‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 87 sur 103 · MAURICE AU DUC DE SAXE-WEI8SENFEL · texte numérisé non relu

MAURICE AU DUC DE SAXE-WEI8SENFEL

(EXTRAIT

Explications stratégiques.

Monseigneur, ^u camP Contrat, ce 22 août 1744.

La campagne n'est pas bien vive jusqu'à présent, et ne

fournit que de légères occasions de se distinguer. Je ne sais si cela viendra.

Messieurs les alliés sont à deux lieues de Lille; ils ont apparemment cru me déposter. Il me semble que je les incommode ici pour l'exécution de leurs projets, parce qu'ils ne peuvent faire venir* leur artillerie par le canal de Bruges à Gand, ni par l'Escaut, de Gand à Tournay. Outre cela ils n'oseraient passer en avant pour aller à Douay, parce qu'ils ne pourraient soutenir leurs communications avec Tournay, d'où ils tirent du pain. Pour les empêcher de pousser leurs postes dans la plaine de Leuse et dans le Hainaut, j'ai placé sous Douay vingtquatre escadrons, et sous Lille autant, pour couper la retraite au corps qu'ils pourraient pousser au delà de l'escarpe ou de la Deule; ce qu'ils n'ont encore osé entreprendre.

Voilà, Monseigneur, nos différentes positions, et j'espère m'en tirer, quoique les ennemis me soient supérieurs en nombre. Us sont venus vis-à-vis de moi et ont eu' l'intention de m'attaquer, mais ils ont changé d'avis, et je crois qu'ils ont bien fait.

Oserai-je prier Votre Altesse de dire à M. de Diemar que ces gens-là ne sont pas si mauvais qu'il me l'avait dit à Naurabourg? Le M. de Saxe.

478 Maoticr pbint pak uri-irihiu.

MAURICK A AUGUSTE III.

Exposé sur la politique de France aprt-» la mort de l'empereur Charles VII. — Maurice engage Bon frère k se mettre sur le» rangs et h se faire «'lire empereur d'Allemagne.

à Pakis, le 4 mars 1745.

Mon attachement pour les intérêts de Votre Majesté me sollicite depuis plusieurs jours à vous écrire, Sire, sur ce qui se passe dans cette cour, où les choses relatives à mon détail militaire me mettent à portée de parler quelquefois aux ministres sur les (affaires) politiques.

L'on peut dire qu'aucune circonstance encore n'a présenté autant d'intérêts différents aux yeux de tout le monde que la mort de l'empereur !). Tous les vœux dans ce pays se réunissent pour Votre Majesté sur cette grande dignité, et l'on craint quelquefois que la prudence de Votre Majesté ne l'en éloigne trop. C'est pourtant un cas, Sire, où il faut que Votre Majesté se livre à quelque embarras de plus, pour procurer la paix à l'Europe, et assurer sa propre tranquillité peut-être.

La cour de France continue dans les mêmes sentiments d'opposition à l'égard de la maison d'Autriche, et fera tous ses efforts pour soutenir un autre candidat, supposé que Votre Majesté ne voulût pas se mettre sur les rangs et se prêter à l'objet qui parait si intéressant pour Elle, pour sa maison, et pour le bien général de l'Europe.

La circonstance est délicate et pressante pour la cour de France; car, bien qu'elle n'exige pas de Votre

i) Charles VII, de Havière, mort le 20 janvier 1745.

Lxttkks utom». (1746.) 479

Majesté des démarches marquées, ou qui puissent nuire aux mesures que Votre Majesté a cru devoir prendre, il lui est cependant essentiel d'être assurée, premièrement de la volonté de Votre Majesté, en second lieu de son amitié.

La dignité impériale n'est pas un objet que l'on regarde avec indifférence dans ce pays-ci: elle influe trop sur les démarches du corps germanique; ainsi c'est un point essentiel auquel le ministère de Votre Majesté doit s'appliquer, que de rassurer la cour de France sur ce qui pourrait lui être suggéré à cet égard.

Il me parait que l'affaire de la succession de la maison d'Autriche n'est pas l'objet qui attirera à présent la plus grande attention; mais, si elle reprend et cause la continuation de la guerre, elle ne pourra qu'être avantageuse à Votre Majesté, étant revêtue de la dignité Impériale.

D'ailleurs, si la reine de Hongrie mourait, la tutelle de ses enfants, qui appartient de droit à Votre Majesté, ne souffrira pas de contradiction ; au lieu que, si le grandduc, par les hasards d'une longue guerre qui désolerait l'Allemagne, obtenait l'Empire, il serait difficile de la lui disputer (la tutelle). Si, d'un autre côté, Votre Majesté considère la puissance que cette dignité Lui donne contre le roi de Prusse, Elle trouvera qu'à tous égards ce Lui est une nécessité de faire les démarches qui peuvent La mener à ce but, sans se mettre à découvert.

Enfin, Sire, il ne me paraît pas que l'on soit à la cour de France dans le dessein de rien exiger de semblable de Votre Majesté, et il y a apparence que les alliés de la reine de Hongrie (voyant la résolution ferme et constante de la cour de France de se déclarer en

480 MA0HICB PSDCT PAR LOT-MIME.

faveur de Votre Majesté, à l'exclusion de la maison d'Autriche) seront eux-mêmes les premiers à concourir à Lui déférer la couronne impériale.

Dieu dirige toute chose, Sire, et est le maître du sort des armes; mais, si l'on compare nos moyens à ceux de la ligue de la maison d'Autriche, il n'y a effectivement qu'un miracle qui puisse faire pencher la balance de son côté.

Je prends la liberté de joindre à cette lettre un état des forces de la maison de Bourbon, et de celles de la maison d'Autriche, et des alliés de part et d'autre, par lequel Votre Majesté verra que la supériorité de la maison de Bourbon est de trois cent mille hommes *). Je sais que ces calculs peuvent être disputés; mais quand on diminuerait le nombre des alliés de la France de cent mille hommes, elle demeurerait toujours supérieure de deux cent mille hommes.

Quelque mouvement que les négociateurs du parti autrichien se donnent, ils trouveront difficilement les moyens de remplir ce vide pour donner une apparence d'égalité à leurs forces.

Mais je m'égare en vains propos. Votre Majesté est si éclairée sur toutes les circonstances de la position

») Etat des forées de la France et de *es Alliés:

Français 322,000 hommes,

Espagnol» 80,000 „

Siciliens 80,000

Prussien* 160,000

Havarois 80,000 „

Palatins 9,000

Hessois 9,000

630,000 hommes.

Etat des forets de 1 Autriche et de ses Alliés:

Autrichiens .... 120,000 hommes,

Saxons 40,000

Hannovriens . . . . 30,000 „

Hollandais 80,000

Anglaia 20,000

Piémontais . . . . . 40,000

380,000 hommes.

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