‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 74 sur 103 · L.TTRK8 IXÉD1TK · texte numérisé non relu

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pour cette expédition; il lui a déclaré qu'il le rendra responsable de l'événement; il a ordonné à M. de Polastron de revenir dès que l'expédition d'Iglau serait faite, à moins que le roi de Prusse ne voulût aller téte baissée sur les ennemis; mais le point essentiel qui l'intéresse est que vous ne laissiez rien à Iglau; supposé que vous vous retiriez sur Prague. La réunion lui tient fort à cœur, et il a raison: c'est l'intérêt des Saxons et celui des Français ; des uns pour couvrir la Saxe et Prague, et de tous deux, d'être ensemble. Employez donc toute votre adresse, tout votre savoir-faire et toute votre fermeté à ne rien laisser à Iglau. Le roi de Prusse a assez de troupes pour pouvoir garder ce poste, et vous avez outre cela des raisons à lui dire, qui sont: que, les ennemis étant les maîtres de Passau et de Linz, comme ils le sont, ils pousseront des partis vers Nuremberg et vers Egra pour couper aux Français la communication avec la France; que ces mômes partis courront jusque dans la Saxe, et qu'il faudra que vous fassiez des détachements pour couvrir les frontières de la Saxe. Enfin, faites de votre mieux. J'écrirai en conséquence en Saxe pour que l'on lui *) fasse les mêmes représentations de la part du Roi. D'ailleurs, louez son entreprise; poussezle à aller le plus en avant que faire se pourra sur Vienne ; cela y attirera toujours une partie des ennemis, et les empêchera de trop s'étendre en Bavière et sur nos derrières. Enfin, que vous dirai -je, mon cher comte? employez tout votre savoir-faire pour ne vous point séparer, et pour revenir le plus tôt que vous pourrez sur la Sasawa.

>) Ceat-à-dire an roi de Prusse.

420 Mauricc peint par lui-mêjik.

Vous savez apparemment que Linz et Passau sont pris. M. de Ségur a capitulé à Linz, et est sorti à condition que d'un an la garnison ne servirait pas contre la reine de Hongrie, et que les Français s'en retourneraient en France. Pour les Bavarois, on les a relégués dans le Haut-Palatin at, aux mêmes conditions. Les Français ont perdu tous leurs capitaines de grenadiers, avec M. de Pouille, lieutenant- colonel et excellent officier. Je suppose que cela a été dans une sortie, et que les compagnies des grenadiers y ont péri aussi. Nous n'en avons pas d'autres détails que ce que je vous en mande.

Adieu, mon cher comte, écrivez -moi souvent, et envoyez-moi courriers ou estafettes dès que vous saurez le jour auquel vous devez vous joindre avec le roi de Prusse, et, lorsque vous vous serez joint, ce que vous ferez après. J'en userai de même ici. Il faut que vous adressiez vos estafettes à M. de Pauly, capitaine au régiment de Saxe, chez M. le comte de Saxe, maison Colloredo, à Prague. Adieu, mon cher comte, je vous embrasse de tout mon cœur, etc.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Maurice transmet copie de la précédente, et conseille de se replier sur Prague. — Ce mouvement est approuvé" par Broglie.

Monsieur, à Pl8EK> lc 29 Janvier 1 742«

Votre Excellence verra par la copie de la lettre cijointe *) que j'écris au comte Rutowski, que le maréchal

') La lettre précédente.

Lettres iméditks. (1742.)

de Broglie désire que nous ne laissions rien à Iglau, mais que nous tenions nos forces ensemble, et que nous nous rejoignions à lui, vers Prague, le plus tôt qu'il se pourra, si le roi de Prusse ne veut pas aller brusquement sur les ennemis pour les attaquer. Comme je doute de ce dernier article, je prie Votre Excellence de mettre tous ses soins pour qu'on ne laisse rien à îglau; c'est un point capital. Nous rassemblerons nos troupes ici, dès que nous saurons ce que le roi de Prusse voudra faire après sa jonction avec les Saxons, et, en conséquence, nous attaquerons aussi , ou n'attaquerons pas. Je ne manquerai point de vous envoyer des estafettes. Comme celles de Prague ici n'ont rien de commun avec le Postamt *), étant établies par nous, Votre Excellence aura la bonté d'adresser les lettres qu'Elle m'écrira à M. de Pauly, chez M. le comte de Saxe, etc.

]\Iaurice de Saxe.

Post-scriptum.

J'ai lu l'incluse au maréchal2); il l'approuve de tous points, et m'a dit d'insister pour que les Saxons ne laissent rien à Iglau, et qu'ils se joignent à nous au plus vite, c'est-à-dire qu'ils s'approchent de Prague au plus vite. Il dit que le moment n'est peut-être pas éloigne où les ennemis viendraient à lui ; que, s'ils nous surprenaient séparés, ils auraient peut-être bon marché de l'un et de l'autre, et qu'alors soit les Saxons soit les Français ne pourraient plus leur tenir téte; qu'il prévoit qu'ils tireront toutes les troupes réglées (ou du moins la plus

») Bureau de poate.

«) Broglie.

Maurice pkint par lui-même.

grande partie) de l'Autriche, pour en augmenter leurs forces en Bohème, parce qu'il n'y a plus d'ennemi de ce côté-là. Enfin le but du roi de Prusse a été de dégager M. de Ségur, et de dégager l'électeur: il ne peut plus ni l'un ni l'autre; ainsi il ne doit plus s'aheurter à cet objet. Vous avez une chose plus forte à dire, qui est la conservation de vos propres frontières; ainsi, point de délais, et surtout point de troupes laissées à Iglau.

Frédéric II., pour Be justifier d'avoir proposé cette malheureuse campagne de Moravie, que Maurice désapprouva dès l'origine, a essayé d'en rejeter la faute sur ses alliés, et nommément sur le comte de Saxe •).

Les lettres de Maurice réfutent ces imputations, et jettent un jour tout nouveau sur l'histoire secrète de cette entreprise manquée.

La résolution de faire coopérer les troupes saxonnes à l'occupation d'Iglau avait été prise, en présence de Maurice, Bruhl et Rutowski, dans une conférence, présidée par le roi de Prusse, à Dresde, le 19 janvier 1742. Huit jours après, le roi de Prusse convoqua un conseil de guerre à Landscron (27 janvier), dans le but d'étendre cette expédition, et de tenter, au milieu de l'hiver, la conquête de la Moravie; entreprise qui ne pouvait s'exécuter sans éloigner les Saxons de leur base d'opération, ni sanB les séparer de l'armée française. On comprend que Maurice fit tout ce qu'il put pour l'empêcher; il eut, entre autres, à ce sujet, avec Frédéric lui-même, une discussion assez vive qu'il va nous raconter. Cette discussion roula sur le plan de campagne arrêté à Landscron. Frédéric II. ayant oublié de parler de ce conseil de guerre dans son Histoire de mon temps, il est indispensable, pour l'intelligence des lettres suivantes, de combler cette lacune, et nous donnons, à cette fin, la parole au chevalier de Saxe qui assista à ces importantes délibérations.

») Voyes: Histoire de mon temps, chap. V. Oeuvres de Frédéric Je Grand. (Berlin MDÇCCXLVI.) T. H, p. 103.

LBTTHBS 1H ÉDITES. (1742.)

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