ÉLECTORAL DE SAXE
Monse.oneuu, Versailles, ce 8 avril 1751.
Vous êtes bien bon et bien obligeant de vous souvenir et de prendre la peine d'écrire la plus gracieuse lettre du monde à une fille qui semble n'avoir payé que d'ingratitude toutes les bontés dont vous l'avez comblée à Dresde; votre exemple, depuis que je l'ai devant les yeux, aurait dû m'apprendre que la sujétion la plus exacte auprès des maîtres ne dérange d'aucun autre devoir; mais il faut, pour cela, avoir l'esprit d'ordre, la patience et les vertus de Votre Excellence, dont je suis bien éloignée, Je vous supplie de croire que mon coeur n'entre pour rien dans ces sortes de fautes et que toute ma vie je serai pénétrée du plus parfait respect pour vous et de la plus vive reconnaissance. Madame la daupliine est dans un état de santé le plus désirable; un peu maigrie, mais gaie, fraîche, dormant bien, mangeant peu, mais avec appétit; son heureuse grossesse est constatée, elle avance, à ce que l'on croit, dans son quatrième mois; on peut compter pour la mi -septembre ou vers la fin. Comme elle se fait un vrai plaisir de vous écrire, je ne détaillerai point ce que je ressens à voir de jour eu jour son esprit se
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former et s'orner; il se fait des développements de son âme qui attirent l'admiration de tous ceux qui l'entourent; l'union avec Monseigneur le dauphin s'accroît de jour on jour et ils savent réciproquement se rendre aussi heureux qu'ils méritent de l'être; leur piété modeste et profonde a édifié, dans le saint temps, toute la cour et toute la maison. Le service de la chapelle de Versailles est la chose du monde la plus édifiante, et, si l'on est obligé d'avuuer avec confusion qu'il se trouve bien de la liberté de penser sur la religion dans le pays et peut-être jusqu'à la cour, la vraie et sincère piété n'eu est pas bannie. L'humilité de toute la famille royale prosternée devant son Dieu, les immenses charités qu'elle fait attireront, j'espère, les bénédictions les plus désirées, et nous verrous naître enfin cet enfant, l'objet de tous nos désirs
Versailles, 13 juin 1751.
La santé de Madame la dauphine ne peut-être plus
parfaite; elle se promène beaucoup; elle marche si légèrement qu'on ne remarque point qu'elle soit si avancée dans sagrosses.se. Cependant on la croit passé cinq mois et demi. Dieu veuille combler les voeux ardents de la France, des Saxons et de l'Europe
entière Madame la dauphine est, pour tout ce qui regarde
son auguste famille et son pays, comme si elle en était sortie hier; elle est pour le Roi, sa famille et la France, comme si elle y était née; elle est enfin comme vous avez désiré et prévu qu'elle serait
Madame a huit dents, elle est vive et jolie, se porte trèsbien et nous donne le meilleur espoir pour tout ce qui va suivre
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Versailles, le 12 décembre 1751.
J'ai porté tous vos voeux à Monseigneur le duc de
Bourgogne, qui les a reçus avec toute la bonté et la dignité qui convient à un aussi grand prince; Madame, sa soeur, y a joint toutes les grâces de Madame sa mère, et je vois qu'elle vous aimera beaucoup ; leur santé est parfaite ....
Fontainebleau, ce 13 octobre 1752. • ) Mais, bon Dieu, mettez -vous un moment à la place
de ceux qui ont vu de si près le plus grand événement que nous eussions à craindre! Vous peindrez- vous jamais au juste nos terreurs, nos peines? Combien le temps nous a paru long et affreux! Si vous connaissiez ce que nous avons été sur le point de perdre! La tendre épouse ne lui eût pas survécu. Qu'elle était respectable dans le temps de douleur, et qu'elle nous donnait des alarmes! Je connais votre coeur, Monseigneur, il aurait succombé tout comme les nôtres
Versailles, 24 mars 1753.
Madame la dauphine avance heureusement dans sa
grossesse, et sa santé est parfaitement rétablie, à l'embonpoint près; mais le sommeil et l'appétit sont parfaits. Elle a profité de deux ou trois jours de beau temps pour commencer à s«' promener sur la terrasse qui est au rez-de-chaussée de son appartement, et, tout brave que vous êtes. Monseigneur, vous auriez,
») Après le rétablissement du dauphin de In potite vérole.
