LU
MAURICE AU COMTE DE BRUHL
Les huHMrdx autrichiens et les marodcurs français.
Monsieur * Inqolstadt, le 13 juin 1743.
Je prends la liberté d'adresser à Votre Excellence les paquets ci -inclus. Je ne l'ennuierai pas par une répétition de ce que contient celui au Roi, parce qu'Elle le verra vraisemblablement. Messieurs les Autrichiens ont le diable au corps. C'est un peu de notre faute. Les hussards ont fait hier quelque chose d'assez plaisant: ils ont attrapé une vingtaine de nos marodeurs, les ont dépouillés tout nus, et leur ont donné force coups de bâton, en leur disant que c'était pour leur apprendre à
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rester avec leur drapeau et à ne plus faire les libertins. J'ai vu arriver ce troupeau tout nu, et je n'ai pu m'empécher d'en rire avec toute l'armée.
L'on ne saurait être etc. Maurice de Saxe.
LHI.
MAURICE A# AUGUSTE III
Kctraite. — Maurice placé à la tête d'une armée en Alsace. Sm£f à Spire, le 25 juillet 1743.
Notre destinée est de nous retirer, et j'en suis d'autant plus affligé que cela m'éloigne de plus en plus de Votre Majesté. On m'a donné le commandement d'une armée dans l'Alsace; et, comme j'ai Landau, Strasbourg, Befort et Huningue à défendre avec plusieurs autres places, Votre Majesté jugera aisément que l'armée que je pourrai mettre en campagne pour empêcher M. le prince Charles d'entrer en Alsace *) ne saurait être bien considérable; mais j'y ferai de mon mieux, et je tâcherai de répondre à la confiance dont la cour de France m'honore. Pour un Allemand, et pour un luthérien surtout, ce n'est pas peu de chose. Que Dieu me tire bien de ceci, et je lui promets une belle chandelle. M. de No ai lies avec son armée est destiné à suivre les Anglais ; il se porte sur Luxembourg; son armée est plus forte et meilleure que la mienne. Il ne m'a donné que les épluchurea de la sienne, et m'a pris ce qu'il y avait de meilleur dans
«) Les Français venaient de perdre , le 27 juin 1743, la bataille do Dettingen.
LsTTRSS IH&DITKS. (1743.) 473
celle de Bavière; mai» celui qui fait les parts, fait ordinairement la sienne bonne.
Voilà, Sire, où j'en suis; mais de toutes les choses flatteuses qui puissent m'arriver dans ce monde, il n'y en' a point qui me soit si chère et si précieuse que la continuation des bontés, Sire, dont Votre Majesté daigne me donner si souvent des marques. Ma soumission et mon profond respect égaleront toute ma vie ma reconnaissance, et tous les sentiments avec lesquels je ne cesserai d'être jusqu'au tombeau, Sire, de Votre Majesté le très-humble, très- soumis et fidèle
Maurice de Saxe.
MAURICE A AUGUSTE III
Départ du roi d'Angleterre et du prince Charles de Lorraine. — Fin de la campagne. — Situation générale des affaires. — Position personnelle de Maurice. — Déboires et jalousies. — Accident arrivé au roi Auguste.
Au camp dè Langen-Schleitjial »), sur la Lauter, Srai, le 10 octobre 1743.
Je profite du départ du comte de Vitzthum2) pour me mettre aux pieds de Votre Majesté et vous renouveler, Sire, les humbles assurances de mon profond respect Le roi d'Angleterre partit hier avant moi sans prendre congé de moi; quoique cela ne soit pas poli, j'en ai été bien aise, car il m'a causé quelques insomnies avec sa grande vilaine armée. Dieu le conduise, lui donne
') Schleithal près Lauterburg, en Alsace; Maurice écrit: LangtncMeiihal sur la Loutre.
•) Jean-Frédéric, comte Vitzthum d'EckBtasdt (voyez p. 112), avait fait la campagne de 1743 avec l'armée française en voloutaire.
