I. M. Edmond Pilon
centaure Macarée, élève du grand Gliiron ; il ie représente racontant toute sa vie : d'abord sa naissance dans le fond d'une caverne sauvage, au plus épais de l'ombre, puis l'éveil de ses forces et la croissance des degrés de vie qui montent dans son sein. Macarée goûte alors la Ade toute pure et telle qu'elle lui vient sortant du sein des dieux. Quand il descendit de son asile dans la lumière du jour, il chancela et ne la salua pas, car elle s'empara de lui avec violence, l'enivrant comme eût fait une liqueur funeste soudainement versée dans son sein. Il éprouva que son être, jusque-là si ferme et si simple, s'ébranlait et perdait beaucoup de lui-même, comme s'il eût dû se disperser dans les vents. Dans la fierté de ses forces libres, il erre, s'étendant de toutes parts dans les déserts. Il s'abandonne à une impulsion sans frein, parcourant la terre, traversant les forets immenses, se laissant emporter au cours des fleuves, jouissant ainsi, par son corps rapide et infatigable, du délire d'une fougue animale indomptable, tandis que par sa tête et ses bras librement portés vers le ciel, il goûte l'orgueil et la sécurité d'un demi-dieu. Mais comment résumer une pareille synthèse de vicP Gomment, d'autre part, faire comprendre, sans tout citer, à quel point le style de Maurice pénètre l'âme en même temps qu'il enchante l'oreille par la puissance de ses images ^
I. Journal des Concourt, I, 874 : « Pour moi, dans les modernes, il n'y a eu jusqu'ici qu'un homme qui ait fait la trouvaille d'une langue pour parler des temps antiques : c'est Maurice de Guérin dans le Centaure. «