BRUHL AU COMTE PONIATOWSKI, PALATIN DE MAZOVIE
(EXTRAIT
Dresde, le 3 janvier 1741.
. — „ En attendant avec avidité l'honneur de vos nouvelles, j'ai celui de faire à Votre Excellence part de celles d'ici
Votre Excellence était, je crois, encore ici lorsqu'au départ du roi do Prusse pour son armée assemblée près de Crossen, il nous parvint ici la déclaration connue que Sa Majesté Prussienne avait fait distribuer à Berlin aux ministres étrangers, hormis ceux de Vienne, et qui se trouve dans toutes les gazettes, au sujet de son entrée avec des forces militaires en Silésie ; et lorsqu'immédiatement après,
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M. Ammon ») remit au Roi une lettre allemande de Bon maître sur le même sujet, à laquelle Sa Majesté répondit sur-le-champ, en y dissuadant, en sa qualité de vicaire de l'Empire, l'entreprise du roi de Prusse, comme préjudiciable au repos public et difficile à combiner avec ses protestations d'amitié envers la Reine de Hongrie et de Bohème et avec ses sentiments de bon patriote de l'Empire. La poursuite de son entreprise a fait connaître le peu d'attention que ce prince y a faite, de même qu'aux représentations d'autres cours bien intentionnées pour ladite princesse et pour le maintien de la sanction pragmatique.
Les Prussiens sont entrés d'abord en Silésie au nombre d'environ 25,000 hommes, et Sa Majesté Prussienne, faisant continuellement suivre d'autres régiments, on compte qu'il pourra bientôt agir dans ce pays avec une armée de 50 à 60,000 hommes, sans dégarnir ses propres Etats; quoiqu'on assure qu'Elle retire aussi ses troupes du pays de Clèves, et qu'Elle y va mettre en échange plusieurs bataillons qu'Elle a fait négocier en Suisse. Sadite Majesté a passé les fêtes de Noël à Hermsdorf près de Glogau, où M. de Bulow*) s'était rendu auprès d'Elle puisqu'EUe avait souhaité de lui parler; mais le Roi ayant passé outre, le 28 décembre, avec le plus gros corps de ses troupes, vers Breslau, en laissant le commandement de l'expédition contre Glogau au prince de Holstein, Son Excellence est restée en arrière eu se retirant à Neustadtcl. Sa Majesté Prussienne ayant, dès son entrée en Silésie, envoyé secrètement le fameux comte de Gotter à Vienne, avec des propositions — à ce qu'on sait par plusieurs lettres — pour un accommodement, ce ministre prussien y a paru inopinément vers le 20 du mois passé ; mais comme il n'a parlé qu'au duc de Lorraine, et que, sans prendre audience de la reine son épouse, il s'est immédiatement après retiré à Baden, on juge que ses offres n'ont pas été acceptées, et qu'il y attendra de nouveaux
') Miuistre de Prusse à Dresde.
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ordres. La reine de Hongrie, d'un autre côté, se flattant d'être secourue par tous les garants de la sanction pragmatique, prend toutes les mesures dont elle est capable pour résister aux Prussiens, selon l'état délabré de son armée et de ses finances, jusqu'à faire venir des régiments du royaume de Hongrie, outre ceux qui sont en Bohème, n'ayant en tout que cinq à six mille hommes en Silésie. Mais ces secoure viendront bien tard, et on ne sait pas où le roi de Prusse bornera ses progrès et ses conquêtes dans des Etats si fort dépourvus de défense. On avait bien débité à l'armée Prussienne que l'électeur de Bavière faisait défiler des troupes vers la Bohème, mais cela n'est point encore vérifié, et la cour de Vienne affecte d'être même fort tranquille là- dessus."