LETTRES DE B. D AUREVILLY A TREBUTIEN
i" novembre i85o.
Ne dites pas que vous n'avez que les germes de toutes choses. C'est ce que disait Guéri n aussi, qui vous avait dcAiné et à qui vous avez couvé des pensées d'art dans la tête, cette Ruche d'or d'où toutes les abeilles de l'Attique allaient s'envoler, quand
il a fallu mourir ! Guérin ne se trouvait, comme vous, que le Germe des choses ; il se voyait comme vous dans un miroir renversé. Vous êtes tous deux les victimes de l'idéal parce que vous n'êtes jamais au niveau de votre conception.
i4 septembre 18/17.
Vous ne croyez pas en vous. Vous n'osez pas avec vousmême, et la paresse trouve son compte dans la croyance au néant dont elle engourdit la douleur. Guérin avait été comme vous. Il ne croyait pas à son génie. J'ai vingt lettres de lui, vingt billets écrits avec le plus pur sang de sa pensée, plus précieux que le sang de ses veines ouvertes et coulant plus douloureusement, dans lesquels il s'insulte dans toutes ses facultés et se proclame une impuissance ! Cela m'a fait, depuis, comprendre que les plus grands saints se crussent les plus grands pécheurs.
Planche IV.
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Autographe de Maurice de Guérin.