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pleuré de joie avec moi. Il y a aujourd'hui quinze jours, qu'elle sortit en négligé, tenant Monseigneur le dauphin sous le. bras, suivis uniquement êt pour tout cortège, de Madame la duchesse de Bran cas et d'un valet de chambre qui la soutenait. Jls furent chercher Monseigneur le duc de Bourgogne, le prirent entre eux, le papa et la maman, le tenant chacun par une main et le promenèrent comme cela pendant une demi heure. Il semblait que cet aimable enfant partageât par sa gaieté, la joie et les acclamations du public. Je me fourrai dans la foule; je retins précieusement les applaudissements et les bénédictions, qu'une conduite si tendre, si bonne, leur avait attirés, et la joie universelle que répandait dans tous les coeurs une union si parfaite. Je fus bien contente et bien touchée qu'ils goûtassent, l'un et l'autre, le plaisir pur de faire, par de solides vertus, les délices d'une nation si nombreuse. J'ai nommé cette belle promenade le triomphe de la princesse Josèphe, et j'ai cru vous faire un vrai plaisir de vous en faire le récit
Versailles, ce 13 septembre 175;i.
On ne peut avoir de meilleures nouvelles à donner; nous voilà au neuvième jour des couches de Madame la dauphine, et, grâces à Dieu, sans le moindre accident; sa patience est sans
exemple, sa douceur de même M. le duc d'Aquitaine
n'est pas tout à fait aussi fort qu'était Monseigneur le duc de Bourgogne, mais c'est que les os sont plus petits; il est gras, beau et pleine de vie. Domain, lundi, Madame la dauphine se fait une fête de se faire apporter ses trois enfants sur son lit. Je serais bien fâchée de manquer ce touchant spectacle. Elle a été comblée de caresses ... le roi et la reine lui ont fait régulière-
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ment quatre visites par jour Je puis dire que c'est la première fois que j'ai vu cette auguste princesse se livrer à la joie
et à une joie bien vive La grossesse avait été fâcheuse et
plus inquiétante que nous l'avons mandé à Dresde. Madame la dauphine était faible, triste, languissante, et elle a avoué qu'elle était très -inquiète, cette fois-ci, ce qui ne lui était point arrivé les autres fois; d'ailleurs je ne sais pourquoi personne ne se flattait d'avoir un prince. Enfin Dieu, qui l'aime et qu'elle sert si bien, l'a bénie^ de toutes les façons. Nous la regardons ici comme notre ange tutélaire. Elle est plus que jamais le trésor et l'idole de la nation
Versailles, 17 février 1754.
.... La grossesse de Madame la dauphine ne semble plus douteuse, et j'espère qu'au mois de septembre nos voeux seront entièrement exaucés et que Dieu nous donnera encore, pour surcroît de bonheur, un duc de Berry. L'heureux état où se trouve Madame la dauphine m'a empêchée de lui communiquer votre dernière, en date du 3 février, a cause de l'accident arrivé a «Son Altesse Royale (la Princesse électorale de Saxe) dans les premières vingt -quatre heures de ses couches, et Monseigneur le dauphin, qui, d'ailleurs, l'a lue avec intérêt et plaisir, a jugé à propos (prou ne lui en parlât point, pour lui oter tout sujet d'inquiétude. Mais je lui ai rendu compte de la bonne santé de Son Altesse Royale et du jeune prince, son filleul, auquel elle me parait s'intéresser beaucoup. . . . Madame la dauphine garde la chambre, depuis trois jours, pour un rhume qui ne me donne cependant nulle inquiétude, n'altérant ni son sommeil, ni son appétit, ni sa beauté. M. le duc d'Aquitaine en a eu un violent et
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long, accompagné de fièvre; on se rassure, parce qu'on ne doute plus que ce soient quatre dents prêtes à percer, ce qui est bien violent pour un enfant de cinq mois, quelque bien portant qu'il soit d'ailleurs. M. le duc de Bourgogne et Madame jouissent de la plus parfaite santé et ont assisté en public aujourd'hui au dîner de Monseigneur le dauphin et de Madame la dauphiuc
Versailles, ce 12 mai 1754.
