‹ Maurice de GuérinChapitre 74 sur 125 · LES GRECS ET GCETHE · texte numérisé non relu

LES GRECS ET GCETHE

passionné vers les secrets de la nature. Il ne l'a point aimée en poète seulement, il l'a idolâtrée. Il a été panthéiste a là manière de Gccthc sans le savoir, et peut-être s'est-il assez peu soucié des Grecs, peut-être n'a-t-il vu en eux que les dépositaires des mythes sacrés de Cybèle, sans trop se demander si leurs poètes avaient le don de la chanter mieux que lui. Son ambition n'est pas tant de la décrire ni delà comprendre, et les derniers versets du Centaure révèlent assez le tourment d'une ardente imagination qui ne se contente pas des mots et des im.ages, mais qui interroge avec ferveur les mystères de la ci'éation... Il veut savoir, il veut surprendre et saisir le sens caché des signes divins imprimés sur la face de la terre ; mais il n'a embrassé que des nuages, et son âme s'est brisée dans cette étreinte au-dessus des forces humaines. C'est être déjà bien grand que d'avoir entrepris comme un vrai Titan d'eî^ralader l'Olympe et de détrôner Jupiter. » G. Sand donne en note une longue et curieuse lettre de Sainte-Beuve, censé « un vieux ami de province », que je regrette bien de ne pouvoir reproduire. En voici le début : « Cette ébauche du Centaure me frappe surtout comme exprimant le sentiment grec grandiose, primitif, retrouvé et un peu refait à distance par une sorte de réflexion poétique et philosophique. Ce sentiment-là, par rapport à la Grèce, ne se retrouve dans la littérature française que depuis l'époque moderne... » Et le critique présente en trois pages l'histoire de ce sentiment à travers les âges.

(Art. de G. Sand dans la Revue des Deux-Mondes, i5 mai iS.'io.)

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