‹ Maurice de GuérinChapitre 107 sur 125 · I . Variante : Pour avoir le goût des voyages · texte numérisé non relu

I . Variante : Pour avoir le goût des voyages

Leurs cœurs par des liens trop doux Sont retenus sur ses rivages.

Non, non, pendant vingt ans d'orage Les Pcnclopcs dos villages Ne vivraient pas loin d'un époux.

Pour Tabscnce la moins durable Faut-il quitter ce seuil charmant Comme les pigeons de la table ?

SOLITUDE CHÉRIE îîqS

Ils ne se quittent qu'en pleurant.

Et je trouve leur goût charmant

Et leur philosoi^hie aimable.

Ami, tel est sans y surfaire

Le séjour où faute de mieux

J'ai su comme mes bons ayeux

Trouver le secret de me plaire.

Le roitelet s'endort joyeux

Dans son nid caché sous le lierre.

Ainsi que l'aiglon près des cieux.

Le palais le plus magnifique

Aurait-il pour moi plus d'attraits

Que cette demeure gothique

Où mon père aimé comme un roi

Sans trop de peine fait la loi

A sa petite république ;

Où sa tendresse et notre amour

Nous font trouver dans ce séjour

Plus qu'un monde qui nous oublie ?

Non, les faveurs qu'on en publie

N'égaleraient pas l'agrément

De ma solitude chérie.

L'avenir comme le présent

Là ne causent ni soins ni crainte ;

Libre enfin de toute contrainte

On peut chanter, rire d'autant.

Et loin de la maudite engeance

Des médisans et des jaloux.

Sur les sages et sur les fous

Dire chacun ce que l'on pense,

Sans s'exposer à la vengeance

De mille têtes à l'envers.

Mais laissant aux esprits diserts

Le vaste champ de la critique

Et celui de la politique,

Nous parlons de prose ou de vers

Plus que du train de l'univers ;

Surtout l'aimable poésie

Fait le charme de notre vie.

Et toute la cour d'Apollon Souvent au gré de notre envie Comparaît dans notre salon.

Tel guidé par la fantaisie Le papillon va * voltigeant Sur chaque fleur de la prairie Et de leur parfum différent Savoure la douce ambroisie:

Ainsi nous passons tour à tour Du romancier au troubadour, De la chanson à l'élégie, Et d'Homère à l'auteur du jour.

; ^ Tes chants, sublime Lamartine,

V Sont venus jusqu'à nos déserts.

Quel astre étonnant te domine ?

Quel luth jamais dans l'univers Egala ta harpe divine ?

Oui, tel que l'aigle audacieux Qui descendu vers notre sphère Daigne un instant raser la terre Et soudain se perd dans les cieux :

Tel dans l'essor de ton génie Tu te dérobes à nos yeux, Transportant notre ame ravie Jusques dans le séjour des Dieux.

O toi, né pour chanter leurs fêtes éternelles, Quel mortel peut louer tes hymnes immortelles ? Ah! si jamais, sensible à tes nobles accents. Sur des tons assez hauts je puis monter ma lyre. Je chanterai le jour où tes accords puissants Firent naître en mon sein l'harmonieux délire.

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