE.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Maurice transmet copie de la précédente, et conseille de se replier sur Prague. — Ce mouvement est approuvé par Broglie.
M0N8IEUE, ^ ^^™' 1^ 29 janvier 1742.
Votre Excellence verra par la copie de la lettre cijointe ^) que j'écris au comte Rutowski, que le maréchal
■} La lettre précédente.
Lettres imédiths. (1742.) 421
de Broglie désire que nous ne laissions rien à Iglau, mais que nous tenions nos forces ensemble, et que nous nous rejoignions à' lui, vers Prague, le plus tôt qu'il se pourra, si le roi de Prusse ne veut pas aller brusquement sur les ennemis pour les attaquer. Comme je doute de ce dernier article, je prie Votre Excellence de mettre tous ses soins pour qu'on ne laisse rien à iglau; c'est un point capital. î^ous rassemblerons nos troupes ici, dès que nous saurons ce que le roi de Prusse voudra faire après sa jonction avec les Saxons, et, en conséquence, nous attaquerons aussi, ou n'attaquerons pas. Je ne manquerai point de vous envoyer des estafettes. Comme celles de Prague ici n'ont rien de commun avec le Postamt ^), étant établies par nous. Votre Excellence aura la bonté d'adresser les lettres qu'Elle m'écrira à M. de Pauly, chez M. le comte de Saxe, etc.
Maubice d£ Saxe.
Post-scriptum.
J'ai lu l'incluse au maréchal 2); il l'approuve de tous points, et m'a dit d'insister pour que les Saxons ne laissent rien à Iglau, et qu'ils se joignent à nous au plus vite, c'est-à-dire qu'ils s'approchent de Prague au plus vite. Il dit que le moment n'est peut-être pas éloigné où les ennemis viendraient à lui; que, s'ils nous surprenaient séparés, ils auraient peut -être bon marché de l'un et de l'autre, et qu'alors soit les Saxons soit les Français ne pourraient plus leur tenir tête; qu'il prévoit qu'ils tireront toutes les troupes réglées (ou du moins la plus
1) Btureaa de poste.
2) Broglie,
422 MàUKICE PEIKT pas LUI-MâME.
grande partie) de rAutriche, pour en augmenter leurs forces en Bohème, parce qu'il n'y a plus d'ennemi de ce côté-là. Enfin le but du roi de Prusse a été de dégager M. de Ségur, et de dégager l'électeur: il ne peut plus ni l'un ni l'autre; ainsi il ne doit plus s'aheurter à cet objet. Vous avez une chose plus forte à dire, qui est la conservation de vos propres frontières; ainsi, point de délais, et surtout point de troupes laissées à Iglau.
Frédéric IL, pour se justifier d'avoir proposé cette malheureuse campagne de Moravie, que Maurice désapprouva dès l'origine, a essayé d'en rejeter la faute sur ses alliés, et nommément sur le comte de Saxe >).
Les lettres de Maurice réfutent ces imputations, et jettent un jour tout nouveau sur l'histoire secrète de cette entreprise manquée.
La résolution de faire coopérer les troupes saxonnes à l'occupation d'Iglau avait été prise, en présence de Maurice, Bruhl et Rutowski, dans une conférence, présidée par le roi de Prusse, à Dresde, le 19 janvier 1742. Huit jours après, le roi de Prusse convoqua un conseil de guerre à Landscron (27 janvier), dans le but d'étendre cette expédition, et de tenter, au milieu de l'hiver, la conquête de la Moravie; entreprise qui ne pouvait s'exécuter sans éloigner les Saxons de leur base d'opération, ni sans les séparer de l'armée firançaise. On comprend que Maurice fit tout ce qu'il put pour l'empêcher; il eut, entre autres, à ce sujet, avec Frédéric lui-même, une discussion assez vive qu'il va nous raconter. Cette discussion roula sur le plan de campagne arrêté à Landscron. Frédéric II. ayant oublié de parler de ce conseil de guerre dans son ffistoire de mon temps, il est indispensable, pour l'intelligence des lettres sidvantes, de combler cette lacune, et nous donnons, à cette fin, la parole au chevalier de Saxe qui assista à ces importantes délibérations.
*) Vo7e«: Histoire de mon temps, chap. V. Oeu/vreB de Frédéric h Grand. (BerUn MDCCCXLVI.) T. H, p. 103,
liBTTRIS IMi:UTB0« <1742.) 42&
U^ CBBYAIAER DE SAXE AU ROI AUGUSTE m, SON FBÈBE,
(EXTRAIT
Teutschbbod, 30 janvier 1742.
.... „ Je suis arrivé à Landscron avant le roi de Prusse^ qui s'y rendît vers la nuit. J'eus l'honneur de faire ma cour à Sa Majesté ce même soir encore, et de souper avec elle.
Le roi me fit un accueil très-gracieux
Après le souper, le roi m'ordonna de me rendre chez lui, le lendemain 27, à 9 heures du matin; après quoi il se retira.
Je me rendis ce 27 à l'heure indiquée dans l'antichambre du roi ; le prince Léopold (d'Anhalt-Dessau) et le maréchal Schwerin me parlèrent beaucoup sur la sincérité de l'amitié du roi de Prusse envers Votre Majesté, du plaisir et de la joie qu'ils en ressentaient, et du projet de leur maître; me sondant sur ce que j'en pensais.
Je dis au prince Léopold, quant au projet d'opération, que celui du roi de Prusse exposait Broglie, et que, Broglie hors d'oeuvre, la Saxe se trouverait découverte et exposée.
Le prince Léopold se chargea d'en parler, et entra chez le roi, d'où il revint pour me dire que le roi de Prusse ordonnait au maréchal prince d'Anhalt de marcher avec 30,000 hommes et plus, s'il le fallait, pour couvrir la Saxe, aussi souvent et quand le roi de Pologne le souhaiterait ; à quoi le prince Léopold ajouta, que son maître mettrait la lettre au maréchal, prince de Dessau, entre mes mains.
Quelque temps après, vers midi, le roi nous fit entrer dans sa chambre. Il y avait le prince Léopold de Dessau, les maréchaux Schwerin et Schmettau, et les lieutenantsgénéraux Polastron *) et Renard. D nous demanda attention à ce qu'il dirait, qu'on ne l'interrompît point pendant qu'il parlait, et qu'après chacun dirait librement ce qu'il pensait. Il continua: „Mon idée est que les troupes Saxonnes et de France se joignent aux miennes à Gross-Meseritz. As-
^) Le comte de Polaatron, lieutenant-général, ancien gouyemenr da dauphin, commandait alors une divifiiun française en Bohème.
