‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 76 sur 103 · MAURICE AU MARECHAL DE BROU LIE · texte numérisé non relu

MAURICE AU MARECHAL DE BROU LIE

Entrevue du comte de Saxe avec Frédéric le Grand. — Discussion animée. — Les rois de Prusse habitués à commander. Maurice tient tête k Frédéric. — Marche sur Iglau. — Négociations secrète» entre l'Autriche et la Prusse. — Méfiance de Maurice.

Monsieur Gross-Meseritz, le 10 février 1742.

Je suis arrivé à Saar, en Moravie, le 7 au soir, où j'ai joint les Saxons. Le 8, nous avons marché à Ober- Obrava, et le 9, qui était hier, je me suis rendu à Gross-

') D'après la copie annexée à la lettre suivante (XXXI.).

Lettres raforns. (1742.) 437

Bitesch, où le roi de Prusse est arrivé à 9 heures après midi. Gross-Bitesch est à trois lieues de Brunn; il est obligé d'y faire séjour aujourd'hui et demain, pour donner le temps à ses troupes de joindre; après quoi il viendra à Trebitz. Il est d'opinion que, par ce mouvement, les ennemis abandonneront Iglau; et son intention est de marcher à Znaïm, qui est sur la Taja, de mettre les Saxons sur sa droite, tirant vers Neuhaus, et de se mettre avec ses troupes à la gauche de Znaïm, tout du long de la Taja. Il serait difficile, Monsieur, de vous rendre toutes les prises que j'ai eues là-dessus avec lui. J'espère cependant qu'il se portera sur les frontières de la Moravie vers Neuhaus, sans oser vous l'assurer. Il ne m'a vu arriver ici qu'avec un déplaisir qu'il n'a su si bien cacher que je ne l'aie très-bien aperçu: parce qu'il croit que je suis venu pour rompre ses desseins.

J'ai pris la liberté de lui dire qu'on était convenu à Dresde que les Saxons n'iraient que jusqu'à Iglau; après quoi ils se rapprocheraient de l'armée de France et de Prague. Il s'est mis en colère, et a dit à mon frère *) que, puisque nous aimions tant les Français, ils n'avaient qu'à nous mener en Moravie, qu'elle était destinée aux Saxons, et que, pour lui, si l'on ne voulait pas marcher en avant sur la Taja, il s'en retournerait à Berlin; qu'il était sûr que ce mouvement ferait abandonner aux ennemis Budweis, Neuhaus et Iglau, et qu'ils se jetteraient tous derrière la Taja, parce que ce n'était que de là que leur venaient leurs subsistances. Mon frère lui dit qu'il ne pouvait juger des suites de ce mouvement, mais que l'on était convenu à Dresde que les Saxons ne marche-

») Le comte Rutowahi, qai commandait en chef le corps Saxon.

Matrice tfist par i.i i-mêmb.

raient que jusqu'à Iglau. Coin me il me soupçonne d'avoir soufflé mon frère, il m'entreprit d'un déluge de raisons, et finit par me dire que les rois de Prusse n'étaient pas accoutumés à se laisser commander, mais à commander; quel profit il pouvait revenir à la Saxe de se retirer de Moravie ? Je lui répondis, que les avantages touchaient moins le roi de Pologne que l'honnêteté, qui l'obligeait à ne point abandonner ses alliés dans un moment où ils pouvaient avoir besoin de lui. Cette réponse l'atterra. J'ajoutai, que je croyais que le roi de Pologne avait pris des engagements pour rapprocher ses troupes de Prague, et que Sa Majesté (Prussienne) ne pouvait pas lui en savoir mauvais gré, d'autant moins qu'elle avait dit ellemême, à Dresde, qu'après la prise d'Iglau elle n'avait plus besoin des Saxons.