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bon voyage et bon vent pour revoir l'Angleterre. 11 est apparent que M. le prince Charles s'en ira vers le lac de Constance. Il fera bien ; car, sans cela, nous pourrions bien le galoper, pour peu qu'il tardât à s'en aller. Je compte donc la campagne finie; je crois même que nous n'en avons point l'année prochaine, parce que, lorsque nous serons remis de nos pertes et les troupes rétablies (ce qui sera cet hiver), les alliés de la reine de Hongrie (ou, pour mieux dire, ses auxiliaires) n'oseront venir nous regarder (à moins qu'elle n'en trouve un plus grand nombre: à quoi il n'y a pas d'apparence), si nous restons dans nos frontières. Voilà, Sire, ce que je pense et que je désire pour avoir le bonheur de présenter mes hommages à Votre Majesté.
Ils m'ont un peu halbrené ici, en m'ôtant le commandement de l'armée en Haute- Alsace, et, quoique la chose ne fût pas faite pour moi directement, cela m'a déplu. Le maréchal de Noailles qui m'aime, a tout le i ministère contre lui, à cause de son mérite et de l'amitié que le roi lui porte. Ils ont voulu diminuer son autorité et le mettre au hasard de faire des fautes, en lui donnant un collègue avec lequel il n'est pas bien1). Ensuite, ils ont établi que la Haute-Alsace était la partie la plus dangereuse et la plus menacée, et l'ont tellement dépouillé de ses troupes qu'il ne pouvait tenir aucune contenance devant le roi d'Angleterre, ce qui l'a obligé d'abandonner la ... . (illisible); et il se serait retiré jusque sous Strasbourg, et aurait abandonné la Basse-Alsace aux ennemis, si je ne m'étais offert avec 20 mille hommes qui lui restaient à peu près. Il m'a donc remis ses troupes,
>) Le maréchal de Coiguy.
Lktthks imAihtko. (1748.)
me disant qu'il ne voulait pas déshonorer ses cheveux blancs. Je me suis barricadé sur la Lauter, et par mes soins j'ai sauvé la France de cet affront. Je ne sais s'ils en sont reconnaissants à la cour, au fond du cœur, car je soupçonne que la plupart auraient été bien aises d'avoir quelque chose à imputer au maréchal de Noailles; mais je m'en consolerai; j'ai fait ce que j'ai dû. L'on a peine à concevoir, quand on y réfléchit, que les animosités particulières puissent mettre les Etats et les souverains à deux doigts de leur perte.
J'ai appris, et j'en frémis encore, l'affreux accident qui a pensé arriver à Votre Majesté et à la Reine, en voiture; je sais le train quElle va, et, de ma fenêtre, je la vois versée contre les piliers. C'est un miracle que Votre Majesté ne se soit pas tué. Je me flatte, sans l'espérer, que les écuyers auront au moins recommandé aux cochers de diminuer le train dans les tournants. Dieu le veuille, et me ramène bientôt pour jouir du bonheur de revoir le plus auguste et le meilleur de tous les maîtres.
Je supplie Votre Majesté d'être persuadé que le respect profond et la soumission sont des parties que ne cessera jamais d'avoir pour Votre Majesté le très-humble, très-obéissant et très-soumis serviteur
Maurice de Saxe.
Le dessous des cartes de cette campagne: les jalousies de cour, les méfiances de Louis XV, et l'amitié du maréchal de Noailles pour Maurico ont été mis au grand jour par la Correspondance de Louis A l' et du maréchal de Noailles, publiée par M. Camille Roussct (Paris 1805). Nous renvoyons le lecteur à la lettre de Louis XV du l,raoût 1743 (T. I., p. 178), et à la réponse du maréchal de Noailles en date de Spire, le 8 août de la
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m même année (T. I., p. 209); réponBe qui réfute victorieusement les imputations de ceux qui voudraient représenter Maurice comme un aventurier, «toujours prêt à vendre son épée" aux ennemis de la France »). On sait que Maurice justifia pleinement la confiance du duc de Noailles, et que, le 4 octobre 1743*) déjà, il put en toute vérité écrire à Bruhl: „ J'ai été le bouclier de la Haute -Alsace." •