‹ Maurice de GuérinChapitre 19 sur 125 · LES PREMIÈRES LETTRES · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES LETTRES

cours de ses pensées. Les moindres impressions se gravaient profondément dans son âme. Maurice aimait d'une affection singulière un amandier sous lequel il se réfugiait aux moindres émotions. Eugénie le vit rester là, debout, des heures entières. Son imagination était alors d'une vivacité incroyable. II me paraît évident que des études classiques trop prolongées n'ont fait qu'égarer et retarder le développement de ce talent étrange, qui connut ainsi à douze ans l'ivresse de la nature. En tout cas, il se rappela toujours avec délices ce qu'il appelait plus tard (I les leçons de la solitude » .

En ce qui touche ces deux lettres, remarquons simplement que la première est adressée par le jeune collégien à ses deux sœurs, la seconde à Eugénie seule. Il fait part à son aînée, avec une naïveté charmante, de ses premières impressions parisiennes: (' En admirant toutes ces merveilles, je me disais : Eugénie est dans les bois et moi je suis ici... cette idée empoisonnait le plaisir que je ressentais. » Et il prie celle-ci de lui envoyer par Armand d'Huteau, ses cheveux et ceux de Mimi (sa plus jeune sœur, Marie), qu'il a oublié de prendre à son départ :

« Fais-le, je t'en prie, ils me rappelleront toujours à ton souvenir, quoique je n'aie pas besoin de ça pour penser à toi, et je dirai en les voyant : Voilà les cheveux de taio. Et peut-être que <uto considère à présent les miens. » (21 oct. 1824.)

A la fin du mois de j an vier 1826, Maurice écrit à son père. Il est deux fois de suite le premier de sa classe «n vers ; le grec va mieux. Son cousin Auguste Ray-

naud, qui est en même temps son correspondant, lui donne des répétitions qui l'aident beaucoup. Tout le reste va fort bien. Il conquiert sa « Saint-Charlemagne », qui lui vaut un déjeuner splendide, terminé par un bon verre de vin blanc à la santé de Charles X. Six semaines plus tard, il annonce qu'il a été le second en version et qu'il est arrivé maintenant au niveau des autres pour le grec. Protestations de tendresse à l'égard de ses sœurs ; il leur envoie de ses cheveux. Le lo avril, il entretient son père avec ravissement des douceurs que lui cause l'étude des lettres. Le grec fait maintenant sa principale occupation en même temps que ses délices. Il éprouve décidément pour cette langue un goût très viL De telles déclarations ne sont pas indifférentes sous la plume de celui qui devait par la suite imaginer, avec tant de puissance, des évocations mythologiques que n'eût pas reniées le plus pur génie hellénique. A Pâques, il y eut une distribution de prix qui lui valut deux accessits. Il fait, le lundi de Pâques, une promenade au calvaire du Mout-Valérien : le spectacle grandiose qui s'offre à lui du haut de la colline excite son admiration : il a peine à s'arracher à ce beau sommet. Lo jour de l'Ascension, s'accomplit pour Maurice la cérémonie de la première communion, que sa famille s'alarmait un peu de voir retardée depuis quelque temps. Le 17 août s'ouvrent les vacances, mais notre jeune élève, et non sans mélancolie, ne quitte Paris que le 3i. Il souffrit beaucoup, assurément, de sa longue réclu-

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