Je m'aperçus bien que mon discours lui déplaisait beaucoup, et, sans répondre au point des Saxons, il me dit: „Mais est-ce que vous croyez que je veux passer entre Iglau etBrunn, et les laisser derrière moi? Faisons encore une marche en avant, et vous verrez qu'ils abandonneront Iglau."

Je lui dis froidement que j'en doutais. Il est bon de vous dire que les ennemis fortifient Iglau à force, qu'ils y ont six mille hommes, avec dix -huit pièces de canon, dont six de 12, et le reste de 6; ainsi je ne compte pas qu'ils l'abandonnent i). Nous n'avons que douze pièces de 6, et quelques haubitz; point de pain, point d'outils, et, si nous ne pouvons l'emporter par un coup de main (à quoi je crois le roi de Prusse ne voudra pas se

') L'événement juxtiria cependant la prévision du roi de Prusse: le» Autrichiens évacuèrent Iglau, le 14 lévrier, au soir, saut» se défendre.

Lbttreb WÉDITB8. (1742.)

prêter avec ses troupes), nous nous retirerons; et je vous promets bien que j'empêcherai les Saxons et les Français de donner ItTcoup de collier tout seuls. Ainsi ce projet de la Taja pourrait bien n'avoir pas lieu; car les Saxons ne consentiront jamais à passer entre Iglau et Brunn, et à laisser les Prussiens derrière eux. Les ennemis ont jeté trois mille hommes dans Brunn.

Voilà, Monsieur, où nous en sommes. Les Saxons n ont point reVu d'ordres positifs de se retirer, mais j'espère que, sur le dernier courrier que j'ai envoyé de Prague à Dresde (et par lequel j'ai écrit tout au plus fort)1), l'on aura pris (à Dresde) ces dernières résolutions, et qu'elles arriveront aujourd'hui ou demain; ce qui n'empêchera cependant pas notre marche sur Iglau, car il faudra savoir à quoi s'en tenir. Nous marcherons donc après-demain, le 12, et le 13, et le 14 nous arriverons devant Iglau; et vers le 15 ou le 16 je pourrai avoir l'honneur de vous rendre compte de ce qu'il se sera passé. Je suis convenu avec M. de Séchelles qu'en cas de retour des troupes Saxonnes, il nous pousserait du pain en avant à la hauteur de Czaslau ; je vous supplie de lui donner vos ordres en conformité, pour que, dès que je lui écrirai, il soit en état de nous envoyer un convoi de pain ou de farine.

J'ai découvert que le roi de Prusse a eu une entrevue à Olmutz avec un certain M. Pfutschner, envové de la part du grand -duc avec des propositions d accommodement, que le roi de Prusse dit avoir rejetées. Mais comment a-t-on pu savoir à Vienne que le roi de Prusse serait un tel jour à Olmutz? et comment M. Pfutschner

■) Voyex les lettre» du « février (XXVIII et XXIX.).

MaUHICS l'ElNT VJM LUI-UÊMK.

a-t-il pu s'y rendre si promptement? Je n'ai pas bien pu combiner ce temps; car enfin le roi a été fort vite de Prague à Olmutz, et ne s'est arrêté nulle part. J'ai l'honneur etc.

Le baron de Pfutschner, ancien gouverneur du grand-duc de Toscane (époux de Marie- Thérèse), charge d'une mission secrète, eut avec Frédéric IL, qui le connaissait d'ancienne date, une entrevue à Olmutz, le 4 février 1742. On ne parvint pas à s'entendre; les méfiances de Maurice étaient néanmoins très-fondées, et font honneur h son éminente perspicacité politique; car, tout en mettant en avant des prétentions inadmissibles aux yeux de l'Autriche, Frédéric se montra déjà alors tout disposé à sacrifier ses alliés, comme il le fit en effet, cinq mois après, en signant les préliminaires de Breslau, le 11 juin 1742. (Voyez: Oeuvres de Frédéric le Grand. Berlin 184C. T. II., p. 109, et von Arncth, Maria Theresia's erste Regierungsjahre, T. IL, p. 35 — 38.)