424 Maubiob feutt pak lui-mémk.
semblés là^ on verra les mouvements que l'ennemi fera. S'il n'abandonne pas Iglau^ c'est une marque qu'il veut y assembler ses forces^ et^ dans ce cas^ il faudra en découdre avec lui. Mais comme il n'y a pas d'apparence à cela^ mais, au contraire, toute apparence que l'ennemi quittera Iglau, c'est une marque qu'il nous abandonne la Moravie, et, en ce cas, nous pousserions sur laTaja. Cette position obligera l'ennemi à abandonner Neuhaus, Tabor, et tout ce qu'il a en Bohème; cette position l'y obligera parce qu'elle doit lui faire craindre pour l'Autriche, l'unique pays dont il puisse tirer quelque chose, car la Bohème étant mangée, la Silésie perdue pour lui, et la Moravie occupée par nous, l'ennemi n'a d'autres ressources que dans l'Autriche. Le maréchal Broglie trouvera jour de se joindre à nous, s'il le juge à propos."
Le roi ajouta qu'au printemps nous pourrions agir ensemble vers la Basse -Autriche; que les Français, faisant venir une armée par l'Alsace, pourraient, avec ce qu'ils ont ici, nettoyer la Bavière, et marcher dans la Haute- Autriche, d'où les ennemis se trouveraient recognés d'une telle manière qu'ils demanderaient la paix, n'ayant de retraite qu'en Hongrie; que, quant à nous, joints ensemble nous n'avions rien à appréhender, puisque, quand même Khevenhuller se joindrait à Lobkowitz, il (le roi de Prusse) ferait encore avancer 12 bataillons, qu'il avait en dos et à portée; que ce plan avait encore l'avantage qu'au printemps nous (les Saxons) serions encore à portée de faire le siège de Brunn, et que ses troupes feraient l'armée d'observation. Quant à la jonction, qu'elle pourrait se faire vers Gross- Meseritz en Moravie, le 7 février (jour auquel il croyait que ses troupes seraient à Gross-Bitesch), et que nous pourrions nous mettre en marche le 4
Le roi ayant achevé de parler, il s'adressa à moi, et me dit: „Quel est votre sentiment, chevalier de Saxe?"
J'avais prévu que le plan du roi de Prusse pourrait ne pas se borner à la prise d'Iglau, de sorte que, dans ma
Lbttrm ihAditbs. (1742.) 425
dépêche du 2b, j'avais demandé que le comte Rutowski m'obtînt de Votre Majesté des ordres ^ dans le cas que le roi de Prusse proposât et voulût une autre opération que celle de la prise dlglau.
Outre cela; le prince Léopold de Dessau m'avait dit le projet du roi avant le conseil; et comme la première partie de ce projet; savoir la prise d'IglaU; était ce que Votre Majesté m'avait ordonné de faire ; et que l'exécution du reste du projet était si éloignée encore que les ordres de Votre Majesté; en cas qu'Elle ne voulût pas que ses troupes y concourussent; me parviendraient à tempS; — je n'ai pas balancé à dire au roi de Prusse quC; quant au plan que Sa Majesté nous avait fait l'honneur de nous dirC; j'avais eu ordre de Votre Majesté de suivre ceux du roi de Prusse, et de me porter à Iglau; que, si j'étais dans la position où je suis actuellement; ce n'avait été qu'en conséquence de cet ordrC; sans lequel je me serais tiré en arrière; il y a quelque tempS; à cause du manque de pain et particulièrement de fourrages; quC; me portant sur Qxoss-MeseritZ; je découvrais toutes les places que j'avais en dos et où j'avais établi mes magasins; hôpitaux etc.; de sorte quo; par cette marchC; je perdais l'unique ressource que j'avais eue jusqu'à présent pour ma subsistance. Le roi dit sur cela tout haut: ,, Quant à la subsistance des SaxonS; je m'en charge; pourvu que vous puissiez; chevalier; vous aider les quatre premiers jourS; afin que je gagne le temps pour faire les arrangements nécessaires. Je vous traiterai aussi bien que mes troupes; vous ne manquerez de rieu; et je m'en fais un pcJînt d'honneur.'*
Puis le roi; me poussant vers le poêle; et me menant de là à la fenêtre sous prétexte qu'il faisait trop chaud auprès du poëlC; me dit en particulier:
„ Quant à votre inquiétude pour la SaxC; tranquillisezvous: j'ordonne aujourd'hui au maréchal prince d'Anhalt de marcher avec trente à quarante mille hommes au premier ordre que le roi de Pologne lui donnera pour couvrir ses
426 Maurice miWT pab hm-uÈUE.
états; mais il faut qu'on lui fournisse la subsistance, et qu'on fasse des magasins; j'en donnerai avis aujourd'hui à votre maître."
Je demandai la permission au roi de parler pour un moment en général de la reine de Hongrie; et comme tel, n'ignorant pas ou ne pouvant ignorer la jonction des troupes Prussiennes aux Saxonnes, je crois que la raison de guerre exigerait de tomber sur les Saxons avant qu'ils pussent se joindre aux Puissions.
Le roi me dit: „En ce cas, repliez-vous sur moi ; avertissez-moi, et je pousserai vers vous."
Le général Polastron, qui dit son sentiment après, demanda la permission de représenter au roi que, si l'ennemi ne quittait pas Neuhaus et Budweis, au mouvement que nous pourrions faire en avant d'Iglau, si, en ce cas-là. Sa Majesté ne trouvait pas à propos de se porter sur ces endroits, pendant que le maréchal Broglie s'avancerait aussi vers Budweis.
Le roi de Prusse lui répliqua:
„Je ne veux pas marcher à Neuhaus; c'est un pays mangé; on y manquerait de subsistance, et je ne veux pas ruiner l'armée ; il ne faut rien risquer contre l'ennemi sans nécessité."
Après cela on régla l'ordre de bataille. . . .
Tous ceux qui avaient été dû conseil eurent l'honneur de dîner avec le roi, qui, ayant fait mettre Polastron vis-àvis de lui (en disant que c'était pour le voir en lui parlant), ne manqua pas de lui lâcher quelques lardons sur l'afFaire de Linz, et, comme cette matière amena celle dé la guerre qui subsiste. Sa Majesté dit à ce sujet: que de nettoyer la Bavière, c'était l'affaire des Français; qu'il fallait qu'ils fissent venir des troupes d'Alsace à cet effet, et qu'il prétendait que la guerre fût finie pendant cet hiver et au printemps.
