‹ Maurice de GuérinChapitre 25 sur 125 · DILIGENCE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

DILIGENCE ET POLITIQUE

chassés dans deux bandes rouges qui leur servaient de paupières. » Il fait quelques visites au cours des stations. A Brives, achat de truffes pour le cousin Auguste.

« Aux environs de cette ville, nous laissâmes la vieille et nous prîmes à sa place un ofTicier de santé venant d'Alger, bon enfant, parleur comme un militaire. Il nous donna sur cette campagne beaucoup de détails fort intéressants ; il portait avec lui un fusil iDris à un chef bédouin. »

Le lo décembre, lettre à Eugénie, remplie de détails sur les événements politiques, notamment sur le procès des Ministres et sur la mort de Benjamin Constant. Le 26, nouvel envoi d'impressions qu'on trouvera plus loin en appendice. En présence d'épîtres aussi nourries, le reproche paternel de négligence se fera plus rare. A la fin de l'année, nouveau bulletin politique très développé : décidément le procès qui se poursuit devant la cour des Pairs passionne notre étudiant. L'éloquence qui s'y dépense du côté des accusés et de leurs défenseurs est célébrée par lui avec un enthousiasme ému. Ces pages, qui nous présentent un résumé substantiel et étudié de la situation, nous offrent en même temps un aspect assez ignoré du talent de leur auteur. On vit alors sur le qui-vive dans tous les milieux qu'il fréquente :

(( Qui sait ce que nous amènera l'année qui va commencer ? Il ne faut pas y penser. Savez-vous que Gustave est sousdiacre ? Quel courage de s'engager par le temps qui court 1 »

56 MAURICE DE GUÉUIN

L'année i83i s'ouvre sur ces entrefaites. Guérin expédie à ses sœurs, avec ses souhaits, quatre petits volumes, qui renferment autant d'ouvrages d'un auteur charmant — qu'il ne nomme pas — dont la lecture abrégera quelques-unes de leurs longues soirées d'hiver et peut-être fera couler quelques larmes. La situation s'améliore ; Paris retrouve un peu de son ancien mouvement, « mais le volcan n'est pas éteint ». L'hiver de i83i fut, sous le rapport mondain, singulièrement triste. Un peu plus tard, Maurice éprouvera quelque fierté d'avoir traversé sans grande crainte une révolution et di?i: émeutes.

On boudait au faubourg Saint-Germain. Point ou peu de bals : à peine quelques soirées musicales. Maurice entend chanter, dans une de ces réunions, par Ponchard, la ballade de Victor Hugo, Madelaine (sic), qui les amusait tant sa sœur et lui au Cayla. Ses études lui causent toujours de grandes préoccupations : l'indécision, qui fut la grande plaie de son caractère, l'empêche, en même temps que les inquiétudes matérielles, d'adopter une ligne de conduite vraiment ferme. Il n'a pas voulu être prêtre, parce que la vocation lui a fait défaut, médecin, parce que tout en lui l'éloignait de cette carrière, etc. Il reste fidèle au droit sans le moindre enthousiasme et se montre fort hostile à l'idée d'une carrière universitaire : il tâche de poursuivre son éducation politique avec l'espoir d'entrer dans la presse. Tous les jours il se rend aux bureaux de V Avenir ; il y fait môme connaissance avec Lacordaire (avril i83i).

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