MAURICE A AUGUSTE III

Envoi de In lettre précédente. — Eloge de Kutowski.

Sire * Gross-Meseritz, en Moravie, le 10 février 1742.

Votre Majesté verra par la copie ci-jointe de la lettre que j'écris à M. le maréchal de Broglie, en quelle situation sont les choses, et ce qui s'est passé avec le roi de Prusse.

Je suis extrêmement content de la manière dont s'est comporté en cette occasion M. le comte Rutowski. et le suis fort aussi de toutes les mesures qu'il prend pour les troupes de Votre Majesté.

Lettres inédites. (1742.')

IJ nous tarde fort que Votre Majesté nous envoie ses ordres; je les adorerai toujours, et suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le trèshumble, très-soumis et très -obéissant serviteur

Maurice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUI1L

Vacarme occasionné pur nue lettre du roi de Pologne au roi de Prusse. — Entrevue de Maurice avec lu comte de Schmettau. — Discussion. — „Ttncz ferme; la glace est rompue."

Monsieur, * Budwciiau, en Moravie, le 14 février 1742.

La lettre du Roi au roi de Prusse !) a fait grand vacarme. J'y suis cité, et tout tombe sur moi. Le roi de Prusse l'a reçue hier au soir. Ce matin il a envoyé M. le maréchal Schmettau au comte Rutowski pour lui parler. Lequel a déclamé d'importance contre moi ; a dit, que j'étais un homme dangereux et capable de brouiller les deux rois; ce que je faisais ici? et que l'on devait me faire entendre de me retirer. J'en fus informé, et, après avoir laissé le temps au maréchal Schmettau de débiter tout ce qu'il avait à dire, je me rendis chez le comte Rutowski, où je trouvai ledit maréchal. Il est

') En réponse aux expéditions ds Maurice du 4 et du 6 février, Brubl lui avait envoyé, le 8, copie d'une lettre du roi Auguste à Frédéric II. conçue dans les termes proposés par Maurice. Bruhl ajouta à cet onvoi des remercîments pour les Judicieuses réflexions dont on sentait très-bien la vérité." ^J'ai fait, dit- il, facilement l'application do la fable, et Votre Excellence peut être persuadée que ce ne sera qu'à notre corps défendant

que nous ferons entrer le loup dans la bergerie j'aimerais mieux

voir quelques villages brûlés par les Autrichiens, que nos entrailles déchirées."

MaURICK PEλT PAR LÏ'f-MÊMK.

mon ami, nie ht amitié, et ne me déguisa rien des sentiments de son maître. Je lui répondis que cette façon de parler m'était connue, qu'elle ne m'en imposait pas ; que c'était une ruse usée en Allemagne pour intimider les âmes basses; que ce que j'avais fait, je l'avais fait par ordre, et que M. le maréchal de Broglie, qui m'avait envoyé, avait vu et approuvé toutes mes lettres: qu'elles ne tendaient qu'aux choses dont on était convenu à Dresde, qui était d'aller à Iglau; que le roi de Pologne n'avait pas voulu lui refuser cette marque de complaisance, parce qu'il n'avait jamais été question que de faire deux marches, qui sont celles de Teutschbrod à Iglau, où étaient les troupes saxonnes pour lors; qu'il pouvait se souvenir lui-même que le roi, son maître, avait dit qu'il n'en aurait plus besoin après, et qu elles pourraient prendre des quartiers d'hiver où elles le jugeraient à propos; qu'il avait cherché à les entraîner sur la Taja, et qu'en conséquence il les avait menées en Moravie, par plusieurs marches, sous prétexte d'une jonction ; que le roi de Pologne lui avait encore offert ses troupes, pourvu que ce fût pour aller attaquer l'ennemi vers Tabor et Budweis, afin de se rejoindre aux Français, leurs communs alliés: ainsi qu'il pouvait le voir par la lettre du roi de Pologne; que cette démarche était généreuse, désintéressée et d'un fidèle allié; que Sa Majesté le roi de Prusse ne pouvait s'en offenser; et. enfin, que je le priais de démontrer au roi, son maître, que je ne faisais que ce dont j'étais chargé; qu'il n'avait qu'à marcher en avant, que les Saxons étaient prêts à le suivre, que, s'il voulait se jeter sur la Taja ou différer, il trouverait bon qu'ils se rapprochassent des Français. Sur

oie

Lettres inkihtk». (1712.)

