APOLOGIE DE LAMENNAIS
Plusieurs de ses articles paraissent dans le journal de Lamennais (n" du 12 avril, article sur les procès de presse). Il y donne une poésie sur la Pologne. Après deux ou trois contributions de ce genre, il espère être rétribué.
« J'espère aussi que j'aurai le plaisir de vous voir dans deux mois et demi, et que vous n'exigerez pas que je m'ensevelisse pour toujours au Gayla. Autrement, je ne ferais pas le voyage. Adieu, vous tous qui êtes irrités contre moi. »
Le 20 mai i83i, lettre fort curieuse à sa sœur à propos de V Avenir : on y trouve une apologie en règle de Lamennais :
« Tu me demandes une apologie des doctrines de l'Avenir : ton espoir est en suspens, il flotte entre des affections profondes et une logique invincible. Je vois qu'au fond tu donnes complètement raison à M. de Lamennais, mais tu n'oses pas te prononcer : on crierait à l'absurdité. Eh bien ! laisse crier et crois. Si je voulais entreprendre une apologie de V Avenir, je ne ferais que redire ce que les rédacteurs ont exposé
dans leurs professions de foi Ceux qui, après avoir lu cette
dernière, ont fermé le livre en disant : « C'est absurde », ceux-là ne comprennent rien au catholicisme. Ces hommes-là ont dit : Lamennais est libéral, Anathème à Lamennais ! Eh bien ! oui, puisque vous le voulez, Lamennais est libéral, si vous entendez par là un homme qui aime la liberté; et qui ne l'est pas dans ce scns.^ Car comment y aurai^il sous le ciel un adorateur de l'esclavage ? Mais cette liberté, il ne l'entend ni comme ceux qui usurpent le nom de libéraux : ils établissent que le peuple n'a d'autre loi que sa volonté, laquelle créa la justice, doctrine qui renferme évidemment l'athéisme ; ni comme vous qui élevez la volonté d'un' homme au-dessus de la loi éternelle de justice, qui détrônez Dieu et placez son église à l'ombre d'une main morlellc. Oui, le libéralisme avec sa souveraineté du peuple et le royalisme galUcan avec son ina-
missibililé du pouvoir sont également athées. Oser comparer ces doctrines étroites et terrestres avec cette haute et divine politique qui élève au-dessus de la tète des rois et de toute souveraineté la loi de justice, manifestée visiblement dans l'Eglise, et place les droits et la liberté des peuples sous la sauvegarde de Dieu ! 11 ne faut pas être de ceux qui, se renfermant dans une affection, ne voient dans tout ce qui se passe que Henri V et Philippe ; élargissez vos vues, sortez de la prison de l'époque : ne vous placez pas pour contempler le monde sur les marches d'un trône ou sur les ruines d'une monarchie ; montez au pied de la croix où le monde se révélera à vous avec tous ses rapports secrets, les voies sublimes de la Providence, et les lois profondes, éternelles, immuables qui le régissent. Philippe et Henri, libéraux et royalistes, tout cela n'est que transition, tout cela n'est qu'un cri, un flot, une écume qui court sur la surface des eaux, tandis que le fleuve roule, immense, profond vers l'Océan promis. Prenez en dessous toutes les doctrines humaines qui retentissent dans le monde ; que trouvez-vous ? Arbitraire, caprice, rêve, fantôme, bulle qui s'enfle du souffle d'un enfant. La doctrine de Lamennais s'appuie, elle, sur la vérité éternelle ; le catholicisme, tel est le dogme générateur de sa doctrine, et comment une conséquence fausse pourrait-elle sortir d'un principe vrai ? Je n'en finirais pas si je voulais développer la prodigieuse beauté de ces doctrines, appliquées non seulement à la politique et à la philosophie, mais aux lettres et à toutes les facultés de l'esprit humain... »
Nul doute que cette lettre et celles qui vinrent ensuite, ne rentrent dans la catégorie des pièces que Mademoiselle Marie de Guérin proscrivit au moment où s'élabora l'édition. Et cependant, faute de connaître ces documents, l'évolution si intéressante qui conduisit Guérin à la Chênaie demeure complètement inexplicable. A s'en tenir aux données de l'édition, on peut ignorer d'une manière absolue