Après le dîner, le roi me recogna dans une fenêtre. La mémoire ne me fournit pas tout ce qu'il m'a dit; je ne suis
IdrrTRBfl uréDiTBS. (1742.) 427
pas même en état de rendre les choses dont je me souviens avec les termes expressifs dans lesquels il me les a dites, et auxquels répondaient les yeux, les gestes et tout. Bref, Siro; en me parlant de Votre Majesté, de son amitié pour Elle, de son désir d'être toujours uni avec Elle, il n'y avait pas moyen de Ten tendre parler et de le voir, sans être persuadé de la sincérité de ce que ce prince disait Il
me dit: „Je suis très -content du roi de Pologne, votre maître; je crois qu'il l'est aussi de moi, et qu'il le sera encore plus dans la suite. Il faut que nous tenions fermes ensemble. Laissons faire la guerre aux Français, en Bavière ; qu'ils y fassent des fautes, qu'ils y soient rossés, nous n'avons rien à craindre; je joindrai aux troupes de votre maître quinze mille hommes et quelques milliers de hussards, et j'ai encore sept mille hommes en dos pour les faire joindre au besoin; et par ce moyen nous nous trouverons toujours en force et supérieurs à l'ennemi; et s'il était besoin, je pourrais encore faire marcher au printemps trente mille hommes de la Silésie, sans que cela empêchât le prince d'Anhalt de mener au secours du roi de Pologne un autre . corps de trente mille hommes; car, quant à la Saxe, je vous le répète, >le feld-maréchal prince de Dessau dépendra des ordres de votre maître, pour marcher avec trente mille hommes et plus, s'il en est besoin, là où le roi de Pologne l'ordonnera." ....
On le voit, rien ne fat négligé pour entraîner l'armée saxonne dans cette entreprise fort hasardeuse, vu la saison avancée où on se trouvait. Frédéric, qui était déjà en négociation secrète avec l'Autriche, ne se souciait nullement d'aider l'électeur de Saxe à conquérir la Moravie, ni de dégager l'armée française en Bohème de la fausse position dans laquelle elle se vit placée par la capitulation de Linzl Avec sa franchise toute militaire, le royal historien a dévoilé lui-même le secret de cette comédie dont Maurice seul ne fat pas dupe :
„ Quoique le peu de concert et de bonne volonté, dit
Frédéric (p. 105), qui régnait entre les alliés, obligeât d'aban-
428 Maurice peimt pab lui-mêmb.
donner le projet le plus décisif pour rendre la supériorité aux armées des Français et des Bavarois, il n*en était pas moins important de soutenir cet électeur à la veille tf obtenir la couronne impériale. Les partis mitigés n'étaient plus de saison : ou il fallait s'en tenir à la trêve verbale, qui n'assurait de rien et que les Autrichiens avaient si* ouvertement enfreinte, ou il fallait détromper les alliés de la Prusse de leurs soupçons par quelque coup d'éclat. L'expédition en Moravie était la seule que les circonstances permettaient d'entreprendre, parce qu'elle rendait le Roi plus nécessaire, et le mettait en situation d^être également recherché des deux parties. Le Roi ^y détermina, en même temps bien résolu pourtant de n*y employer que le moins de ses troupes qu'il pourrait, et le plus de celles que ses alliés voudraient lui donner/^
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Correspondance du roi Auguste lU avec le roi de Prusse. — Frédéric II et Rutowski. — Dispositions pacifiques du cardinal de Fleury. —'Les frères Belleisle discrédités à Versailles. — Eloge de Broglie.
Monsieur, ^ P"^»^' ^« ^ ^"^^^«"^ l'^42.
J'ai reçu hier la lettre que Votre Excellence m'a fait rhonneur de m'écrire le premier de ce mois,- avec les copies incluses, dont je Lui rends mille grâces^).
Le projet du roi de Prusse a toujours été d'amener les Saxons en Moravie, et je vois qu'il y persiste. Il y a même dans la tournure de sa lettre une certaine façon d'y engager, malgré que l'on en ait; et je crains que le comte Rutowski, avec sa douceur, ne se laisse tonneler; car le roi de Prusse est jfin, et emploie les moyens les
*) Bruhl envoya le l^r février un courrier k Maurice pour le mettre au fait de la correspondance entre le roi de Pologne et le roi de Prusse.
LsTTRES nrfoiTBs. (1742.) 429
plus puissants, qui vous mettent toujours dans la nécessité de faire ce qu'il veut, ou de rompre toute mesure avec lui; et le pauvre comte Rutowski n'a pas assez de nerf pour prendre des résolution s fermes. M. dePolastron a ordre» de se retirer si le roi de Prusse ne veut pas marcher sur sa droite à Tennemi. Il faut que Votre Excellence en envoie un pareil au comte Rutowski; sans cela le roi de Prusse l'entraînera. Vous voyez que malgré ce dont on était convenu à Dresde, que les Saxons n'iraient qu'à Iglau, le roi de Prusse parle de les mener sur la Taja et dans la Moravie, et qu'il regarde cela comme une chose décidée. Il se fâchera, il demandera du répit, il tiendra nos ^) troupes là, et fera le diable. Je ne pénètre pas ses vues ; mais s'il s'entendait avec la reine de Hongrie 2), qu'il fît chasser les Français de Bohème, ou en serions-nous? Cela passerait pour une faute, et il faudrait faire la paix aux conditions qu'il voudrait, et je pense qu'il nous en coûterait cher. Notre vrai alliée est la France; nous ne pouvons gagner qu'avec elle, et il ne faut jamais se séparer de ses troupes qu'avec son consentement. Les quarante mille hommes que le roi de Prusse propose pour marcher au secours de la Saxe me paraissent fort suspects; en tout cas j'aimerais autant y voir quarante mille loups, et il vaut mieux n'en avoir pas besoin. Votre Excellence tirera de mes réflexions ce qu'elle jugera à propos; je soumets mes lumières aux siennes, et La prie d'être persuadée de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être etc. etc.
Maurice de Saxe.
1) Maurice s'identifie dans cette lettre avec sa patrie, la Saxe: nos troupes sont les troupes saxonnes.
*) Les préliminaires de Breslau. justifièrent ces appréhensions.
430 MàURIOB PRINT pas LVl'MÛMR.
Post - scriptum i).
J'ai quelques indices que, si le cardinal trouve jour à faire la paix, il la fera aux dépens du roi des Romains 2), qu'il n'a jamais aimé, et qui, par sa conduite, est cause de la situation équivoque où nous nous trouvonlà. Dans ces circonstances nous ne pouvons que gagner d'une façon; car, pour nous contenter, je prévois que nous aurons une grande partie de la Bohème. Mais il faut que nous fassions paraître un attachement total pour les troupes de la France, et que M. de Ponîatowski fasse valoir que nous n'avons pas voulu céder aux instances du roi de Prusse, quelque flatteuses et quelque avantageuses qu'elles aient été; mais que nous avons préféré le salut des troupes de France, et que, si l'on avait été informé des intentions du maréchal de Broglie, l'on n'aurait pas même marché jusqu'à Iglau.
