XL1II
MAURICE A AUGUSTE m.
Même sujet. — Conditions de In capitulation. Eloge de M. de Bulow.
à Lehen8tein, sous Eora, le 20 avril 1742.
La ville d'Egra s'est rendue hier, et la capitulation a été signée à 10 heures du soir; elle contient en substance: que la garnison sera prisonnière de guerre, que cependant, vu sa vigoureuse défense, je la laisserai sortir avec tous les honneurs de la guerre, et la ferai conduire à Passau ; mais qu'elle ne pourra servir contre l'empereur, ni contre ses alliés, qu'elle ne soit échangée ou rançonnée selon le cartel fait à Protiwein, ou qui se fera s'il ne l'était pas. Voilà les conditions, Sire. Le major Bulow, qui est chargé de cette lettre, m'a amené de Nuremberg quatre mortiers et cinq cents bombes. Il a
>) Nous supprimons ici les conditions de la capitulation, parce qu'on les trouve dans la lettre suivante.
Lettres inédites. (1742.) 461
déterminé le magistrat, et je regarde cette démarche comme de grande conséquence pour les affaires des alliés. Je ne saurais assez faire d'éloges à Votre Majesté de l'intelligence et de l'activité de cet officier. Il mérite que Votre Majesté le récompense et ait quelque bonté pour lui etc.
Maurice de Saxe.
Voyez le journal de ce siège, avec un plan et une carte, dans le quatrième volume du recueil hollandais: Campagnes de Messieurs les maréchaux de Broglie et de Bellcislc en Bohème et en Bavière. (Amsterdam 1762.) p. 242—272. On y trouve deux lettres de Maurice au marquis de Breteuil, l'une, en date de Lehenstein, le 11, l'autre, en date d'Egra, le 22 avril 1742; toutes deux moins caractéristiques que celle du 19, que nous supposons inédite. Il résulte d'une dépêche du maréchal de Broglie au comte Des Alleurs en date de Pisek, le 14 mars 1742 (T. IV, p. 34 du recueil hollandais), que le siège d'Egra ne fut entrepris que pour réparer la faute stratégique que le roi de Prusse avait fait commettre aux Saxons en les entraînant, en dépit des conseils de Maurice, sur la Taja. „Rien n'est plus certain," écrit Broglie à l'ambassadeur de France à Dresde, „que la marche du roi de Prusse n'a point fait l'effet qu'il avait annoncé qu'elle devait faire, puisque les ennemis sont encore à Neuhaus, Tabor et Budweis, et le prince Charles dans cette dernière place."
„J'ai un train d'artillerie en chemin pour faire le siège
d'Egra Si nous nous rendons maîtres de cette
place, comme il y a lieu de croire, la frontière de Saxe sera bien couverte, et je me saurai fort bon gré d avoir ôté cette épine du pied à Sa Majesté Polonaise, dont la frontière de Saxe est absolument découverte pour avoir suivi le roi de l*russe sur la Taja."
462 Maubick pbint par lui-mêmk.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Arrivée de Maurice au quartier général du duc de Harcourt. — Trenck frotté. — Propos du comto de Khevcnhuller. — Lettres pour la Russie.
Monsieur ^u camP ^e Nieder-Altach »), le 11 août 1742.
Je suis arrivé ici, il y a quelques jours. J'ai pris le commandement de l'armée de France, par ordre de la cour, avant-hier2), et hier j'ai fait frotter M. Trenck, colonel des pandours, qui s'était avisé avec dix -huit cents hommes de nous incommoder. Voilà mon début. Je souhaite la continuation, et je prends ce commencement à bon augure.
Je supplie Votre Excellence de me mettre aux pieds du Roi et de l'assurer de mes respects. M. de Khevenhuller a dit à un ingénieur qui a été fait prisonnier à Tannenberg, et qu'il a relâché sur sa parole, que le roi de Pologne en serait quitte pour donner de bons quartiers d'hiver aux troupes de la reine, cet hiver, en Saxe. Ces Messieurs parlent bien haut; mais la comédie n'est pas encore finie.
') Nous adoptons le nom de cotte petite ville de Bavière tel que le donne le recueil hollandais. Maurice écrit fort indistinctement: Kieder- Waldock; c'est de Nioder-Altach (le Nieder-Alteich des tartes modernes) que sa lettre est datée.