quoi il me dit qu'il n'avait jamais été question de la Taja. Je lui répondis qu'il avait donc oublié toutes les lettres que le roi, son maître, avait écrites au roi de Pologne pour lui faire goûter son projet; que, dans la dernière conversation que j'avais eue avec le roi, son maitre, à Bitesch, il avait décidé qu'il se mettrait avec son année à la gauche de Znaïm , sur la Taja ; que les Saxons seraient sur la droite, ce qui leur ôtait toute communication avec la Saxe, puisqu'ils laissaient Brunn derrière eux, les ennemis sur leurs flancs et leurs derrières: qu'il était inouï d'aller avec trente mille hommes au bout du inonde, sans dépôts, sans magasins, sans communications, et laissant une place de guerre derrière soi avec une forte garnison ; que cela ne s'était jamais vu ; et s'il nous croyait absolument ignorants des choses de la guerre? Enfin, je le confondis si bien*, qu'il ne sut plus que me répondre. Il se rabattit sur la prise d'Iglau, et sur les événements qu'elle produirait, et menaça que, si les Saxons se retiraient après, le roi, son maitre, se retirerait aussi. Je lui dis que j'en serais surpris, et qu'il savait bien qu'il avait dit, à Dresde (lorsque l'on était convenu de ne faire marcher les Saxons que jusqu'à Iglau), qu'il ferait avancer des troupes de la Silésie pour les înettre à sa portée, et qu'il prenait l'opération sur lui ; — qu'il lui plaisait maintenant de changer d'avis, et que ce n'était pas chose praticable avec des peuples et des nations; qu'il y avait des intérêts communs, niais qu'il y en avait aussi de différents; que le roi de Pologne était un prince sage et religieux ; qu'il voulait bien sacrifier ses troupes pour ses alliés, mais non pas les abondonner pour des quartiers plus ou moins bons.

Maukiok PKIKT TAR LUI-MÊME.

Je ne sais ce qui arrivera, mais, au nom de Dieu, tenez ferme. La glace est rompue. Vous avez toute l'honnêteté de votre côté, et si le roi de Prusse fait paraître de l'humeur, il se déshonorera, et la France vous saura gré de ce que vous faites. C'est votre véritable allié; le roi de Prusse ne cherche qu'à vous ruiner, et à être l'arbitre en Allemagne. Ne décidez rien sur sa lettre. Répondez comme vous savez répondre quand vous ne voulez rien dire, et laissez faire. Ou nous le ferons attaquer, ou nous nous en irons. Il aura beau chercher des délais : il faut que tout ceci se décide en peu de jours. Il n'y va pas, sûrement, pour tout de bon, et il aime trop ses troupes pour les ruiner avec les nôtres à ce jeu.

Je finis cette lettre en priant Votre Excellence de me mettre aux pieds du Roi, et d'être persuadée du trèsparfait attachement avec lequel etc.

Maurice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BKUIIL

Evacuation d'Iplau par le» Autrirliicu» — Correspondance entre Scbuiettau et Kutownki. Dëbats militaires sur les mouvement» à faire.

Monsieur, * Budisciiau, en Moravie, le 16 février 1742.

