‹ Maurice, comte de SaxeChapitre 88 sur 103 · OM · texte numérisé non relu

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présente de l'Europe, que ce serait abuser de Ses bontés de L'en entretenir plus longtemps. Mon but n'a été, en écrivant cette lettre, que de donner à Votre Majesté une preuve de mon attachement pour sa personne et du très-profond respect avec lequel je suis, Sire, de Votre Majesté le plus humble, le plus fidèle et le plus soumis serviteur Maurice de Saxe.

Cette lettre fut inspirée par le marquis d'Argenson, ministre des affaires étrangères, qui, déjà le 27 janvier, jour où il reçut la nouvelle du décès de Charles VII, avait fait au comte Loss des ouvertures semblables. Ces ouvertures avaient été déclinées: „le Roi, notre maître, avait répondu BruhJ, le 17 février, n'ambitionne pas cette dignité suprême, accompagnée de tant de peines et de dépenses; bien moins encore au prix de perpétuer la guerre, ce qui arriverait si la France devait soutenir cette élection, ainsi qu'elle s'y offre, par la force des armes."

Auguste in écrivit dans le même sens à Maurice (26 mars), et donna deux mois après sa voix à l'époux de Marie -Thérèse, élu empereur le 18 septembre 1745.

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

Mfme sujet — Explication sur la destination do l'arméo du Bas- Rhin. — Louis XV attendu en Flandre.

Mo^sœub, à Lille, le 11 avril 1745.

J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, dans laquelle était celle du Roi, et le Mémoire raisonné sur les différents objet» auxquels'la situation de Sa Majesté l'oblige d'avoir attention. Rien n'est mieux expliqué. Votre Excellence aura pu

482 Matoici pktnt par LUI - MÊME.

voir par le contenu de la mienne à Sa Majesté, en date du 4 de mars, que j'avais pris d'avance les mêmes points de vue.

Quant à l'article du Mémoire où il est question des raisons qui engagent Sa Majesté très-chrétienne à avoir une puissante armée sur le Bas-Rhin, je puis assurer Votre Excellence qu'elles n'ont pas pour objet de forcer l'élection d'un Empereur, mais d'empêcher qu'on ne la force. Il y en a encore une autre, qui est militaire, qui persuadera Votre Excellence de la vérité de ce que j'ai l'honneur de lui avancer; elle part de la prudence que tous les souverains doivent avoir de leur propre conservation et de celle de leurs alliés. Ceux de la reine de Hongrie se proposaient de détacher par la force le landgrave de Hesse, l'électeur Palatin, de faire déclarer les cercles contre la France (ce qui aurait entraîné la ruine de l'électeur de Bavière) ; il a donc bien fallu faire cette démarche, d'autant plus qu'elle fait une puissante diversion en Flandre, et qu'elle assure notre communication avec la Bavière.

Nos opérations vont commencer incessamment; le Roi très-chrétien les honorera de sa présence, ce que j'aurais bien voulu éviter, mais cela n'a pas été dans mon pouvoir.

J'espère que nous verrons M. de Loss à la suite de Sa Majesté très- chrétienne; je ferai mon possible pour lui donner des marques de mon zèle et de mon attachement pour le service du Roi. etc.

M. de Saxe.

Lettres nréorres. (1745.) 4 8 3

MAURICE AU COMTE DE BRUHL

(EXTRAIT

Mouvement qui amena la bataille de Fontenoy. Monsieur, Du camp devant Tournât, le 28 avril 1 745.

J'ai fait investir hier Tournay, et j'arrive aujourd'hui avec le reste de l'armée devant cette place, pour en faire

fe siége M. de Saxe.

Ce sont les seules lignes de la main de Maurice que possèdent les archives de Dresde sur la campagne de 1745. Quinze jours après, le 11 mai, le maréchal de Saxe, sans lever le siége de Tournay, battit les alliés à Fontenoy. Cette victoire, selon Voltaire, „ sauva la France", et assura à Maurice, n'en déplaise à M. Carlyle, une gloire immortelle. Une publication toute récente1) prouve que l'armée française a ratifié le jugement de Frédéricll sur le héros de Fontenoy2), et on ne lira peut-être pas sans intérêt, dans les dépêches inédites du ministre de Saxe, comte de Loss9), quelques détails nouveaux sur cette mémorable journée:

») L'armée française en 1867. (Paris 1867.) p. 12.

«) . . . „On agitait cette question rebattue, «avoir laquelle des batailles gagnées faisait le plus d'honneur au général ? . . . Pour moi, je fus d'avis que c'était la victoire qu'un général à l'agonie avait remportée sur les ennemis delà France." FrédériclIàMaurice. Oeuvres de Frédéric le Grand, T. XVII, p. 309.