*) Voyez la dépêche du marquis de Breteuil avec le plan de campagne en date de Versailles le 1 août 1742: Lettres et Mémoires du maréchal de Saxe T. I., p. 31 — 44. L'armée française dite Vannée de Bavière confiée à Maurice était do 27 bataillons et de 30 escadrons. Maurice, revenant de Kusaie (voyez von Weber p. 181—186), arriva le 5 août 1742 au camp de Nieder-Altach pour prendro le commandement de la division du duc d'Harcourt (voyez la lettre de ce duc, du 6 août 1742, à M. le marquis de Breteuil: Campagnes de 1742. (Amsterdam 1772.) T. V., p. 326, et les lettre» de Maurice ibidem p. 352, 359, 364, 382, 383.
Lettres imeditks. (1742.) 463
Je supplie Votre Excellence de faire passer les incluses à la cour de Russie, et de trouver bon que je La prie de continuer à me marquer ses bontés de ce côté-là.
Je n'ai point de nouvelles de Bulow; je crois qu'il a été mangé par les calpaks 1).
Oserai-je vous prier de faire mes compliments à ma sœur la comtesse Mosczinska2), au prince de Weissenfels3), au chevalier4), et mille respects à Son Excellence Madame la comtesse de Bruhl. Ce sont les libertés que je prends que, j'espère, les bontés de Votre Excellence me passeront.
L'on ne saurait être avec un plus parfait attachement, Monsieur, de Votre Excellence etc.
Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Nouvelles de l'année. — Escarmouche. — Disposition» pacifiques.
(EXTRAIT
Monsieur, au c amP de Bramàhoff, le 1er octobre 1742. Je ne m'étendrai pas dans cette lettre sur nos opérations.
') C'est-à-dire les hussards.
*) Fille d'Auguste II. et de la comtesse Cossell.
s) Jean -Adolphe, duc réguant de Saxe - Weisseufels, feld- maréchal, commandant en chef l'armée saxonne.
*) Le chevalier de Saxe, fils d'Auguste II. et do la princesse de Teschen.
*) Voyez la lettre du maréchal de Maillebois au marquis de Hreteuil (Bramahoff 29 septembre 1742) „ Campagnes etc." T. I., p. 302 (le post- 8criptum), et celle du même au même du 1 octobre 1742 (p. îMH).
Maurice peint par un -même.
M. de Bulow aura l'honneur d'en rendre compte à Votre Excellence. A nous voir si paisiblement les uns devant les autres, l'on croirait que la paix est faite. J'ai cependant éprouvé le contraire, il y a quelques jours, et mon escorte, dans une promenade que j'ai faite à Nieder- Sandau, a été attaquée et mise en quelque désordre; j'ai cependant rétabli la contenance, et la perte a été à ' peu près égale. Voilà tout ce qui s'est passé entre les ennemis et nous. Pour les soldats, il semble qu'ils aient fait la paix ensemble ; ils prennent l'eau et lavent leur linge dans le même ruisseau, et les officiers se saluent aux postes avancés. J'espère que ces heureux commencements seront d'un bon augure pour les négociations. L'on ne saurait être avec un plus parfait attachement, Monsieur, de Votre Excellence etc.
Maurice de Saxe.
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Affaire de Falkenau. — Mouvement pour opérer sa jonction avec Broglie.
Monsieur, à Schlackjsnwerth, le 11 octobre 1742.
Il m'est arrivé une aventure assez agréable. J'envoie M. Osten l) pour vous en rendre compte. Il m'a paru qu'il désirait cette occasion pour que l'on se raccoutume
*) Le lieutenant- colonel d'Osten, d'aprc9 la réponse de Brohl, en date de Hubertsbonrg, le 15 octobre, rendit compte „du glorieux succès de* entreprises" de Maurice, succès qui n'empêcha pas les fautes de ses chefs, dont il se plaint si amèrement cinq jours après. Le fait d'armés dont il s'agit est raconté dans la Notice Historique (JMtres et Mémoires T. I., pag. XXII), et dans la lettre du maréchal de Broglie à l'Empereur Charles VII (sans date) Campagnes etc. de 1742 T. VI., p. 208.
à sa figure; sans cela je n'aurais pas cru la chose d'assez grande importance pour être mandée à Votre Excellence. Je La prie de me mettre aux pieds du Roi et de la Reine, et de les prier de vous permettre que vous leur baisiez la main de ma part. Nous avançons à grands pas vers Saatz. Je ne sais si le grand-duc pourra nous rejoindre pour s'opposer à notre jonction avec le maréchal de Broglie ; après cela nous verrons qui se fera place.
Je supplie Votre Excellence d'être persuadée du trèstendre attachement avec lequel j'ai l'honneur etc.
Maurice de Saxe.
XLvn.