Le Belleisle a du dessous à Paris et à la cour. Le cardinal et le roi s'en sont expliqués nettement. Je n'ai pas peu contribué à le démasquer, et le cardinal a dit que je l'avais blasonné de toutes les couleurs; que ses manœuvres étaient du goût de la cuisine nouvelle, mais qu'elles n'était pas du sien. Di^) remue à présent ciel et terre pour revenir sur l'eau. Le chevalier de Belleisle est chargé de négocier à Paris le commandement de toutes les troupes des alliés en Allemagne pour le roi de Prusse ; mais cela ne passera pas , et on le regarde comme un ressort que le maréchal de Belleisle fait jouer
^} La lettre est de la main d'un secrétaire; \^ post-Bcriptum, autographe. *) L'empereur Charles VII n'était pas encore couronné; il ne le ftit que le 12 février 1742.
'} Le maréchal de Belleisle.
LBTTRI8 iràDITM. (1742.) 431
pour se sauver du naufrage, qu'il prévoit qu'il va faire. Tant mieux: ce maréchal n'a jamais été affectionné au Roi ^), et il faut espérer que tout tournera à notre avantage. Le Roi a un état de troupes, il est sage, sa réputation est bonne, et je crois que les Français voudront s'en faire un ami solide en Allemagne. Cela nous convient de tout point; car vous pouvez compter que le roi de Prusse commence déjà à donner de l'inquiétude aux Français, et sa conduite n'est pas claire.
Voilà bien des sujets de méditation dans lesquels je laisse Votre Excellence. Je crois qu'elle ne m'en saura pas mauvais gré, ni le roi non plus. M. le maréchal Broglie vient de me dire qu'il destinait quatre bataillons Saxons et cinq bataillons Français pour former cet hiver la garnison de Prague; vous voyez bien qu'il marche sur d'autres errements que son prédécesseur.
MAURICE A AUGUSTE III
Maurice a reçn l'ordre de se rendre au quartier-général de l'armée saxonne pour empêcher le mouvement proposé par le roi de Prusse. — Considérations militaires et politiques.
gjj^g à Prague, le 6 février 1742.
M. le maréchal de Broglie m'a tiré hier en particulier et m'a dit, qu'il s'apercevait qu'on entraînait les troupes de Votre Majesté, malgré Elle, en Moravie; que nos intérêts étaient les mêmes, et que, si malheureusement les troupes de France avaient le dessous (ce qui
■) Auguste nL
432 BiAUSICH PRIVT PAR LUI -MÊME.
pourrait très- bien arriver, n'ayant que douze mille hommes sur la Wotawa), il prévoyaitia perte de laBohème et le danger auquel la Saxe serait exposée; qu'il me priait d'en écrire à Votre Majesté, et de me rendre au plus vite à l'armée saxonne pour aider de mes conseils M. le comte de Rutowski; qu'il était bien informé que la besogne était trop forte pour lui, et qu'il se laisserait entraîner par le roi de Prusse, ce qui mettait les Etats de Votre Majesté et les troupes de France dans un péril manifeste. J'ai accepté la commission d'autant plus que je suis persuadé qu'il y va du service de Votre Majesté, et je me flatte qu'Elle voudra bien souffrir que je serve d'aidede-capap pour quelques jours à M. le comte Rutowski. Je donnerai au roi de Prusse pour raison de mon voyage, que M. le maréchal de Broglie, retirant M. de Polastron et les troupes françaises, m'envoie auprès de lui pour lui rendre compte de sa position et de celle des ennemis, et pour recevoir ses ordres. L'intention de M. le maréchal de Broglie, si la réunion avec les Saxons pouvait se faire, est de se faire rejoindre à Pisek par la garnison de Prague, et de mettre à leur place à Prague de l'infanterie saxonne; la cavalerie saxonne, dans les cercles de Leitmeritz, Saatz, et le reste de l'infanterie dans les villes; ce qui formerait notre seconde ligne et couvrirait la Saxe. Je crois cette idée très -convenable dans les circonstances présentes, d'autant plus qu'elle fournit le moyen à l'armée saxonne de se rétablir avec facilité. Comme M. le maréchal de Broglie n'a encore que pour très-peu de jours de fourrage sur la Wotawa, et qu'il est absolument nécessaire de garder cette rivière pour couvrir Prague et la Bohème, il voudrait mettre toute
LbTTRBS IKÉDITB8. (1742.) 433
son infanterie sur la rivière de Wotawa et sa cavalerie en plusieurs lignes derrière, sa droite, vers Pilsen. Si les troupes de Votre Majesté se rapprochaient de lui, il ne laisserait pas d'être dans une bonne position alors, parce qu'il augmenterait son infanterie de 18 bataillons, de 3 régiments de dragons et de 12 escadrons de cavalerie, par les différents.corps qui sont à Prague, sur la Sasawa, et avec M. dePolastron. Il craint extrêmement de n'avoir pas le temps de se mettre dans cet état de défense, parce que les ennemis remuent dans tous leurs quartiers et cordellentdu fourrage. Il peut être percé dans son centre à Straconitz, n'ayant pas assez de troupes pour garnir la Wotawa qui lui sert de ligne; alors il pourrait se trouver dans le cas où s'est trouvé M. de Ségur à Linz.
Toutes ces circonstances feront voir à Votre Majesté qu'il est d'une nécessité pressante que les troupes de Votre Majesté se rapprochent de la Moldau. Si le roi de Prusse ne se détermine pas à attaquer promptement les quartiers des ennemis, son objet sur la Taja est trop douteux et trop éloigné pour qu'il soit permis à des personnes prudentes de s'y abandonner et d'y risquer le salut des peuples et des nations. Où en serions -nous si les ennemis qui sont à Budweis tombaient avec toutes leurs forces sur M. le maréchal de Broglie? Le roi de Prusse avec les Saxons n'y pourrait porter aucun remède, parce que la Moïdau les séparerait de lui, et ilâ pousseraient jusqu'aux portes de Dresde sans rien craindre sur leur flanc droit; à leur gauche, il n'y aurait point d'armée, et ils communiqueraient par Pilsen avec l'armée qu'ils ont en Bavière. Ils ne sauraient craindre pour Vienne, parce qu'ils savent que le roi de Prusse n'a
434 Maubios peint pab lui-même.
point de pont; et un petit nombre de leurs troupes, qui côtoieraient le Danube, mettraient cette capitale à l'abri de toute entreprise.
J'entre encore dans quelques détails dans la lettre que j'écris à M. le comte de Bruhl, et qui accompagne celle-ci, que je ne veux pas alonger de crainte d'ennuyer Votre Majesté. Je ne sais si ce que je/ais a le bonheur de vous être agréable. Sire; mais si Votre Majesté y donnait son approbation, il faudrait qu'EUe eût la bonté de faire donner des ordres positifs à M. le comte de Rutowski, et de lui dire qu'il ait quelque confiance dans mes avis. •
Je suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant et trèssoumis serviteur Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Même sujet. — L'intérêt de la France identique avec celni de la Saxe. — Une fable politique.
