RAPPORT DU COMTE RUTOW8KI
(EXTRAIT
Prague, ce 27 novembre 1741.
.... „Sur les avis réitérés que l'armée autrichienne, sous les ordres du grand-duc de Toscane, s'approchait de Prague, on résolut d'escalader cette ville sans aucun délai. On choisit pour cette expédition la nuit du 25 au 26 d. c, et l'attaque qui, au commencement, devait se faire proche de la rivière, du côté du collège des Jésuites, fut changée, sur l'avis d'un déserteur: on résolut de l'entreprendre proche de la porte de Charles.
On fut d'accord avec l'électeur de Bavière, qu'une partie des troupes françaises ferait une fausse attaque du côté de leurs tranchées, vers le petit côté, à une heure après minuit, pendant que le comte de Saxe attaquerait la ville neuve, et que les Saxons formeraient deux véritables attaques, l'une, sur les deux îles de la rivière (sur la ville neuve), l'autre, sur le petit côté, proche de la porte de Charles.
On commença celle-ci, à 4 heures du matin, par toutes les compagnies de grenadiers, qui formèrent quatre bataillons, conduits par les lieutenants-colonels Senden, Schlegel, GersdorfF et Carlowitz (sous le commandement du colonel comte de Cossell), et par le major-général Weissbach.
Ces quatre bataillons furent suivis par 800 travailleurs, „ et ceux-ci par 18(X> hommes d'infanterie, rangés aussi en quatre bataillons, sous les ordres des colonels Natzmer et Frankenberg et des lieutenants-colonels Crousaz et Watzdorf.
Le comte de Cossell, à la tète du premier bataillon de grenadiers, se jeta dans le fossé avec ses gens, le passa, et
Ma CRICS PEIHT PAR LUI-MÊME.
fit attacher les échelles de l'autre côté. Il y fut repoussé par un feu très-vif des assiégés ; mais à la seconde attaque, ayant ramené son monde courageusement à la charge, il parvint enfin au haut du rempart. Les trois autres bataillons suivirent cet exemple, et ce fut à cette occasion que le général Weissbach fut tué dans le fossé.
Le lieutenant-général Renard, ayant pénétré dans la ville, fit d'abord débarrasser et ouvrir la porte, où. la garnison mit bas les armes, de sorte que les troupes y entrèrent sans résistance, occupèrent le marché, les autres portes, et toute la ville.
Le nombre des prisonniers de guerre monte à 3000, et celui des drapeaux qu'on a pris, à 13, qui seront envoyés à Dresde.
A la seconde attaque, de l'autre côté de la rivière, qui se fit par neuf bataillons commandés par les généraux Jasmund et Rochow, on trouva au commencement beaucoup d'embarras, en passant deux fossés à moulins; ce qui occasionna que ces troupes pénétrèrent dans la ville plus tard que les Français, sous les ordres du comte de Saxe. Cependant ils n'y trouvèrent aucune résistance.
Enfin, le 26, à la petite pointe du jour, les troupes de Sa Majesté entrèrent, et les clefs de la ville qu'on appelle le petit côté furent remises au comte Rutowski." ....