‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 69 sur 103 · MAURICE AU MARECHAL DE BELLEISLE · texte numérisé non relu

MAURICE AU MARECHAL DE BELLEISLE

La Saxe étant décidée à signer un traité d'alliance avec la Bavière, Maurice rappelle au maréchal les promesses faites au roi de Pologne à Hubertsburg.

Monsieur camP ^e Neustadt, le 15 septembre 1741.

J'ai reçu hier une lettre de M. le comte de Bruhl du 8 de ce mois, par laquelle je vois que le roi de Pologne a donné ordre à ses ministres à Francfort de conclure le traité avec la France et la Bavière. Il se plaint amèrement des conditions par lesquelles on fait passer le roi son maître, et, quoique je sente qu'il aurait été plus avantageux pour les intérêts de la Saxe de se déclarer plus tôt, je ne puis cependant qu'être affligé du sort que l'on fait au roi de Pologne. Je me repens même de lui avoir donné des espérances au-delà de la réalité; mais j'ai été séduit par le désir de le voir uni à la France, et par l'assurance que M. le cardinal avait donnée au sieur Saul, que le roi interviendrait et voudrait bien se mêler des avantages qu'on ferait trouver au roi de Pologne. J'avais cru aussi que vous lui feriez obtenir, Monsieur,

Maurice peint par lui-mkmk.

les conditions dont vous l'aviez flatté à votre passage en Saxe, et, quoique je ne sache pas en quoi ils consistaient, il me semblait qu'il y allait de votre gloire et de la dignité de la France de se faire de lui un allié qui lui fût attaché par ses bienfaits, d'autant plus qu'il était aisé de le faire aux dépens de la maison d'Autriche. Je dirai plus: je pense qu'il y va de l'intérêt de la France. Vous ne voulez pas enter la maison de Bavière sur la maison d'Autriche avec toutes ses prétentions, car vous ne feriez que détruire un géant pour donner naissance à un autre. Vous ne sauriez prévoir le besoin que vous pourriez avoir quelque jour de la maison de Saxe, contre ceux qui voudraient s'agrandir en Allemagne. Ainsi, en établissant l'égalité, vous satisfaites à la justice et à la gloire du Roi. Le roi de Pologne peut vous rendre des services agréables, et vous pouvez le gagner entièrement par des avantages. C'est ce que je souhaite du meilleur de mon cœur.

Je compte toujours être le 21 à Passau; le nombre de nos troupes augmente, et nos arrangements sont mal pris pour nos subsistances. Nous n'avons avec nous personne à qui parler, et pas seulement un commissaire pour nous conduire.

J'ai l'honneur d'être, etc.

Nous publions cette lettre d'après la copie que Maurice eu envoya au comte Bruhl. Voyez la lettre suivante (XXIII.).

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Lkttkks iwfcornuj. (1741.)

xxni.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Considérations sur l'adhésion de la Saxe à l'alliance entre la France et la Bavière. — Avis et conseils pour l'avenir. — Marche sur Lins.

Au camp près de Nbustadt, le 16 septembre 1741. Monsieur,

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m' écrire le 8 du mois, et j'ai vu avec une vraie douleur le mécontentement que le Roi a de la conduite que la cour de France tient à son égard. Il faut moins en accuser M. le cardinal que d'autres, à ce que je pense; car ce que j'ai mandé dans la relation de la conférence que j'ai eue avec M. le cardinal est certain, et M. Saul m'en est témoin. Mais deux choses ont concouru : l'incertitude où l'on a toujours tenu la cour de France sur nos intentions, ce qui a fait qu'elle s'est trop engagée avec celle de Bavière, et que depuis elle n'a encore osé marquer de volonté pour nous, de crainte de choquer la cour de Bavière. Cette partie est délicate, et la cour de France n'était pas assez sûre de nos intentions pour déplaire à la Bavière ; d'ailleurs Elle peut être persuadée que l'inclination du cardinal était entièrement pour le Roi ; il n'aime pas l'électeur de Bavière (M. le comte Poniatowski a pu vous en informer); mais il fallait conclure l'hiver passé, et la France aurait pris avec nous les engagements qu'elle a pris avec l'électeur de Bavière. Mais c'est chose faite, il faut songer à le réparer et se retourner d'un autre côté, pour donner des vues à la France qui puissent l'engager à s'intéresser vivement à ce qui nous regarde; ce qui peut, dans le dépouillement général des

