I . Variante : Pour avoir le goût des voyages
Leurs cœurs par des liens trop doux Sont retenus sur ses rivages.
Non, non, pendant vingt ans d'orage Les Pcnclopcs dos villages Ne vivraient pas loin d'un époux.
Pour Tabscnce la moins durable Faut-il quitter ce seuil charmant Comme les pigeons de la table ?
SOLITUDE CHÉRIE îîqS
Ils ne se quittent qu'en pleurant.
Et je trouve leur goût charmant
Et leur philosoi^hie aimable.
Ami, tel est sans y surfaire
Le séjour où faute de mieux
J'ai su comme mes bons ayeux
Trouver le secret de me plaire.
Le roitelet s'endort joyeux
Dans son nid caché sous le lierre.
Ainsi que l'aiglon près des cieux.
Le palais le plus magnifique
Aurait-il pour moi plus d'attraits
Que cette demeure gothique
Où mon père aimé comme un roi
Sans trop de peine fait la loi
A sa petite république ;
Où sa tendresse et notre amour
Nous font trouver dans ce séjour
Plus qu'un monde qui nous oublie ?
Non, les faveurs qu'on en publie
N'égaleraient pas l'agrément
De ma solitude chérie.
L'avenir comme le présent
Là ne causent ni soins ni crainte ;
Libre enfin de toute contrainte
On peut chanter, rire d'autant.
Et loin de la maudite engeance
Des médisans et des jaloux.
Sur les sages et sur les fous
Dire chacun ce que l'on pense,
Sans s'exposer à la vengeance
De mille têtes à l'envers.
Mais laissant aux esprits diserts
Le vaste champ de la critique
Et celui de la politique,
Nous parlons de prose ou de vers
Plus que du train de l'univers ;
Surtout l'aimable poésie
Fait le charme de notre vie.
Et toute la cour d'Apollon Souvent au gré de notre envie Comparaît dans notre salon.
Tel guidé par la fantaisie Le papillon va * voltigeant Sur chaque fleur de la prairie Et de leur parfum différent Savoure la douce ambroisie:
Ainsi nous passons tour à tour Du romancier au troubadour, De la chanson à l'élégie, Et d'Homère à l'auteur du jour.
; ^ Tes chants, sublime Lamartine,
V Sont venus jusqu'à nos déserts.
Quel astre étonnant te domine ?
Quel luth jamais dans l'univers Egala ta harpe divine ?
Oui, tel que l'aigle audacieux Qui descendu vers notre sphère Daigne un instant raser la terre Et soudain se perd dans les cieux :
Tel dans l'essor de ton génie Tu te dérobes à nos yeux, Transportant notre ame ravie Jusques dans le séjour des Dieux.
O toi, né pour chanter leurs fêtes éternelles, Quel mortel peut louer tes hymnes immortelles ? Ah! si jamais, sensible à tes nobles accents. Sur des tons assez hauts je puis monter ma lyre. Je chanterai le jour où tes accords puissants Firent naître en mon sein l'harmonieux délire.