Monsieur, ^ Prague, le 6 février 1742.
Votre Excellence verra par la lettre que j'écris au Roi que je vais joindre l'armée Saxonne. Je m'étais cru trop vieux pour devenir aide-de-camp, mais rien ne me rebute quand il y va du service du Roi. Votre Excellence verra par la lettre que m'écrit M. le comte Rutowski qu'il marche en Moravie. Ce n'est pas ce que Votre Excellence lui avait écrit de faire par les derniers ordres qu'il a reçus. Il devait, de sa personne, aller joindre le roi de Prusse, et laisser l'armée saxonne dans
LbTTRBS IsiÉDITBS. (1742.) 485
les environs de Teutschbrod ; il avait un prétexte honnête, qui est le pain de ses troupes (que M. de Séchelles ne lui a pas fourni, comme il le dit lui-même dans sa lettre); mais il est doux, timide et paresseux, et nous sommes tels qu'il a plu à Dieu de nous former. Vous êtes convenu à Dresde avec le roi de Prusse que les troupes saxonnes n'iraient que jusqu'à Iglau ; il veut les entraîner sur la Taja, à plus de cinquante lieues des frontières de la Saxe. Souffrirez-vous cela, et abandonnerez-vous les Français? Vous mettrez-vous dans un péril évident sur une supposition du roi de Prusse, qui est la prétendue diversion? Si vous le laissez faire, il augmentera de vos troupes les siennes, et occupera votre pays; moyennant quoi il aura la Saxe et Tarmée saxonne. 11 vaut mieux se brouiller avec lui que de lui donner cet avantage. Avec des gens qui abusent de notre complaisance, il faut parler ferme; sans cela, on devient le mépris et la risée de tout l'univers. Vous avez une raison si juste à alléguer, qu'il ne saurait s'en offenser. Dites- lui que, pour complaire à sa volonté, vous lui aviez promis vos troupes jusqu'à Iglau ; mais que, les Français, vos alliés, se trouvant dans une situation pressante et demandant votre assistance, vous ne pouviez, ni par honnêteté ni en conscience, la leur refuser. Il n'aura pas mot à répliquer. Ne lui parlez pas du danger où vous pourriez vous trouver; il vous a déjà dit le remède. Grand Dieu ! quel remède ! cela me fait souvenir d'une fable que j'ai lue autrefois :
Fahle, Certains loups ayant proposé un traité d'alliance à
certains bergers contre les loups de la contrée, on mit
436 MAUBICB PBINT par LUI-BfâlfS.
papier sur table (car du temps où les bétes parlaient, elles écrivaient aussi): le premier point fut que les bergers leur livreraient tous leurs chiens pour donner la chasse à ces loups ennemis, et qu'eux garderaient les troupeaux.
Je ne me souviens plus de ce qui fut conclu entre les bergers et les loups, et je laisse à Votre Excellence le soin de faire le commentaire de cette fable.
J'ai l'honneur d'être etc.
Maurice de Saxe.
Post'Scriptum.
Je supplie Votre Excellence de ne pas perdre un moment sur tout ceci; et de faire ordonner à M. le comte Rutowski qu'il ait quelque déférence pour mes avis. Je ne prétends pas commander, mais je voudrais nous tirer du mauvais pas où nous sommes. Je compte que j'aurai joint l'armée Saxonne demain au soir.
MAURICE AU MARECHAL DE BROGLIE i).
Entrevue da comte de Saxe ayec Frédéric le Grand. — Discussion animée. — Les rois de Prusse habiUiés à commander, Maurice tient tête à Frédéric. — Marche sur Iglau. — Négociations secrètes entre l'Autriche et la Prusse. — Méfiance de Maurice.
MoNsiBUB Gross-Mesbritz, le 10 février 1742.
Je suis arrivé à Saar, en Moravie, le 7 au soir, où j'ai joint les Saxons. Le 8, nous avons marché à Ober- Obrava, et le 9, qui était hier, je me suis rendu à Gross-
') D'après la copie annexée à la lettre suivante (XXXI.).
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Lettres inédites. (1742.) 437
Bitesch, où le roi de Prusse est arrivé à 9 heures après midi. Gross-Bitesch est à trois lieues de Brunn; il est obligé d'y faire séjour aujourd'hui et demain,pour donner le temps à ses troupes de joindre; après quoi il viendra à Trebitz. Il est d'opinion que, par ce mouvement, les ennemis abandonneront Iglau; et son intention est de marjcher à Znaïm, qui est sûr la Taja, de mettre les Saxons sur sa droite, tirant vers Neuhaus, et de se mettre avec ses troupes à la gauche de Znaïm, tout du long de la Taja. Il serait difficile. Monsieur, de vous rendre toutes les prises que j'ai eues là-dessus avec lui. J'espère cependant qu'il se portera sur les frontières de la Moravie vers Neuhaus, sans oser vous l'assurer. Il ne m'a vu arriver ici qu'avec un déplaisir qu'il n'a su si bien cacher que je ne l'aie très-bien aperçu: parce qu'il croit que je suis venu pour rompre ses desseins.
J'ai pris la liberté de lui dire qu'on était convenu à Dresde que les Saxons n'iraient que jusqu'à Iglau; après quoi ils se rapprocheraient de l'armée de France et de Prague. Il s'est mis en colère, et a dit à mon frère ^) que, puisque nous aimions tant les Français, ils n'avaient qu'à nous mener en Moravie, qu'elle était destinée aux Saxons, et que, pour lui, si l'on ne voulait pas marcher en avant sur la Taja, il s'en retournerait à Berlin; qu'il était sûr que ce mouvement ferait abandonner aux ennemis Budweis, Neuhaus et Iglau, et qu'ils se jetteraient tous derrière la Taja, parce que ce n'était que de là que leur venaient leurs subsistances. Mon frère lui dit qu'il ne pouvait juger des suites de ce mouvement, mais que l'on était conveiiu à Dresde que les Saxons ne marche-
1) Le comte Rutowski, qui commAndait en chef le corps Saxon.
438 HaUUCE PRIHT FIB Ll/t - WtHE.
raient que jusqu'à Iglau. Comme ilme soupçonne d'avoir soufflé mon frère, il m'entreprit d'un déluge de raisons, et finit par me dire que les rois de Prusse n'étaient pas accoutumés à se laisser commander, mais à commander; quel profit il pouvait revenir à la Saxe de se retirer de Moravie? Je lui répondis, que les avantages touchaient moins le roi de Pologne que l'honnêteté, qui l'obligeait à ne point abandonner ses alliés dans un moment où ils pouvaient avoir besoin de lui. Cette réponse l'atterra. J'ajoutai, que je croyais que le roi de Pologne avait pris des engagements pour rapprocher ses troupes de Prague, et que Sa Majesté (Prussienne) ne pouvait pas lui en savoir mauvais gré, d'autant moins qu'elle avait dit ellemême, à Dresde, qu'après la prise d'Iglau elle n'avait plus besoin des Saxons.
