XCV
MAURICE A AUGUSTE III
Description de Chambord. — Nouvelles de chasse. — La dauphine et la cour. — M. de Ponicfcau. — Sylvestre et Raphaël Menps.
Versailles, 10 février 1748.
(Voyez: page 201.)
(EXTRAIT
Départ pour Maestricht.
à Tongres, le 8 avril 1748, à 5 heures du matin.
Je suis arrivé avant-hier, et j'en pars dans ce moment pour les bords de la Meuse. Je passerai par Hasselt. J'entendrai aujourd'hui les sept coups de canon de l'armée. Tout va bien jusqu'à présent, et j'espère qu'il en sera de même dans la suite l).
') La division du comte Lantrec ayant joint l'armée do maréchalgénéral le 7 avril k Tongres, Maurice passa la Meuse le 8, et établit son quartier-général à Hoichten ; le 10 l'investissement de Maestricht était achevé.
LKTTRKH rNÉDITKS. (1748.)
xcvni.
MAURICE A AUGUSTE III
Arrivée de M. de Ponickau. — Mission du eomt<- de Friesen. La ligne de démarcation de l'armistice.
►Sire ^u camP 80U8 Maestricht, le 8 mai •) 1748.
J'ai reçu aujourd'hui la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire le 27 du mois passé, et que M. de Ponickau m'a remise. J'ai bien reconnu les anciennes bontés de Votre Majesté pour moi, par l'arrivée dudit M. de Ponickau, et j'en remercie très-humblement Votre Majesté. Le chevalier2) me boude; mais je tâcherai de me raccommoder avec lui. Il m'a fait écrire que je le traitais avec plus de dureté que les Hollandais. Ces Messieurs, ne sachant plus où donner de la tôle, vont faire la paix; ils m'écrivent les lettres du monde les plus polies, et je suis fort joliment avec le duc de Cumberland et le Stathouder. Je viens d'envoyer Friesen au premier pour régler avec lui la barrière pour l'armistice, qui prend depuis Steenberg, passe à Hosendal, Hoogstraten, Turnhout, Arendonck, Hamont, Wert, Huremonde et laRoer. Il reste un limitrophe neutre, et notre barrière sera: Berg-op-Zoom, Putten, Liere, Hasselt, la Demer jusqu'à Heckem, et la Gueule; de manière que nous avons tout le pays de Limbourg.
') Maurice date cette lettre par erreur du 8 avriî, jour on il quitta Ton gréa (voyes la lettre précédente). Nous rectifions ce lapsus cal ami d'après la dépêche que Maurice envoyu, le 8 mai, par Friesen au duc de Cumberland; voyez Lettres et Mémoires, T. V., p. 254.
») Le chevalier de Saxe, frère de Maurice, était chef du régiment des gardes du corps. Il n'aimait pas à perdre un de ses meilleur» officiers, M. de Ponickau qui devait entrer pour deux ou trois ans dans le régiment de hulans que le maréchal avait formé (voyez lettre XCVI).
Maurice pkikt far LUI-MÊmk.
La garnison de Maastricht, qui consiste en vingt-trois bataillons, sortira après-demain avec les honneurs de la guerre; je n'ai pas voulu les prendre prisonniers de guerre, à la réquisition du prince d'Orange, car ils ne pouvaient tenir vingt-quatre heures. M. Hiller aura le bonheur de remettre cette lettre au comte de Bruhl, et de revoir Votre Majesté. Il faut espérer que j'aurai aussi ee bonheur-là, au retour de Votre Majesté de la Pologne; car tout ceci est fini ou on peut le regarder comme tel. Je ne sais quand je pourrai aller un peu chasser àChambord. Ce ne sera pas encore vraisemblablement cet automne, ear l'évacuation du cap Breton et de Pondichéry alongera celle de ce pays-ci. Recevez avec bonté, Sire, les assurances de mon tendre, fidèle et respectueux attachement, avec lequel je ne cesserai d'être, Sire, de Votre Majesté le plus humble, plus soumis et plus fidèle serviteur et sujet ^ M DE §AXE
(EXTRAIT
Conclusion de l'armistice.
