‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 84 sur 103 · MAURICE AU DUC DE SAXE-WEISSENFELS · texte numérisé non relu

MAURICE AU DUC DE SAXE-WEISSENFELS

Départ de Poniatowgki. — La jonction manqnée.

Au camp de Schlàckenwebtii, le 17 octobre 1742. Monseigneur,

Je profite du départ de M. de Poniatowski pour renouveler à Votre Altesse Sérénissime les assurances de mon respect et de mon tendre attachement. M. de Poniatowski *) pourra Lui rendre compte des fautes qu'il

>) Le comte Poniatowski, le 8 octobre déjà, avait écrit an duc de Weiasenfels:

„ Nous avons décampé dans la nnit du 5 au 6, pour aller sur

Egra; nous avons campé à moitié chemin à (illisible). M. le comte

de Saxe a fait l'arrière-garde, qui a commencé à marcher à 9 heures du matin , tambour battant. Le comte avait fait la plus belle disposition du monde ; les troupes se repliaient les unes sur les antres, en marchant par trois colonnes. Pour rendre cette retraite remarquable, il n'a manqué qu'une chose, e'eet que notre arrière-garde ait été attaquée. Quand même tonte l'armée serait venue, elle n'aurait pas eu de prise sur nous. L'armée a marché hier encore sur Egra, et a pris un camp h une lieue de la

Maurice pkint par lui -m£me.

nous a vu faire. C'est souvent une école plus utile que les succès. Nous avons été à quinze lieues de Leitmeritz. J'étais pour la troisième fois maître des déniés qui pouvaient seuls nous empêcher d'aller nous joindre à nos braves troupes qui sont à Prague. Mais l'on n'a pas voulu ni me croire, ni me suivre. Je m'en consolerai, Monseigneur, si dans ces différentes opérations je puis me natter d'avoir mérité quelque approbation de votre part.

Poniatowski est en état de vous rendre un compte très -exact; il est intelligent, et voit les choses avec les yeux d'un homme de métier.' Je m'en vais faire une arrière-garde fort longue et fort pénible; je ne sais ce que la fortune me réserve, mais il faut bien dans notre métier prendre les bonnes et les mauvaises commissions comme on nous les donne.

J'ai l'honneur d'être avec respect, Monseigneur, de Votre Altesse Sérénissime le très -humble et très-obéis- * sant serviteur Maurice de Saxe.

XLvni.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Ignorance ou infidélité? — Retraite. — Maurice chargé de Tanière-garde.

Au camp de ScnLACKENWEimi, le 17 octobre 1 742. Monsieur,

Je profite du départ de Bulow pour renouveler à Votre Excellence les assurances de mon tendre attachement.

ville. La réservé du comte de Saxe campe au delà de la rivière

Je ne sais plus que penser sur le chapitre de M. le maréchal (Maillebois) ; la tête lui tourne; «es démarches n'ont aucun but Le comte de Saxe en convient."

LRTTRK8 INEIHTK8. (1742.) 467

M. de Bulow pourra faire à Votre Excellence un ample détail des énormes fautes que nous avons faites ; elles

v sont si grossières, que l'on ne sait si on doit les attribuer à l'ignorance ou à l'infidélité. Je suis chargé d'une bonne commission, c'est de faire une arrière-garde de douze lieues, et peut-être jusqu'au Rhin. Il n'y a que Dieu qui sache où nous allons; notre général1) n'en sait vraisemblablement rien, et je jure que je n'en sais rien non plus. A telle fin que de raison, je prie toujours Votre

. Excellence d'ordonner que l'on laisse arriver mon équipage h Chemnitz, jusqu'à ce que je sache ce que je deviendrai. Je voudrais bien être bientôt en Saxe, pour avoir l'honneur de vous voir, de faire ma cour au Roi, et enfin de me reposer un peu; car, en vérité, la fatigue que j'ai est énorme: ou je suis à cheval, ou j'écris, et à la longue le corps humain ne saurait y résister. J'ai l'honneur d'être etc.

Maurice de Saxe.

MAURICE A AUGUSTE m.

Prévision» de Maurice sur l'issue de la campagne on Bavière.

SlRE à Deggendorp, le 28 avril 1743.

L'on m'a envoyé de la cour de France le raisonnement ci -joint. Votre Majesté verra par la réponse que j'y ai faite quelles sont mes idées sur la campagne que nous allons faire. Pteut-étre ces papiers auront-ils le

>) Le maréchal de Maillebois.

468 Maukick peint pab loi -Heine.

bonheur d'amuser un moment Votre Majesté, quoique la matière qui s'y traite soit d'une nature fort sérieuse.

M. de Khevenhuller a mis ses troupes en mouvement. Il pousse un corps considérable de milice hongroise dans le pays de Salzbourg. Je pense que c'est pour aller par le Tirol tomber dans la plaine de Bavière au-dessus de Munich, pour y faire des dégâts; ce qui ne causera pas une médiocre affliction parmi les Bavarois; et leurs cris obligeront l'empereur à retirer une partie des troupes qu'il a à Braunau pour boucher ce trou-là. Il nous proposera sans doute de prendre leur place, en nous mettant entre l'Isar et l'Inn. Si nous le faisons, nous ferons une grande faute. Mais la cour de France, qui ne connaît pas le terrain, défère souvent aux prières de l'empereur, qui n'y entend pas grand'chose, et l'on est obligé de faire des démarches qui, on le sent bien, sont désagréables. La faute en retombe sur les généraux. C'est un des désagréments de notre métier. Il est certain que, si nous nous conduisons bien, la partie est entre nos mains, et cela sans combattre, purement par la nature du pays et nos positions. Mais Dieu dirige les esprits, et les aveugle quand il les veut perdre. La mienne *) arrivera quand elle voudra, pourvu que je n'aie jamais le malheur de déplaire à Votre Majesté.

