‹ Maurice de GuérinChapitre 21 sur 125 · I. Ed. in-i2, p, i3/j · texte numérisé non relu

I. Ed. in-i2, p, i3/j

Tout serait à citer de la délicieuse épître du 2 novembre écrite en réponse à un envoi de fruits du sol natal : « Ma chère Eugénie, si l'on avait apporté à Ulysse, pendant qu'il errait sur la mer et poursuivait sa patrie qui semblait fuir devant lui, des poires des treize poiriers de Laërte, elles ne lui auraient pas fait plus de plaisir qu'à moi les grenades de la terrasse du Cayla. C'est à la fois un présent de ^ton cœur et de ces arbres qui m'ont vu naître. Ces fruits et cette phrase de ta lettre, où tu me dis que tu soigneras bien les pêchers afin qu'ils portent de beaux fruits pour l'année prochaine, m'ont rappelé ce passage charmant de Paul et Virginie, où il est dit que celle-ci envoya à Paul les graines des pommiers, des pêchers et autres arbres fruitiers de France, et que Paul lui répondit qu'il les avait semées et qu'il les cultiverait avec grand soin, afin qu'à son retour elle pût voir ces arbres naturalisés dans l'île de France et manger de leurs fruits. » Effusion déjà bien digne de Guérin et qui annonce cette universelle communion, cette invincible tendresse, que nous allons voir s'établir entre la nature et lui. En retour de ce don, nouvel hommage à Eugénie d'une pièce de poésie très travaillée, sans parler d'une épître en vers qu'il a reconnue, après réflexion, indigne de celle qu'il appelle la Muse d'Occitanie. Il remplace cet essai manqué par un petit poème que lui a inspiré la vue d'une gravure exposée à un étalage parisien : La Veuve du Matelot. L'autre pièce est intitulée ; Le Souvenir de la Patrie,

Page 1