Je m'aperçus bien que mon discours lui déplaisait beaucoup, et, sans répondre au point des Saxons, il me dit: „Mais est-ce que vous croyez que je veux passer entre Iglau etBrunn, et les laisser derrière moi? Faisons encore une marche en avant, et vous verrez qu'ils abandonneront Iglau.'.'
Je lui dis froidement que j'en doutais. Il est bon de vous dire que les ennemis fortifient Iglau à force, qu'ils y ont six mille hommes, avec dix-huit pièces de canon, dont six de 12, et le reste de 6; ainsi je ne compte pas qu'ils l'abandonnent '). Nous n'avons que douze pièces de 6, et quelques haubitz; point de pain, pohit d'outils, et, si nous ne pouvons l'emporter par un coup de main (à quoi je crois le roi de Prusse ne voudra pas se
') L'événement jimlitiii cependant la prévieion du roi de Praiii<e: les Antricbiens évacuèrent lElan, le 14 février, aa soir, aane se défendre.
Lettres xm^sdites. (1742.) 439
prêter avec ses troupes), nous nous retirerons; et je vous promets bien que j'empêcherai les Saxons et les Français de donner l^coup de collier tout seuls. Ainsi ce projet de la ïaja pourrait bien n'avoir pas lieu; car les Saxons ne consentiront jamais à passer entre Iglau et Brunn, et à laisser les Prussiens derrière eux. Les ennemis ont jeté trois mille hommes dans Brunn.
Voilà, Monsieur, où nous en sommes. Les Saxons n ont point reçu d'ordres positifs de se retirer, mais j'espère que, sur le dernier courrier que j'ai envoyé de Prague à Dresde (et par lequel j'ai écrit tout au plus fort)^). Ton aura pris (à Dresde) ces dernières résolutions, et qu'elles arriveront aujourd'hui ou demain; ce qui n'empêchera cependant pas notre marche sur Iglau, car il faudra savoir à quoi s'en tenir. Nous marcherons donc après -demain, le 12, et le 13, et le 14 nous arriverons devant Iglau; et vers le 15 ou le 16 je pourrai avoir l'honneur de vous rendre compte de ce qu'il se sera passé. Je suis convenu avec M. de Séchelles qu'en cas de retour des troupes Saxonnes, il nous pousserait du pain en avant à la hauteur de Czaslau ; je vous supplie de lui donner vos ordres en conformité, pour que, dès que je lui écrirai, il soit en état de nous envoyer un convoi de pain ou de farine.
J'ai découvert que le roi de Prusse a eu une entrevue à Olmutz avec un certain M. Pfutschner, envové de la part du grand -duc avec des propositions d'accommodement, que le roi de Prusse dit avoir rejetées. Mais comment a-t-on pu savoir à Vienne que le roi de Prusse serait un tel jour à Olmutz ? et comment M. Pfutschner
*) Voyez les lettres du 6 février (XXVIII et XXIX.}.
440 Maubics peint pàb lui-mêmb.
a-t-il pu s'y rendre si proraptement ? Je n'ai pas bien pu combiner ce temps ; car enfin le roi a été fort vite de Prague à Olmutz, et ne s'est arrêté nulle part. J'ai l'honneur etc.
Le baron de Pfutschner; ancien gouverneur du grand-duc de Toscane (époux de Marie -Thérèse), chargé d'une mission secrète, eut avec Frédéric II., qui le connaissait d'ancienne date, une entrevue à Olmutz, le 4 février 1742. On ne parvint pas à s'entendre; les méfiances de Maurice étaient néanmoins très-fondées, et font honneur à son éminente perspicacité politique; car, tout en mettant en avant des prétentions inadmissibles aux yeux de l'Autriche, Frédéric se montra déjà alors tout disposé à sacrifier ses alliés, comme il le fit en effet, cinq mois après, en signant les préliminaires de Breslau, le 11 juin 1742. (Voyez: Oeuvres de Frédéric le Grand. Berlin 1846. T. H., p. 109, et von Arneth, Maria Theresia's ersie Regierungsjahre, T. n., p. 35-38.)
MAURICE A AUGUSTE HI
Envoi de la lettre précédente. — Eloge de Rutowski.
a à Gross-Meseritz, en Moravie, le 10 février 1742.
OIRE, '
Votre Majesté verra par la copie ci-jointe de la lettre que j'écris à M. le maréchal de Broglie, en quelle situation sont les choses, et ce qui s'est passé avec le roi de Prusse.
Je suis extrêmement content delà manière dont s'est comporté en cette occasion M. le comte Rutowski, et le suis fort aussi de toutes les mesures qu'il prend pour les troupes de Votre Majesté.
Lbttbes inédites. (1742.) 441
Il nous tarde fort que Votre Majesté nous envoie ses ordres; je les adorerai toujours, et suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le trèshumble, très -soumis et très -obéissant serviteur
Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Vacarme occasionné par une lettre du roi de Pologne au roi de Prusse. — Entrevue de Maurice avec le comte de Schmettau. — Discussion. — „Tenez fenne; la glace est rompue"
Monsieur ^ Budischau, en Moravie, le 14 février 1742.
La lettre du Roi au roi de Prusse ^) a fait grand vacarme. J'y suis cité, et tout tombe sur moi. Le roi de Prusse Ta reçue hier au soir. Ce matin il a envoyé M. le maréchal Schmettau au comte Rutowski pour lui parler. Lequel a déclamé d'importance contre moi ; a dit, que j'étais un homme dangereux et capable de brouiller les deux rois; ce que je faisais ici? et que Ton devait me faire entendre de me retirer. J'en fus informé, et, après avoir laissé le temps au maréchal Schmettau de débiter tout ce qu'il avait à dire, je me rendis chez le comte Rutowski, où je trouvai ledit maréchal. Il est
>) £n réponse aux expëditiops de Maurice du 4 et du 6 février, Bruhl lui avait envoyé, le 8, copie d*une lettre du roi Auguste à Frédéric II, conçue dans les termes proposés par Maurice. Bruhl ajouta à cet envoi des remercîments pour les ^judicieuses réflexions dont on sentait très-bien la vérité.** „J'ai fait, dit- il, facilement Papplication de la fable, et Votre Excellence peut être persuadée que ce ne sera qu'à notre corps défendant
que nous ferons entrer le loup dans la bergerie j'aimerais mieux
voir quelques villages brûlés par les Autrichiens, que nos entrailles déchirées. *'