Maesthicut, 12 mai 1748.
Je viens de mettre toute l'armée en cantonnements depuis Macstricht jusqu'à Bruxelles1). Je laisse Lœwendal ici, et je transporte mon quartier-général à Bruxelles. Voilà donc le grand chemin de la paix que nous prenons J'en sais hien aise; mais on ne tardera pas de s'en repentir; car tout change, et même les opinions
') L'armistice arait été" publié la veille, le 11 mai. Voyez Lfttreê et Mémoires, T. V., p. 156.
Lettre» iséditks. (1748.) 517
MAUKICK A AUGUSTK III.
Affaire d'Eifurt. — Coiib'renccs avec l'uyhieux et Lo.ks. — La paix. — La daupbinc. — Les Russes attendus. — Saint Hubert et le château de Ter-Vuren.
Iîkitxflles, 1er août 174H.
(Voyez: page, 204.)
MAURICE A AUGUSTE III
M Le Fort. - Nouvelle» de cbnsse. — Lea bruyères de Chnmbord. - Projet de viBite.
s^IRK à Chamboud, le 10 novembre 17-IS.
Oserai-je prendre la liberté de supplier Votre Majesté de permettre à Le Fort, qui est dans vos gardes du corps, Sire, de servir en France, pendant deux ou trois ans1)? Il a un oncle qui a près de quatre-vingts ans, et qui possède plus de quatre millions de bien. Ce bonhomme est capricieux comme le sont la plupart des gens de son âge. Il n'a que des neveux, mais qu'il a éloignés de lui. J'ai quelque crédit sur son esprit: il a voulu que Le Fort quitte l'état militaire, et qu'il vienne demeurer avec lui, ce qui ne l'aurait mené qu'à se brouiller ensemble; enfin il a consenti et j'ai obtenu sa parole que, pourvu qu'il reste avec moi, il le mettra au t'ait de ses affaires ; ce qui mène Le Fort à être son principal héritier. Le chevalier de Saxe consentira difficilement à cet arrangement, si Votre Majesté n'a la bonté de me secourir encore de Son autorité.' Il y aurait un moyen simple et qui attacherait Le Fort au service de Votre
') Cette demande fut accordée, et le major baron Le Fort soigna Maurice dans «a dernière maladie. Voyez l'Appendice.
518 Maurice peikt par lui-mkmk.
Majesté, ce serait de lui laisser espérer qu'il sera admis un jour au nombre de vos aides de camp, Sire.
J'ai lu dans les nouvelles publiques que Votre Majesté avait tué trois ours à une chasse. Nous ne portons pas notre ambition si haut dans ce pays-ci: des perdrix rouges font notre principal objet. J'ai tué quelques sangliers assez grands et j'ai forcé douze daims depuis le 20 du mois passé. C'est un très bon courre que Chambord; c'est presque tout bruyères, mais comme il n'y en a nulle autre part, car l'on a peine à y voir les bois d'un cerf, tant elles sont hautes.
Mon régiment arrive dans ces environs le 26 de ce mois; après que je l'aurai établi, je retournerai à Versailles et à Paris, où je chercherai à prendre un peu de repos, et à prendre mes arrangements pour aller faire ma cour au printemps a Votre Majesté, qui est la chose du monde que je désire le plus# ardemment. L'on ne saurait rien ajouter au très-profond respect avec lequel je suis, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant et très-soumis serviteur et sujet ^ D£ §AXE
Post-scriplum.
Il fait ici un temps admirable, même trop chaud; l'on ne saurait encore supporter le feu dans les chambres, et la moitié des feuilles sont encore vertes.
MAURICE A AUGUSTE III
Revenu do Dresde, Maurice a revu ln dauphin? h son retour de Forge*». - - Bonnes nouvelles et prédictions.
Vkrsailles, le 26 août 1741).
(Voyez: nnge 206.)