‹ Maurice de GuérinChapitre 118 sur 125 · VII. — Quelques remarques · texte numérisé non relu

VII. — Quelques remarques

I. — Parmi les amis de Maurice dont nous n'avons pas eu roccasion d'évoquer les noms, il convient de citer Bourdonnel, Francisque Michel, Philibert de Roqucfeuil. Il dut connaître également Pitre-Chevalier et le comte de Beaufort qui s'intéressèrent beaucoup, vers i843, à la publication des OEavres de Guérin. Il fréquenta le salon de la Renaudière, celui de la baronne de Vaux, celui de Madame Almaury de Maistre, née de Sainte-Marie, et sœur, comme nous l'avons dit, d'un de ses amis. Celle-ci envoya des nouvelles de Guérin à Eugénie, à diverses reprises. La sœur de ■Maurice séjourna plusieurs fois chez Madame de Maistre, en pi'ovince et à Paiis. Elle lui annonça le prochain mariage de son frère, le 3 août i838. Grâce à l'intervention de cette personne, un cahier volumineux de vers et de prose d'Eugénie fut communiqué à son illustre parent, Xavier de Maistre, qui apprécia ces œuvres comme annonçant un véritable talent et beaucoup de facilité (Lettre de Xavier de Maistre de mars ou d'avril 1889). Maurice avait composé une pièce de vers à l'occasion du mariage de Mademoiselle de Sainte-Marie, personne d'une haute distinction d'esprit, avec le baron A. de Maistre.

II. — Dans la lettre du 3 août i838, dont nous venons de faire mention, Eugénie fait allusion à des revers qui venaient de diminuer soudainement la fortune de ^lademoiselle de Gervain, la jeune fiancée de Maurice. Il est a remarquer que la famille de notre poète accepta cette perte, qui semble avoir été très élevée, avec une grande générosité d'âme. Caroline de Gervain avait une sœur, mariée à M. Frédéric Dulac. Si l'on veut savoir ce que devint Caro après la mort de son mari, il suffira de feuilleter la correspondance d'Eugénie, qui parle souvent de cette « ravissante créature en beauté, en qualités et vertu, Eve charmante, venue d'Orient pour un paradis de

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quelques jours... ; cette jeune femme est Indienne, élevée à Calcutta et venue à Paris il y a trois ans » (lettre du 19 juillet i84o). Caro continua d'habiter, jusqu'à son départ pour l'Inde, rue du Cherclie-Midi, n"i6. Elle mena, pendant tout ce temps, une vie très digne et très réservée. A en croire Barbey, elle n'avait pas aimé tout d'abord notre poète :

« Gaériii n'avait pas été tout d'abord aimé de sa femme, ce lotus indien, ce Biilbnl Blanc dont les rossignols et tous les poètes auraient été amoureux, et je la fis l'aimer, en développant dans son cœur d'incroyables jalousies et l'aimer au point que ce fut elle (une Enfant digne d'être Rosière, si elle n'avait été la Rose) qui le demanda en mariage! Cela n'était pas trop mal. Mais j'avais alors afTaire à un cœur de Vierge, débordant des plus adorables noblesses, et je la voyais tous les jours, et Guérin, comme le soldat de Fabert, m'obéit avec la docilité d'un chien aveugle. » (Lettre du 3 août i853).

III. — D'après un renseignement qui m'est fourni, Taine doit être cité parmi les admirateurs les plus convaincus de Maurice de Guérin. Je me suis abstenu de nommer nos contemporains : d'après toutes les données que j'ai recueillies, les fervents actuels de Maurice sont légion et comprennent bon nombre des lettrés les plus en vue de notre époque.

IV. — Le cachet de Maurice figurait un flambeau renversé la flamme en bas avec celle devise : Mare Plyruni (Virgile).

V. — 11 existe une lettre de Guérin à Rivière que Trébutien considérait comme l'une des plus remarquables de Maurice et qu'il regrettait de n'avoir pu publier.

VI. — Au moment où Guérin a été enlevé, il méditait un Hermaphrodite : «. Qu'est-ce que Gœthe eût pensé de cet homme-là (Guérin) et de son interprétation consubstantîelle de la Nature ;*... 11 parle (Guérin) dans une de mes lettres de sa rage de traiter des sujets insensés et d'un Hermaphrodite qu'il a longtemps rêvé, — un poème psychologique, sans doute, comme le Centaure. C'était insensé pour un autre que pour lui, mais pour lui c'était raisonnable. Il était lui-même une espèce d'hermaphrodite intellectuel. Son génie n'avait pas de sexe comme le génie de sa sœur. Il n'était jamais mâle, mais il n'était jamais efféminé non plus. C'était quelque

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chose de neutre et de sublime, comme l'Ange du catholicisme ou l'Androgyne de Platon. Voilà pourquoi il aimait tant le sexe dans le génie. Gomme il arrive toujours, il aimait ce qu'il n'avait pas, et il allait à l'homme intellectuel comme à la femme, parce qu'il avait en même temps, se nouant l'une dans l'autre, les deux Natures que Tirésias n'eut l'une qu'après l'autre... Voilà pourquoi il m'aimait, Moi ! comme talent et esprit avec ma Fougue de Satyre de tête et de cœur, et il admirait ma brutale fécondité de parole du haut de sa chaste stérilité de Demi-Dieu et de son isolement rêveur d'Immortel I Voilà pourquoi il aimait le génie de sa sœur, ce Génie lacté qui lui versait également la chaleur et la lumière ! et qui est plus humainement charmant, mais pas plus étonnant que le sien ». (Lettre de B. d'Aurevilly à Trébutien, 20 juillet i854). VII. — Le nom de la mère de Maurice est orthographié dans certains textes Fontanilles ; j'ai suivi la forme Fontenilles, qui figure dans les éditions du Journal et des Lettres d'Eugénie de Guérin.

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