LES MANUSCRITS DES OEUVRES DE GUERIN
nous offre les quinze lettres à d'Aurevilly et celles qui furent écrites par Guérin à Madame***, au cours d'une passion qui atteignit une intensité extraordinaire. Ces épîtres, oii vibrent des accents d'une beauté incomparable, sont totalement inconnues. Le troisième recueil comprend les poésies d'Eugénie de Guérin dont beaucoup n'ont pas encore vu le jour. Quant aux: deux derniers manuscrits, ils sont remplis par les lettres d'Eugénie à Madame de Maistre ; un certain nombre d'entre elles n'ont pas été publiées. Le cinquième manuscrit est d'une écriture fine et soignée qui n'est pas celle de Trébutien. En oatre des éléments fournis par ces divers recueils, j'ai pu consulter, grâce à de très gracieuses communications dont je ne saurais trop remercier M. de la Blanchardière, petit-fils de H. de la Morvonnais, Mademoiselle Read, toujours si bienveillante aux chercheurs, et mon jeune ami M. Louis Loviot, toute une série d'autres manuscrits des lettres de Maurice. Signalons seulement celui qui provient de la bibliothèque du regretté Alidor Delzant et celui — copié par Trébutien — qui porte le titre de Gueriniana. Un autre manuscrit, portant la même rubrique et semblable à celui que nous avons eu entre les mains, a fait partie de la vente de La Sicotière^. Il faut ajouter à tous ces manuscrits, oii
1. Il a été acquis par un écrivain éminent, dévot de Guérin, qui m'a offert, très gracieusement, de me le communiquer. Tous les manuscrits intitulés : Gueriniana, semblent bien renfermer les mêmes textes. Un ministre bibliophile en possède un également.
3o MAURICE DE GUÉRIN
se rencontrent environ quatre-vingts lettres inédites de Maurice, des dossiers de documents provenant de Ch. Marie, Gandar, etc., et aussi les lettres de d'Aurevilly. Mais d'autres trésors restent assurément cachés : l'énorme cahier de Miscellanées et celui qui renfermait des Paysages^ dont parle Barbey en i853 ; il doit subsister quelque part une réunion de ces projets, essais, canevas, que Guérin affectionnait de rédiger sur de petits papiers, à la manière d'André Chenier, dont certains traits le rapprochent si naturellement ^. 11 est certain que le Centaure et la Bacchante ne sont pas les seuls poèmes du même genre, sinon achevés, du moins conçus et préparés par Guérin. Qui nous rendra les autres.^ Essayons cependant de scruter à nouveau cette figure mystérieuse et troublante, en nous servant des matériaux, déjà considérables, qu'il nous a été donné de réunir. Si notre siècle s'annonce, plus que tout autre, avide de littérature intime, s'il recherche avec tant de ferveur à reconstituer l'histoire des âmes, nul doute que celle dont nous allons parler ait tous les titres pour l'intéresser au plus haut point.
I. Il est très possible, toutefois, que les Paysages en question correspondent au Cahier vert qui en contient un grand nombre.
3. Voy. la note de B. de Marzan dans l'éd. Trébuticn, in-12, p. 44o : « Sauf une peut-être, la plupart de ces imitations (des poètes Eschyle, Sophocle et Aristophane) restèrent à l'état d'ébauches, et Guérin n'en parle pas dans son Journal, où il ne dit rien non plus d'une infinité d'autres pièces qu'il m'a lues ou qui furent ou égarées ou détruites, ni d'aucune de celles qu'il m'adressa jusqu'à la dernière, qui est de Paris, i3 avril i834. »