442 Maurice peint par luf-méxe.
mon ami, me lit amitié, et ne me déguisa rien des sentiments de son maître. Je lui répondis que cette façon de parler m'était connue, qu'elle ne m'en imposait pas ; que c^était une ruse usée en Allemagne pour intimider les âmes basses; que ce que j'avais fait, je l'avais fait par ordre, et que M. le maréchal de Broglie, qui m'avait envoyé, avait vu et approuvé toutes mes lettres; qu'elles ne tendaient qu'aux choses dont on était convenu à Dresde, qui était d'aller à Iglau; que le roi de Pologne n'avait pas voulu lui refuser cette marque de complaisance, parce qu'il n'avait jamais été question que de faire deux marches, qui sont celles de Teutschbrod à Iglau, où étaient les troupes saxonnes pour lors; qu'il pouvait se souvenir lui-même que le roi, son maître, avait dit qu'il n'en aurait plus besoin après, et qu'elles pourraient prendre des quartiers d'hiver où elles le jugeraient à propos; qu'il avait cherché à les entraîner sur la Taja, et qu'en conséquence il les avait menées en Moravie, par plusieurs marches, sous prétexte d'une jonction; que le roi de Pologne lui avait encore offert ses troupes, pourvu que ce fût pour aller attaquer l'ennemi vers Tabor et Budweis, afin de se rejoindre aux Français, leurs communs alliés: ainsi qu'il pouvait le voir par la lettre du roi de Pologne; que cette démarche était généreuse, désintéressée et d'un fidèle allié; que Sa Majesté le roi de Prusse ne pouVait s'en offenser; et, enfin, que je le priais de démontrer au roi, son maître, que je ne faisais que ce dont j'étais chargé; qu'il n'avait qu'à marcher en avant, que les Saxons étaient prêts à le suivre, que, s'il voulait se jeter sur la Taja ou différer, il trouverait bon qu'ils se rapprochassent des Français. Sur
LxTTRss nréDiTRS. (17'I2.) 443
quoi il me dit qu'il n'avait jamais été question de la Taja. Je lui répondis qu'il avait donc oublié toutes les lettres que le roi, son maître, avait écrites au roi de Pologne pour lui faire goûter son projet; que, dans la dernière conversation que j'avais eue avec le roi, son maître, à Bitesch, il avait décidé qu'il se mettrait avec son armée à la gauche de Znaïm, sur la Taja ; que les Saxons seraient sur la droite, ce qui leur ôtait toute communication avec la Saxe, puisqu'ils laissaient Brunn derrière eux, les ennemis sur leurs flancs et leurs derrières; qu'il éteit inouï d'aller avec trente mille hommes au bout du monde, sans dépôts, sans magasins, sans communications, ^t laissant une place de guerre derrière soi avec une forte garnison ; que cela ne s'était jamais vu ; et s'il nous croyait absolument ignorants des choses de la guerre? Enfin, je le confondis si bien*, qu'il ne sut plus que me répondre. Il se rabattit sur la prise d'iglau, et sur les événements qu'elle produirait, et menaça que, si les Saxons se retiraient après, le roi, son maître, se retirerait aussi. Je lui dis que j'en serais surpris, et qu'il savait bien qu'il avait dit, à Dresde (lorsque l'on était convenu de ne faire marcher les Saxons que jusqu'à Iglau), qu'il ferait avancer des troupes de la Silésie pour les mettre à sa portée, et qu'il prenait l'opération sur lui; — qu'il lui plaisait maintenant de changer d'avis, et que ce n'était pas chose praticable avec des peuples et des nations; qu'il y avait des intérêts communs, mais qu'il y en avait aussi de différents; que le roi de Pologne était un prince sage et religieux ; qu'il voulait bien sacrifier ses troupes pour ses alliés, mais non pas les abondonner pour des quartiers plus ou moins bons.
444 Mauriob pkiht par lui-même.
Je ne sais ce qui arrivera, mais, au nom de Dieu, tenez ferme. La glace est rompue. Vous avez toute rhonnêteté de votre côté, et si le roi de Prusse fait paraître de Thumeur, il se déshonorera, et la France vous saura gré de ce que vous faites. C'est votre véritable allié ; le roi de Prusse ne cherche qu'à vous ruiner, et à être l'arbitre en Allemagne. Ne décidez rien sur sa lettre. Répondez comme vous savez répondre quand vous ne voulez rien dire, et laissez faire. Ou nous le ferons attaquer, ou nous nous en irons. D aura beau chercher des délais : il faut que tout ceci se décide en peu de jours. Il n'y va pas, sûrement, pour tout de bon, et il aime trop ses troupes pour les ruiner avec les nôtres à ce jeu.
Je finis cette lettre en priant Votre Excellence de me mettre aux pieds du Roi, et d'être persuadée du trèsparfait attachement avec lequel etc.
Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BKUHL
Evacuation d'Jglau par les Autrichiens — Correspondance entre Schmettau et Rutowski. — Débats militaires sur les mouvements à faire.
Monsieur ^ Budischau, ou Moravie, le 16 février 1742.
J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que les ennemis ont évacué Iglau, avant-hier au soir; le roi de Prusse a marché, hier et aujourd'hui, avec ses troupes vers Opatow, sans nous en faire dire un mot. Je crois que c'est dans l'intention de nous forcer à le suivre et
LaTTBBS INéDITBS. (1742.) 445
de nous entraîner après lui. Ce matin, vers neuf heures, est arrivée une lettre du général Schmettau, qui trouve extraordinaire que les Saxons n'ont pas marché, et dit qu'il faut se rendre à Pirnitz pour soutenir le roi, son maître. Votre Excellence verra par la copie de la lettre que M. le comt^ de Rutowski lui a écrite en réponse, qu'il est impossible de marcher aujourd'hui, et qu'il n'a aucun tort. On lui ^) pousse cependant aujourd'hui quelques bataillons et escadrons au delà de la rivière d'Iglau pour le soutenir, au cas qu'il en ait besoin; ce qui n'est pas. Mais par qui le roi de Prusse a-t-il envoyé ses ordres? qu'est devenu le porteur? Tout cela sont des finesses pour nous entraîner avec lui.
