AUREVILLY, SAND ET LE CENTAURE I
pelons que l'écrivain normand fut d'abord, dans cette œuvre si touchante de résurrection, le conseiller écouté d'Eugénie en même temps que l'arbitre littéraire le plus judicieux et le plus délicat. Quand on songe que l'édition actuelle des œuvres de Maurice ne fait pas même mention du nom de Barbey d'Aurevilly, et qu'on peut la lire d'un bout à l'autre sans connaître sa liaison avec l'auteur du Journal autrement que par un mot dit en passant, et sans savoir que les quinze lettres signalées dans l'article de George Sand lui sont adressées, on se prend à demander comment un tel oubli a été possible. J'ajoute que Barbey d'Aurevilly avait eu pleinement conscience de ce que devait être l'édition complète des œuvres de son ami : il avait conçu à cet égard les plans les plus justes et émis les vues les plus hautes. Nul doute que si cette édition se trouve prochainement refaite, comme il est souhaitable, les idées de l'auteur de V Ensorcelée ne soient encore infiniment utiles à connaître et même à suivre. Il demeure, comme il l'a déclaré, l'exécuteur testamentaire de ce talent merveilleux.
Quoiqu'il en soit, nous savons avec certitude que l'article de George Sand (i8/io), à la suite duquel paraissait le Centaure, publication qui fut le point de départ d'un enthousiasme extraordinaire dans le public lettré, peut-être sans analogue, par sa soudaineté, dans l'histoire de notre littérature, a été inspiré, « soufflé », comme il le dit lui-même, à George Sand, par d'Aurevilly. Ch. -Auguste Chopin
et son ami le poète Auguste Robert servirent d'intermédiaires dans la circonstance.
Barbey écrivait un an plus tard : « Je publierai incessamment un volume tout entier de G.deGuérin*. J'ai les matériaux d'un livre immortel ; bonheur aussi grand pour la littérature française que la publication des œuvres inédites d'André Cliénier. Je ferai précéder ce volume d'une vie intellectuelle de Guérin, pour avoir le droit d'écrire mon nom (le nom de son meilleur ami) en toutes petites lettres, au bas de son piédestal » (8 juin iS/ji). Il est donc décidé, dès ce moment, à écrire « sa vie de plongeur sous la cloche de cristal, à ce sublime pêcheur des plus belles perles qui aient jamais été tirées du fond des mers ». Depuis lors, plein de cette pensée religieuse, Barbey entreprend de grouper le^ œuvres éparses, les lettres détenues par tant de mains différentes. Cette tâche comporte beaucoup de patience, de diplomatie, voire même de sérieux soucis. Il y associe d'assez bonne heure son ami Trébutien, de Caen, sorte de bénédictin laïque, aux allures modestes, mais capable de l'enthousiasme le plus vibrant sous une apparence timide. Pendant d'assez longues années, le travail demeura commun entre les deux amis; leur correspondance en témoigne
I . George Sand avait intitulé son article George de Guérin ; d'Aurevilly conserve momentanément à son ami le prénom usuel que le célèbre écrivain lui avait donné par erreur, et qui était d'ailleurs, dans l'ordre suivi pour l'acte de naissance, son premier prénom.
Planche II.
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Poésie d'Eugénie de Guérin
Transcrite par G.-S. Trébutien.