410 MaUHICK PWWT PAU LU1-MÉMK.

affaires, faire que l'on nous favorise. Ce que vous avez conclu avec la France ne peut être que préalable ou préliminaire; ainsi nous pouvons toujours y revenir quand on mettra papier sur table, et c'est là où la faveur de la France peut nous bien servir. Pour donc faire naitre à la France ce désir de nous rechercher et de nous favoriser, je me suis avisé d'écrire à M. le maréchal de Belleisle la lettre dont est copie ci -jointe. Quant à présent, je crois de toute nécessité qu'il faut que M. de Poniatowski aille et vienne de Francfort à Versailles, et de Versailles à Francfort. Les vues de M. le cardinal sont différentes de celles de M. de Belleisle, et j'ai très-bien remarqué qu'il incline toujours pour le Roi, et que M. le maréchal incline un peu plus pour l'électeur, parce qu'il s'est déclaré plus positivement et plus tôt. Enfin prenez de mes idées ce qu'il vous plaira ; il y a de quoi en faire quelque chose de bon. Mais, livrez-vous entièrement à la France, car les choses à demi faites ne valent rien. Et qu'on ne nous soupçonne point d'incertitude et de mauvaise volonté. Si votre traité est fait, le pas est fait; il faut en tirer tout l'avantage qu'il est possible d'en tirer, car je crois que vous êtes bien revenu de l'idée que les Anglais puissent nous secourir; et je pense qu'il vaut mieux que vous vous livriez à la France, que de faire sentir que vous espérez des changements de fortune et des secours qui n'existent point, ce qui ne peut donner que de l'humeur et de la méfiance, qu'il ne faut jamais mettre dans les affaires. Votre situation est telle que vous ne pouvez rien y changer pour le moment. 11 faut tâcher d'en tirer tout le parti que vous en pouvez tirer, et, si les circonstances changent à l'avenir (ce que

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Lbttrbs ihéditka. (1741.) 411

je ne prévois pas), vous changerez avec elles; ce que vous, tiendrez, vous le tiendrez, et vous chercherez à en gagner davantage. C'est mon avis.

Baisez la main au Roi de ma part, et dites -moi si le Père Guarini trouve que je raisonne bien ; car, si vous le jugez à propos, je vous prie de lui lire mes lettres; et donnez-moi le plus souvent que vous pourrez de vos nouvelles. Je voudrais que le maréchal de Belleisle fût arrivé. Je vais être comme la béte bleue dans cette armée de Bavière. Je me tourmente ici avec les baillis pour me faire fournir ce qu'il me faut, et j'ai bien de la peine, car l'arrangement est pitoyable, et les troupes sont fort mécontentes de la manière dont elles ont été reçues en Bavière; j'ai toutes les peines du monde à les contenir dans la discipline; elles murmurent hautement, et disent que le roi de Sardaigne leur avait marqué plus d'égards. Nous n'avons été reçus par personne; nous n'avons pas môme un commissaire pour nous conduire. Je fais les répartitions et les impositions moi-même, et suis obligé de me faire obéir par menaces. L'on nous ferme les portes; les habitants se cachent comme si nous étions ennemis, au lieu que, partout où nous avons passé ailleurs, on venait au-devant de nous, et que nous avions abondance de tout. J'en ris sous cape; cependant je tiens bon ordre, pour que l'on n'ait rien à me reprocher. L'électeur est entré enÀutriche avec douze mille hommes ; il est marché sur Ens, où il y a trois mille hommes de garnison. Nous marchons à Linz. L'infanterie, dont une partie est déjà arrivée, parce qu'elle descend le Danube, a ordre de s'y rendre. Je trouverai mes ordres à Passau, où je serai le 21.

Mal'RIOK IKIBT l'AK LUI - mAmk.

Je me flatte qu'EUe aura reçu ma lettre que je lui ai envoyée par estafette de Dunkelspiel, par la voie de M. Schelhas de Schellersheim 1).

