‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 66 sur 103 · XI I · texte numérisé non relu

XI I

MAURICE AU COMTE DE BKUHL

Perplexités occasionnées par les indécisions de la politique saxonne.

Mon».Eu«, à Paw8> le 10 Kvricr «41-

Je profite du départ de M. Dattaillion pour dire à Votre Excellence que le retardement du retour de Mouret l) nous jette ici dans des embarras considérables. M. le prince de Liechtenstein2) a débité ici qu'il y avait un accommodement fait entre le Roi, votre maître, tel que la cour de Vienne pourrait le désirer. Comme nous n'avons rien pour le contredire de votre part, l'on commence à ajouter foi à ce qu'il a avancé, et encore plus à ce que M. de Wassner assure à ce sujet. Cela refroidit les amis, et l'ambassadeur d'Espagne, qui, assuré-

•) Valet de chambre de Maurice.

») Arabansadcur d'Autriche.

376 Mapbicb PEINT PÀB LUI-atMF.

ment, est un zélé partisan du Roi et qui influe beaucoup, commence à prendre quelques soupçons. La faction bavaroise fait valoir sa fermeté inviolable dans ses sentiments, "et Votre Excellence peut aisément juger que les soupçons (qu'elle me dit dans sa lettre) que l'on a du ministère saxon se renouvellent. Pour moi en mon particulier, je ne sais quelle contenance tenir, * et j'évite avec soin la cour et les ministres. L'on me rompt les oreilles du Père Steyer, confesseur de la Reine, des liaisons que l'on prétend qui sont entre l'Angleterre et notre cour, et de tout ce qui s'ensuit. Votre Excellence fera cesser ces incertitudes quand il lui plaira, et nous fournira les moyens d'avoir une contenance plus assurée. Je La supplie de recevoir les assurances de l'attachement le plus sincère avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur

Maurice de Saxe.

xni.

MAURICE A AUGUSTE III

Entrevue avec le maréchal de Belleisle, venant de Saxe. — Plan de campagne. — Maurice supplie son frère de se déclarer pour la France.

SlRB à Paris, le 12 de juillet 1741.

Je n'ai reçu qu'hier la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 28 de mai. Celle de Son Excellence M. le comte de Bruhl, dans laquelle elle était incluse, est sans date; ainsi je n'ai pu savoir où elle est demeurée si longtemps. Je vis hier à Ver-

LKTTHK* Ilfél.lTKK. (1741.) 377

sailles M. le maréchal de Belleisle, qui ne saurait assez se louer des bontés avec lesquelles Votre Majesté l'a traité. Il m'a parlé avec cet enthousiasme qui marque la vénération et l'admiration que ceux qui ont le bonheur de vous approcher, Sire, ont pour votre personne. Il m'a dit qu'il avait rompu des lances à la cour, sur ce que l'on lui avait voulu assurer que Votre Majesté avait pris des engagements opposés aux vues que l'on a dans ce pays-ci; qu'il en serait au désespoir par l'attachement qu'il avait conçu pour Votre Majesté. Il m'a cruellement embarrassé en me proposant d'être de l'armée qu'il commandera; non que je ne l'estime et ne l'honore et que je ne voulusse servir sous lui, de préférence à tout autre, mais je crains qu'il ne soit destiné pour l'armée que l'on croit qui ira en Bavière, et Votre Majesté jugera très-aisément de mon dégoût, si j'étais obligé de servir pour des intérêts opposés aux vôtres. D'un autre côté je suis balancé par l'espérance et le désir de vous être utile, si vous penchez de notre côté, qui, certainement, sera le plus fort; et je ne doute pas que l'on ne persiste dans le dessein d'y faire trouver des avantages à Votre Majesté. Toutes ces circonstances, Sire, m'agitent et m'inquiètent beaucoup. Comme je ne suis pas dans le secret, je pourrais dire ma pensée surtout ceci, si deviner n'était pas quelquefois un crime. Je ne puis cependant me refuser d'entretenir Votre Majesté. Je crois que, vers le l*r de septembre, l'on poussera une armée en Bavière, qui, selon toutes les apparences, doit marcher droit en Bohème, afin de pouvoir être à portée de celle des Prussiens; et je ne conçois pas eomment la maison d'Autriche, dont les troupes et les finances sont fort

378 Maurice pkjkt par lui-même.

dérangées, pourra tenir contre trois si puissants ennemis qui s'entendront et concerteront leurs entreprises ensemble. Cela aura plutôt l'air d'une prise de possession que d'une guerre. D'un autre côté, l'on poussera un corps d'armée à Juliers et Berg pour observer la contenance du roi d'Angleterre, et je pense qu'elle1) sera modeste , ayant quarante mille Français sous les yeux et trente mille Prussiens dans le dos, prêts à entrer, pour hiverner, dans son électorat, où il n'a pas une place de guerre. Si l'on joint à cela ce que l'électeur Palatin et l'évêque de Munster peuvent fournir, il parait impossible que les Hannovriens se déclarent pour la maison d'Autriche.

Les Anglais viennent de recevoir un échec terrible à Carthagène; il leur en coûte près de vingt mille hommes, et il y a apparence que la nation, par ses inquiétudes, obligera le roi de retourner en Angleterre, qui ne commettra qu'avec beaucoup de répugnance ses états aux hasards de la guerre pendant son absence.

Une troisième armée restera toute prête, pour donner de l'occupation aux Hollandais, s'ils se déclarent. A l'égard de l'Italie, je crois qu'il n'y faut pas penser. Les Russes ne pourront apporter aucun secours à ce désordre, parce qu'ils seront occupés chez eux, et peut-être vos Polonais, Sire, se confédéreront contre eux pour augmenter leur embarras.

Jugez, Sire, de ma douleur, si Votre Majesté prenait des mesures opposées, et si, au lieu de jouir du plaisir de lui faire ma cour cet hiver, je me trouvais dans les environs de Prague avec une armée qu'elle verrait avec

') Cotte contenance.

LkTTRKS IHÉIUTB8. (1741.) 379

déplaisance dans ces quartiers-là. Pardonnez, Sire, si mes inquiétudes et mon attachement m'ont jeté dans ce long et ennuyeux détail; mais le proverbe allemand qui dit: tvess das Uerze voll ist, geht der Mund Uber% est vrai.

Les chasses ne sont pas si heureuses ici que celles de Votre Majesté. Nous manquâmes hier avec le roi

un cerf à J'ai donné un petit conseil à Feiler

quand je fus la dernière fois en Saxe, qui, je crois, a un peu contribué au succès des chasses de ce printemps. Je m'estimerais trop heureux si la paix pouvait me permettre, cet automne, d'y assister, de faire ma cour à Votre Majesté, et de l'assurer de mon respect et de ma soumission profonde, avec laquelle je ne cesserai d'être, Sire, de Votre Majesté le très-humble, trèsobéissant et très- soumis serviteur

Maurice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Remercîmenta. — Affairo de Courlandc. — Avis confidentiel» sur la politique de France.

Monsieur, à Pam* W2 de juillet 1741.

Je n'ai reçu qu'hier la lettre, que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, où était incluse celle du Roi, datée du 28 de mai, et, comme la Sienne n'en a point2), je ne sais où elle peut être restée. Votre Ex-

') Ce dont le cœur est plein, la bouche abonde. a) C'est-a-dire : de date.

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