J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que les ennemis ont évacué Iglau, avant-hier au soir; le roi de Prusse a marché, hier et aujourd'hui, avec ses troupes vers Opatow, sans nous en faire dire un mot. Je crois que c'est dans l'intention de nous forcer à le suivre et

Lettres inédites. (1742.) 445

de nous entraîner après lui. Ce matin, vers neuf heures, est arrivée une lettre du général Schmettau, qui trouve extraordinaire que les Saxons n'ont pas marché, et dit qu'il faut se rendre à Pirnitz pour soutenir le roi, son maître. Votre Excellence verra par la copie de la lettre que M. le comte de Rutowski lui a écrite en réponse, qu'il est impossible de marcher aujourd'hui, et qu'il n'a aucun tort. On lui *) pousse cependant aujourd'hui quelques bataillons et escadrons au delà de la rivière d'Iglau pour le soutenir, au cas qu'il en ait besoin; ce qui n'est pas. Mais par qui le roi de Prusse a-t-il envoyé ses ordres? qu'est devenu le porteur? Tout cela sont des finesses pour nous entraîner avec lui.

Pour savoir à quoi s'en tenir, M. le comte Rutowski lui a envoyé M. le général Renard, ce matin, pour lui déclarer ce que Votre Excellence trouvera dans le promemoria que M. le comte Rutowski aura sans doute l'honneur de lui envoyer par le présent courrier, et que j'ai trouvé très-sage, très-ferme et très-bien écrit. Cette pièce est un frein pour le roi de Prusse, un frein qui le met dans la nécessité de marcher en avant, ou de nous laisser aller sans oser se plaindre; car le public ne serait pas pour lui, et toute l'honnêteté est du côté du roi de Pologne, sans qu'on puisse lui faire le moindre reproche. Au contraire, il ne peut qu'en recevoir les éloges de tout l'univers. Nous sommes dans l'attente de ce que le roi de Prusse fera, et répondra à M. de Renard. En attendant, M. le comte Rutowski envoie ce courrier à Votre Excellence pour la prévenir de ce qu'il a fait, ayant appris que le roi de Prusse a envoyé un de ses aides-de-

») CYst-Ji-dire nu roi do Prussr.

446 Maurice peint pas lii-mP.me.

camp à Dresde aujourd'hui. Je ne sais ce que le roi de Prusse aura écrit au Roi; mais il me semble que Ton pourrait lui répondre qu'au retour du courrier, les Saxons auront marché avec lui, s'il a voulu marcher aux ennemis, et s'il leur a fourni les moyens; ou retourneront à Prague, si ces deux obstacles n'ont pas été surmontés.

Votre Excellence me permettra de lui taire mon compliment sur la nouvelle dignité militaire dont le Roi vient de La décorer, et d'être persuadée du très-parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être etc.

Maurice de Saxe.

MAURICE A AUGUSTE III

Méfiances ot conseils.

£IRE^ à Pirnitz, en Moravie, le 17 février 1742.

Il n'y a sorte de choses dont le roi de Prusse ne s'avise pour retenir et entraîner les troupes de Votre Majesté, et j'avais prévu que les deux marches qu'il avait faites en avant dans la Moravie, sans nous avertir, n'étaient qu'à cette fin. Aujourd'hui, il prie qu'on ne l'abandonne pas; qu'il serait dans le même cas que les Français, et M. de Ranzau nous a dit qu'il avait donné l'alternative à Votre Majesté, si Elle voulait être l'ami des Français, ou le sien; qu'il ferait son traité avec la cour de Vienne s'il était mécontent de nous, et que l'intérêt de la maison de Saxe était si fort uni à celui de celle de Brandebourg, qu'ils ne taisaient plus que la même chose.

LiRTTRRS iNéncnw. (1742.) 447

Que ces propos soient ruse ou vérité, je trouve indispensable que les troupes de Votre Majesté marchent sur-le-champ. Si Elle a un traité à faire, qu'Elle y soit forcée par le désastres des affaires, il vaut mieux qu'Elle le fasse avec la cour de Vienne que par la tyrannie du roi de Prusse. Votre Majesté voit bien que je ne Lui parle pas en général français, mais avec la franchise que je Lui dois et qui convient à mon caractère. Sur cela nous nous mettons en marche. Si le roi de Prusse s'est aventuré, il sait apparemment que ses démarches ne sont pas dangereuses; mais il vaut mieux que Votre Majesté fasse son traité, les mains armées, qu'étant dénuée de ses troupes. Je suis etc.