Je dois avertir Votre Excellence que M. de Loss n'est pas l'homme propre à traiter avec le cardinal et les Français; il a de cette finesse allemande que l'on voit du premier coup d'oeil et qui n'inspire que de la méfiance, ce qui nuit plus que choses du monde aux affaires. Poniatowski et Fritsch étaient les vraies gens pour M. le cardinal, et il avait confiance en eux.

Voici en vérité aussi une trop longue lettre; mais je n'ai pu la raccourcir pour tout dire.

Recevez les assurances de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de Votre Excellence le très-humble et très -obéissant serviteur

Maurice dk Saxe.

Le Mémorandum de M. de le Coq (voyez: la note, lettreX VIII.) nous a fait eonnaître les conditions que la Saxe voulait mettre à son adhésion à l'alliance conclue entre la France et la Bavière. Les concessions déjà accordées à cette dernière ne permirent pas à la France de tenir compte des prétentions saxonnes. De là, le mécontentement de Bruhl ; mécontentement qui cependant no l'empêcha pas de signer à Francfort (19 septembre 1741 ), sous la garantie de la Prusse et de la France, le traité d'alliauce entre la Saxe et la Bavière. On sait que cette alliance ne dura que peu de mois: la Saxe ne s'était engagée que pour le temps où la Prusse ferait partie de la ligue, et Bruhl profita de cette réserve pour accéder aux préliminaires de paix que Frédéric II signa avec Marie -Thérèse à Breslau (juin 1742).

>) Voye»: U lettre au roi Auguste du G septembre 1741 (XXL).

Lettres KffcniTKS. (1741. i

MAURICE A AUGUSTE III

L'avénement de l'impératrice Elisabeth de Russie engage Maurice à recommander an roi ses prétentions sur la Courlande. — Nouvelles des armées françaises.

gIRE à Prague, le 24 décembre 1741.

J'ai appris du maréchal de Belleisle le changement qui est arrivé en Russie *). Il me parait impossible que Votre Majesté ait encore pris des engagements pour la Courlande. Oserai-je me flatter que vous voudrez vous souvenir de moi dans cette occasion et que vous voudrez faire changer ma fortune; personne ne vous est si tendrement et si respectueusement attaché que moi, ni depuis si longtemps. Vous êtes magnifique et grand en tout, soyez -le aussi pour moi. Toute l'Europe vous approuvera, Sire, et peut-être la fortune un jour me favorisera au point de vous prouver que personne ne mérite mieux vos bienfaits.

Je marche dans le moment avec ce qui est resté ici de la cavalerie, pour aller au secours de M. le comte d'Aubigny, qui crie miséricorde avec 27 bataillons et 33 escadrons. Il s'est retiré derrière la rivière de Pisek. Je crois que ce n'est qu'une mascarade que les ennemis font là et qu'ils marchent par leurs derrières vers le Danube, qu'ils le passeront, et qu'ils chasseront M. de Ségur de la Haute-Autriche.

Je suis avec la soumission la plus profonde, Sire,

>) L'avénement de l'impératrice Elisabeth. Bruhl répondit le 26 décembre de Dresde: «que Ton ferait du côté de la Saxe tout ce qui serait possible pour favoriser les vues de Maurice, mais qu'on ignorait encore les intentions de la nouvelle cour de Russie."

414 MaHMC» MONT PAU tm-MÊMK.

de Votre Majesté le très -humble, très- obéissant et trèssoumis serviteur Maurice de Saxe.

Maurice venait de prendre Prague (26 novembre 1741). Il a raconté lui-même ce fait d'armes, le premier qui le fit connaître, dans une lettre au chevalier deFolard»). L'assaut fut décidé sur la déclaration du comte Rutowski, que l'armée saxonne s'en chargerait seule, si l'électeur de Bavière, qui commandait les Français et les Bavarois, ne voulait pas en partager le danger2). Maurice entra le premier dans la ville, et ses trois frères (le comte Rutowski, le comte de Cossell et le chevalier de Saxe) le suivirent de près.

Voici quelques documents inédits sur cette audacieuse entreprise:

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