*) Loss se trouvait à Sceaux, en visite chez Madame la duchesse du

Maine, lorsque cette princesse reçut le lendemain de la bataille ce premier

bulletin de victoire: nu • -iia*

Ce 11 mai 1745.

„ Je me sers de l'occasion du courrier du Roi, qui écrit sur un tambour, pour mander à Votre Altesse Sérénissîme le gain do la bataille k Anthoin, qui a été très-balancée, mais déterminée par la maison du Roi. J'écris à cheval pour ne pas manquer l'occasion. Monseigneur le comte d'Eu se porte à merveille." Loss, sans indiquer le correspondant de la duchesse, envoya, le 13, ce billet à Dresde, en 7 joignant les lettres que, du champ de bataille, Louis XV et le dauphin avaient écrites à la reine de France. Le diplomate saxon était

484 MaDIUCE PRIKT PAR LOTMÊMK.

LE COMTE DE LOS8 AU ROI AUGUSTE m.

(EXTRAIT

gmE à Paris, le 16 mai 1745.

Bien que je doive supposer que le maréchal comte de Saxe aura déjà envoyé à Votre Majesté sur l'affaire de Fontcnoyune relation circonstanciée, je n'ai néanmoins pas voulu omettre de mon côté de me donner l'honneur de Lui envoyer celle que la cour vient de publier dans les gazettes publiques, et qui est la même qu'un courrier dépêché le 13 par le Roi très-chrétien a apporté à la Reine à Versailles •).

J'y ajouterai les particularités suivantes, que j'ai recueillies dans les différentes lettres que j'ai vues de plusieurs officiers qui se sont trouvés à cette bataille.

Il est constant qu'au premier choc des Anglais et des Hanovriens, qui ont combattu avec une valeur incroyable, la première ligne tant d'infanterie que de cavalerie française a plié, et on peut dire hardiment que la bataille était perdue pendant plus d'une heure et demie pour ces derniers. Le régiment des gardes surtout s'était enfui aux premiers coups de canon que les Alliés ont tirés de leur artillerie, saus qu'il ait été possible de le ramener à la charge. En un mot, les choses étaient allées au point que le maréchal de Noailles, croyant tout perdu, conseilla au Roi de songer à sa sûreté et de quitter le champ de bataille. Il y a même apparence que ses avis auraient été suivis, sans la fermeté du maréchal de Saxe qui s'y opposa, et qui représenta, avec une sorte de vivacité, à Sa Majesté: qu'il fallait vaincre ou mourir, et que la situation où l'on se trouvait n'était pas encore si désespérée qu'il n'y eût moyen d'y remédier, pourvu qu'on le laissât faire, et qu'on ne le troublât pas dans ses opérations.

Dans cet instant le maréchal fit charger si à propos le corps anglais, qui avait déjà enfoncé le centre, par le comte

') Les relations officielles so trouvent: Lettres et Mémoires T. I., p. 1G5— 230; le rapport du maréchal de baxe au comte d'Argeuson, ib. p. 230.

LKTTBKS lMfc[>!TKt>. (174Ô.) 485

de Loowendal, à la tète des régiments irlandais et de quelques autres brigades (le maréchal prenant lui-même les carabiniers et les débris de quelques brigades d'infanterie qu'il avait pu rassembler), qu'il obligea les Anglais à reculer, et donna le temps à la maison du Roi de s'avancer, qui fondit avec tant de fureur sur les Anglais que leur corps, dont ils avaient formé un bataillon carré, fut détruit presque dans un quart d'heure ; et depuis ce moment la victoire se déclara pour les Français. Les Irlandais ont fait merveille. L'aile droite des Alliés, où étaient les Hollandais, n'a pas donné, le feu que les Français ont fait de leur artillerie les ayant tenus en respect, et leur ayant tué une infinité de monde, sans que jamais ils aient osé approcher.

Toutes les lettres, même des gens impartiaux, font l'éloge du Roi très-chrétien et de M. le Dauphin, et parlent avec admiration de la fermeté et de la présence d'esprit que le premier a montrées dans ces circonstances critiques. Mais elles conviennent, en même temps, que le gain de la bataille est dû aux sages dispositions du maréchal de Saxe, qui, malgré le mauvais état de sa santé, a trouvé des ressources en luimême pour soutenir les fatigues qu'il a eu à essuyer le jour de cette action, et qui s'est porté partout pour rétablir l'ordre

dans les troupes

Jean -Adolphe comte de Loss.

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