Pour savoir à quoi s'en tenir, M. le comte Rutowski lui a envoyé M. le général Renard, ce matin, pour lui déclarer ce que Votre Excellence trouvera dans lepromemoria que M. le comte Rutowski aura sans doute l'honneur de lui envoyer par le présent courrier, et que j'ai trouvé très-sage, très-ferme et très-bien écrit. Cette pièce est un frein pour le roi de Prusse, un frein qui le met dans la nécessité de marcher en avant, ou de nous laisser aller sans oser se plaindre; car le public ne serait pas pour lui, et toute l'honnêteté est du côté du roi de Pologne, sans qu'on puisse lui faire le moindre reproche. Au contraire, il ne peut qu'en recevoir les éloges de tout l'univers. Nous sommes dans l'attente de ce que le roi de Prusse fera, et répondra à M. de Renard. En attendant, M. le comte Rutowski envoie ce courrier à Votre Excellence pour la prévenir de ce qu'il a fait, ayant appris que le roi de Prusse a envoyé un de ses aides-de-
*) C*e8t-2i-dire au roi do Prusse,
446 Matthice peint pab lui-mêue.
camp à Dresde aujourd'hui. Je ne sais ce que le roi de Prusse aura écrit au Roi; mais il me semble que ron pourrait lui répondre qu'au retour du courrier, les Saxons auront marché avec lui, s'il a voulu marcher aux ennemis, et s'il leur a fourni les moyens ; ou retourneront à Prague, si ces deux obstacles n'ont pas été surmontés.
Votre Excellence me permettra de lui faire mon compliment sur la nouvelle dignité militaire dont le Roi vient de La décorer, et d'être persuadée du très-parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être etc.
Maurice de Saxe.
MAURICE A AUGUSTE HI
Méfiances et conseils.
gjj^ à PiRNiTz, en Moravie, le 17 février 1742.
n n'y a sorte de choses dont le roi de Prusse ne s'avise pour retenir et entraîner les troupes de Votre Majesté, et j'avais prévu que les deux marches qu'il avait faites en avant dans la Moravie, sans nous avertir, n'étaient qu'à cette fin. Aujourd'hui, il prie qu'on ne l'abandonne pas; qu'il serait dans le même cas que les Français, et M. de Ranzau nous a dit qu'il avait donné l'alternative à Votre Majesté, si Elle voulait être l'ami des Français, ou le sien; qu'il ferait son traité avec la cour de Vienne s'il était mécontent de nous, et que l'intérêt de la maison de Saxe était si fort uni à celui de celle de Brandebourg, qu'ils ne faisaient plus que la même chose.
Lbttrxs unÈDUES. (1742.) 447
Que ces propos soient ruse ou vérité, je trouve indispensable que les troupes de Votre Majesté marchent sur-le-champ. Si Elle a un traité à faire, qu'Elle y soit forcée par le désastres des affaires, il vaut mieux qu'Elle le fasse avec la cour de Vienne que par la tyrannie du roi de Prusse. Votre Majesté voit bien que je ne Lui parle pas en général français, mais avec la franchise que je Lui dois et qui convient à mon caractère. Sur cela nous nous mettons en marche. Si le roi de Prusse s'est aventuré, il sait apparemment que ses démarches ne sont pas dangereuses; mais il vaut mieux que Votre Majesté fasse son traité, les mains armées, qu'étant dénuée de ses troupes. Je suis etc.
Maurice de Saxe.
MAXJRICE AU COMTE DE BRUHL
Vo'iis ri avez 'pluR d'année.
Monsieur, ^ '«^^^^ 1^ 19 ^^^^^^^ l'42.
Vous n'avez plus d'armée.
Maurice de Saxe.
Cette laconique dépêche, publiée par M. de Weber (p. 181), a été interprétée par M. Taillandier (page 216, voyez la note) comme annonçant une défaite de Tarmée Saxonne: „Le général bavarois, M. de Tœrrîng," dit le critique français, „8e fit battre i)ar les Autrichiens ; les troupes Saxonnes furent mises en déroute.'*, . . .
Rétablisons les faits. Le général Tœrring fut battu à Landshut, et rejeté jusqu'à Ingolstadt, en Bavière; les Saxons, qui opéraient en ce moment -là en Moravie, entrèrent à Iglau sans coup férir, et ne furent ni attaqués ni mis en déroute. Après
448 MAXTBICB PEIHT PAB Lm-KÉME.
avoir effacé cette défaite imaginaire^ rien de plus simple que d'expliquer la „malice cachée" de Tépître de Maurice. Or, intimidé par les menaces de Frédéric 11.^ et cédant aux instances du comte de Des Âlleurs^ Bruhl avait fini par déconseiller au roi Auguste de suivre Tavis de Maurice ^ et le comte Rutowski; arrivé avec son frère à IglaU; le 19, y trouva Tordre de ne pas se séparer de Tannée prussienne.
Ce fut cet ordre qui provoqua la boutade énergique de Maurice: ^puisque vous cédez vos troupes au roi de Prusse, voulaitil dire, vous rCavez plus d armée; vous en faites un corps auxiliaire qui dorénavant ne dépendra plus du roi Auguste, mais du roi Frédéric."
Bruhl prit la chose fort gaiement. Il répondit (en date de Dresde, 25 février):
„ A peine avais -je reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait Thonneur de m' écrire le 16, que M. le major de Bulow apporta celle qu'EUe a écrite au Roi (du 17); et hier je reçus, après dîner, les quatre mots du 19, auxquels je pourrais répondre tout court: La Saxe est sauvée, et qui furent suivis au soir de la lettre du 22, de Prague. Je n'ai pas manqué, Monseigneur, de rendre compte au Roi du contenu de toutes ces lettres, et Sa Majesté, qui, dans les représentations que Votre Excellence y fait, reconnaît le zèle avec lequel Elle s'intéresse pour tout ce qui peut tendre au bien du service du Roi, espère que Votre Excellence goûtera les raisons qid ont engagé Sa Majesté de choisir le parti qu'Elle a pris à Tégard de son armée en Moravie."
Avons*nous besoin de dire que Maurice ne „goûta pas ces raisons?" L'événement ne lui donna pas tort: Texpédition de Moravie, on le sait, manqua complètement; Tarmée saxonne, fatiguée par des marches et des contre -marches inutiles, fut obligée de se replier, et souffrit bien plus qu'elle ne l'aurait fait si on avait voulu écouter Maurice. Cette campagne malencontreuse n'eut d'autre résultat que de dégoûter la Saxe de Talliançe prussienne, et de hâter l'accession d'Auguste III à la paix signée à Berlin, le 28 juillet 1742.
Lbttrbs iNÂmTRS. (1742.) 449
Toutefois, grâce à rempressement que le comte Rutowski mit à obéir aux ordres reçus à Iglau, et grâce à la satisfaction que le roi de Prusse en éprouva, la bonne entente entre les chefs des deux armées coopérantes ne laissa rien à désirer au début de cette campagne; témoin les extraits suivants de la correspondance du général saxon:
RUTOWSKI AU ROI AUGU3TE m.
(EXTRAIT
loLAU; le 19 février 1742.
„Sire, en arrivant ici j*ai eu Thonneur d*j recevoir les ordres de Votre Majesté, en date du 15 d. c, et j'ai envoyé tout de suite le capitaine, prince de Holstein, au roi de Prusse, pour lui en faire part, et savoir ce qu'il plaira à Sa Majesté de m'ordonner pour les troupes./'
FRÉDÉRIC n A RUTOWSKI.