Maurice de Saxe.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Vous n'avez plu* d'armé:

Monsieur, à Iglau> ,e 19 février 1742'

Vous n'avez plus d'armée.

Maurice de Saxe.

Cette laconique dépèche, publiée par M. de Weber (p. 181), a été interprétée pur M. Taillandier (page 210, voyez la note) comme annonçant une défaite de l'année Saxonne: „Le général bavarois, M. de Tœrring," dit le critique français, „se fit battre par les Autrichiens; les troupes Saxonnes furent mises en déroute.". ...

Rétablisons les faits. Le général Tœrring fut battu à Landshut, et rejeté jusqu'à Ingolstadt, en Bavière; les Saxons, qui opéraient en ce moment- là en Moravie, entrèrent à Iglau sans coup férir, et ne furent ni attaqués ni mis en déroute. Après

Maurice i'KIKT i»ab lui - m Ame.

avoir effacé cette défaite imaginaire, rien de plus simple que d'expliquer la „malice cachée" de l'épi tre de Maurice. Or, intimidé par les menaces de Frédéric IL, et cédant aux instances du comte de Des Alleurs, Bruhl avait fini par déconseiller au roi Auguste de suivre l'avis de Maurice, et le comte Rutowski, arrivé ave*' sou frère à Iglau, le 19, y trouva l'ordre de ne pas se séparer de l'armée prussienne.

Ce fut cet ordre qui provoqua la boutade énergique de Maurice: „ puisque vous cédez vos troupes au roi de Prusse, voulaitil dire, vous n'avez plus d'armée; vous en faites un corps auxiliaire qui dorénavant ne dépendra plus du roi Auguste, mais du roi Frédéric."

Bruhl prit la chose fort gaiement. Il répondit (en date de Dresde, 25 février):

„A peine avais -je reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 1G, que M. le major de Bulow apporta celle qu'Elle a écrite au Roi (du 17); et hier je reçus, après dîner, les quatre mots du 19, auxquels je pourrais répondre tout court: La Sa:ce est sauvée, et qui furent suivis au soir de la lettre du 22, de Prague. Je n'ai pas manqué, Monseigneur, de rendre compte au Roi du contenu de toutes ces lettres, et 8a Majesté, qui, dans les représentations que Votre Excellence y fait, reconnaît le zèle avec lequel Elle s'intéresse pour tout ce qui peut tendre au bien du service du Roi, espère que Votre Excellence goûtera les raisons qui ont engagé Sa Majesté de choisir le parti qu'Elle a pris a l'égard de son armée on Moravie."

Avons-nous besoin de dire que Maurice ne „goûta pas ces raisons?" L'événement ne lui donna pas tort: l'expédition de Moravie, on le sait, manqua complètement; l'armée saxonne, fatiguée par des marches et des contre- marches inutiles, fut obligée de se replier, et souffrit bien plus qu'elle ne l'aurait fait si on avait voulu écouter Maurice. Cette campagne malencontreuse n'eut d'autre résultat que de dégoûter la Saxe de l'alliance prussienne, et de hâter l'accession d'Auguste III à la paix signée à Berlin, le 28 juillet 1742.

LiBTTRBS IN*T>ITK8. (1742.)

Toutefois, grâce à l'empressement que le comte Rutowski mit à obéir aux ordres reçus à Iglau, et grâce à la satisfaction que le roi de Prusse en éprouva, la bonne entente entre les chefs des deux armées coopérantes ne laissa rien à désirer au début de cette campagne ; témoin les extraits suivants de la correspondance du général saxon:

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