La santé de Madame la dauphine est parfaite. Cette
grossesse est des plus heureuses, et elle ne ressent pas la moindre incommodité. Le duc de Bourgogne se fortifie, marche bien, grandit beaucoup et nous donne la plus belle espérance. Il n'en est pas de même de Madame; sans perdre le sommeil, ni l'appétit, avec les yeux et le teint excellents, en très-peu de temps, elle a cessé de marcher et ne se soutient nullement sur ses jambes. Cela donne beaucoup d'inquiétude, d'autant plus que les médecins ne disent pas positivement à quoi l'on peut attribuer un changement si prompt et si inquiétant. Cela est d'autant plus douloureux qu'il n'y a rien de plus intéressant et de plus spirituel que cette aimable et chère enfant. Tout nous épouvante depuis la perte que nous avons faite.
Versailles, ce 13 août 1755.
J'ai remis, à l'instant que je l'ai reçue, la lettre de S. A. K. Monseigneur le prince électoral à Madame la dauphine qui l'a lue avec il solito piacerc. La santé de cette auguste princesse
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est, grâce à Dieu, parfaite. Elle n'a point encore eu de grossesse si heureuse que celle-ci; elle est grasse, blanche, belle et de la meilleure humeur du monde. Elle a témoigné toute la bonté et la sensibilité possible a notre bonne Fronnnin : la marque de zèle et d'attachement qu'elle lui a donnée, en entreprenant à son âge un si long et si pénible voyage, uniquement dans le dessein de se mettre à ses pieds et de voir son bonheur de près, lui a été extrêmement agréable; elle ne reçoit pas moins de marques de bonté de Monseigneur le dauphin et partira, j'espère, comblée de toutes sortes de grâces et de bienfaits de leur part. Il me semble que cela sera vers la mi -septembre, et, s'il y avait quelque chose pour le service de Votre Excellence, elle serait enchantée d'eu être chargée. Sa conduite a été admirable; tout le monde la connaît et l'aime dans Versailles. On lui a accordé l'accès le plus intime et tout ce qu'elle a voulu. Grâce à Dieu, le plan de vie de Monseigneur le dauphin et de Madame la dauphine est si beau, leur union si tendre, que tous leurs bons serviteurs désireraient qu'il y eût sans cesse cent témoins prêts à raconter dans tout l'univers l'exemple des vertus qu'ils sont en état de donner aux personnes même les plus régulières. J'engage Votre Excellence, lorsque cette brave personne sera de ritour à Dresde, à la faire venir et surtout à la bien questionner
sur tous les points qui rendraient mes lettres trop longues
Monseigneur le dauphin est revenu de Corapiègne avec une santé parfaite; il a repris un peu d'embonpoint et la meilleure couleur du monde. M. le duc de Bourgogne est beau comme le jour; le duc de Berry ne lui cède en rien; Madame est toujours d'une délicatesse singulière; j'espère cependant qu'elle s'élèvera
AXHRXKS.
Monseigneur, Versailles, ce 1» (janvier) 1756.
Je rougis de tous les torts dont je suis chargée envers Votre Excellence, qui a la bonté de se souvenir si souvent de moi, qui me tait la grâce de m écrire des lettres si remplies de sentiments qui me pénètrent de reconnaissance, qui entretiennent et augmentent sans cesse l'inviolable attachement que j'ai pour elle, depuis plus de trente ans et que je conserverai toute ma vie . . . Lundi dernier, Madame la Dauphine releva de ses couches en parfaite santé et plus belle que jamais. La joie de la voir paraître en public fut générale; elle est adorée et doit en être bien convaincue par les craintes que la petite incommodité qu'elle a eue, les premiers jours de ses couches, a causée à la famille rovale et à toute la nation, et pnr la joie sincère et vive qu'a causé sou parfait rétablissement. Cet intérêt qu'on prend à elle, est pour elle-même; elle ne peut plus le soupçonner d'être intéressé, de-
puis que sa fécondité a si bien assuré le repos de l'Etat. Nos trois princes sont beaux et bien portants; le troisième ■) était né un peu délicat, mais, comme il s'est trouvé par bonheur avoir la meilleure nourrice du monde, il est embelli et a protité considérablement depuis sa naissance.
') Lh comte de Provence (Louis XVIII) dont la dauphine venait d'accoucher.
FIN DE L ÉTl DE HISTORIEE.