EXTRAIT DE LA CIRCULAIRE DU COMTE DE BRUHL AUX
LEGATIONS DE SAXE.
Dresde, 3 décembre 1741.
„A bien considérer la prise inopinée de Prague, on doit la compter pour un événement d'autant plus important, que dans cette saison avancée on se voyait, pour ainsi dire, à la veille d'y renoncer pour cette année -ci. Le duc de Lorraine, pour renforcer la garnison de la ville, s'avançait à grands pas avec toute l'armée autrichienne, dont la tête, forte de 14000 hommes, n'était éloignée de Prague que de trois marches; et par conséquent on se voyait réduit, ou d'en
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faire le aiége en forme (ce qui aurait trouve de très-grandes difficultés), ou de risquer une bataille, sans être assuré d'une retraite, en cas de malheur
. . . Lorsqu'on délibéra sur l'ordonnance et la disposition de l'attaque, les principaux d'entre les généraux français ne voulurent jamais prêter la main à une entreprise aussi hardie, l'accusant de trop de témérité, et ne voulant rien risquer; et ils ne l'approuvèrent qu'après avoir été convaincus, tant de la possibilité d'y réussir, que de la nécessité indispensable de se tirer d'affaire.
Aussi les généraux français rendent -ils justice à la bravoure des troupes saxonnes
... Il est vrai qu'avant que les Saxons commençassent leur attaque sur cette partie de la ville qu'on appelle lepetit côté, M. le comte de Saxe, avec un détachement de troupes françaises, avait courageusement escaladé la Neustadt, entre • la Moldau et l'Elbe, et cette attaque fait assurément beaucoup d'honneur aux Français; mais si, immédiatement après, les Saxons n'étaient pas entrés par le petit côté, ce détachement français n'aurait pu que très -difficilement s'emparer de la Altstadt, le pont entre ces deux villes étant bien barricadé et garni de canons. Lorsque M. le comte de Saxe avança vers ce pont, le commandant apprit que les Saxons avaient escaladé la ville, proche de la porte de Charles, et qu'ils allaient le prendre en dos. Sur quoi, il prit la résolution de se rendre; ce qui ménagea bien du sang, et sauva la ville du pillage.
Pour récompenser son monde, M. le comte de Saxe, avec le consentement de l'électeur de Bavière, a imposé aux Juifs une contribution de 2000 ducats, qu'il fera distribuer1 entre les détachements français qui ont pris part à l'expédition.
Quant aux troupes saxonnes, on est charmé de la bonne discipline qu'ils observent très-exactement, et la ville paraît être fort consolée de se voir gardée par des troupes de S. M. le roi de Pologne, et d'avoir pour commandant le lieutenantgénéral de Renard.
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Le 27 ou le 28 novembre rarmée devait être renforcée par la jonction des Bavarois qui n'ont pas été présents à la prise de Prague."