Je suis avec la soumission la plus profonde, Sire, de Votre Majesté le très -humble, très-soumis et trèsobéissant serviteur Maurice de Saxe.*)

>) C'est-à-dire ma perte.

*) Maurice était allé panser quelques semaines à Paris, et venait de rejoindre le maréchal de Broglie à Amberg, le 5 avril 1743.

Lettres inkditks. (1743.) 4 69

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Affaire de Braanau. — Les prévisions de Maurice justifiées. — Conférences avec Charles VII et Seckendorf à Munich.

Monsieur, ^ Ambebq, le 17 mai 1743.

Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai reçu sur l'affaire arrivée à Braunau quelques détails, que je me donne l'honneur d'envoyer à Votre Excellence. La perte des Bavarois se trouve, je crois, plus grande que M. de Seckendorf ne l'annonce dans sa lettre à Sa Majesté Impériale. Si Sa Majesté veut se souvenir du contenu du raisonnement sur la campagne prochaine que je lui ai fait remettre, il y a une quinzaine de jours environ, elle trouvera que je n'étais point d'opinion que l'on laissât des troupes entre l'Isar et l'Inn. J'ai été, le 6 de ce mois, à Munich pour persuader à l'empereur les dangers de cette position; j'ai été auprès de M. de Seckendorf dans le même dessein ; mais je n'ai rien pu obtenir d'eux. Ils ont fait là une triste expérience de la prévoyance du maréchal de Broglie et de la mienne. Le fond de tout cela est la crainte de payer des contributions; ce qui regardait principalement les terres de M. de Tœrring et autres gens de la cour de l'empereur. Il faut tâcher de réparer cet échec, et je vais y travailler. Personne n'est plus attaché à Votre Excellence (et je La prie d'en être persuadée) que son très -humble et très -obéissant serviteur

Le comte de Saxe.

Le camp des Bavarois près de Simbach fut pris d'assaut par Nadasdy et Berlichingen, et les Bavarois refoulés perdirent

470 Maurice peimt pab lvi-hémh.

beaucoup de monde; quelques fuyards parvinrent à se sauver à Braunau. (V oyez : von Arneth, Maria Theresia's erste Regierungsjahre, T. H., p. 218.) Après la retraite des Frauçais sur la rive gauche de Nsar, Dingelfing tomba au pouvoir de Daun, le jour même où Maurice écrivit la lettre qui précède; le 18 mai le prince Charles était déjà devant Landau, et le 27 Deggendorf fut abandonné par les Français. Le 6 juin enfin le prince Charles passa sur la rive droite du Danube. (Ibidem p. 250 — 255.)

Bruhl répondit, le 20 mai: „Sa Majesté s'est fort bien souvenu du jugement que Votre Excellence a porté d'avance sur la campagne; la solidité de ce jugement ne se manifeste que trop." ....

On connaît la „ Relation" en date de Straubing, le 8 mai 1 743 (Campagnes de M. le maréchal de Rroglie etc. T. VIII., p. 154), dans laquelle le comte de Saxe rendit compte de ses pourparlers avec Scckendorf et Tœrring, ainsi que de l'audience que Charles VII lui accorda à Munich. Impossible de ne pas être frappé, en lisant cette pièce, de la perspicacité remarquable de l'auteur. L'événement confirma toutes ses prédictions.

MAURICE A AUGUSTE III

. Copie d'une lettre a l'ambassadeur de France h Dresde. — Sinistres prévisions do Maurice. — L'houneur Beul le relient a Tannée.

$JKEf Inoolstadt, le 13 juin 1743.

Je prends la liberté d'envoyer à Votre Majesté la copie d'une lettre que j'écris à M. le comte Des Allçurs. Comme les choses ne tournent pas à notre avantage !), je crains qu'il ne la montre pas à Votre Majesté. C'est, Sire, ce qui me fait prendre le parti de vous l'envoyer.

') Broglie, en effet, quitta ïngolstadt le 21 juin, et déclara h Charles VII à Donauwerth que l'année Iran v aise évacuait la .Bavière.

Je crois que nous pourrions bien recevoir Tordre de nous rapprocher de M. de Noailles et d'évacuer la Bavière. Notre cavalerie est complète, mais nos bataillons sont à 300. Les Français désirent plus que les ennemis d'être hors de ce pays; et moi, je voudrais être à Dresde, pour y jouir du bonheur de voir votre auguste face, et de faire ma cour à Votre Majesté. Je me lasse enfin de voir des cadavres épars de tput côté et privés de sépulture. Mais il faut que j'y reste encore malgré moi; c'est une affaire d'honneur, et elles ne sont pas toujours agréables.

Rien ne peut égaler le respect et la soumission avec lesquels je serai toute ma vie, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très-soumis et très -obéissant

Maurice.

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