‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 10 sur 141 · LE MARIAGE DE GLERIN I · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE GLERIN I

labyrinthe ». Cependant, un mieux se révèle chez Maurice. Le mariage fat célébré le i5 novembre, dans la petite chapelle de l'Abbaye-aux-Bois, celle-là même qui vient d'être démolie et dont un grand mur subsista quelque temps avec ses peintures, en face des nouvelles constructions édifiées sur l'emplacement du vieux couvent. On trouvera un récit du mariage dans une lettre d'Eugénie à son père (7 novembre) ; détail piquant : elle se trouva placée, au dîner, à côté de Barbey d'Aurevilly.

Un ancien maître, M. Buquet, préfet des études au Collège Stanislas, donna la bénédiction nuptiale aux jeunes époux. On attend, dans l'entourage de Maurice, son retour au christianisme. Mais de graves soucis surviennent : le bonheur de notre poète ne sera pas de longue durée. La maladie le reprend : ce sont des accès sans cesse renaissants, des accablements, des tristesses que partage douloureusement sa sœur. Celle-ci, avant de retourner dans le Midi, va séjourner au château des Coques (décembre i838). Elle regagne de nouveau Paris où elle passe les trois premiers mois de 1889, auprès du nouveau ménage. De la mi-avril jusqu'à la mi-juin, nouvelle visite prolongée d'Eugénie au château des Coques. Pendant ce temps l'état du frère bien-aimé a empiré. De fréquents malentendus avec la tante de sa femme compliquent encore la situation. Sa famille décide de le faire venir avec sa jeune femme au Cayla. Tous deux se mettent en route, non sans de grandes difQcultés. Ils retrouvent,

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le 22 juin, leur sœur à Tours, où elle arrive venant du INivernais.

Le triste voyage se déroule lentement et péniblement i^ar Poitiers, Angoulême, Bordeaux, Toulouse ; il dura vingt longues journées. La joie de revoir le ciel natal, la vieille demeure de ses pères, la terrasse et son horizon familier, et d'y retrouver toute la fraîcheur des tendresses premières, ne put ranimer Maurice. La faiblesse s'accentua et le mal fit rapidement son œuvre. Sa contenance vis-à-vis de la mort fut forte et courageuse. Il tint, nous déclare sa sœur, à faire une haute et dernière rétractation des doctrines de Lamennais et à affirmer son retour à sa foi ancienne. Peu d'instants avant son dernier souffle, les sacrements lui furent administrés, sur sa demande, et il s'éteignit, entouré de tous les siens, le vendredi 19 juillet 1889, à onze heures et demie du matin, onze jours après son arrivée, huit mois après son mariage. Il repose au cimetière d'Andillac, au pied d'un très modeste monument — une petite pyramide — élevé peu de temps après sa mort, par les soins de sa veuve. Maurice disparaissait à vingt-neuf ans, fauché dans sa fleur, plus jeune qu'André Chénier, au moment où il obtenait enfin les loisirs et la liberté qui devaient assurer le plein épanouissement de son génie.

La jeune veuve quitta le Cayla moins d'un mois après sa mort. A l'heuic où la tombe de son mari allait se refermer, elle avait, assure-t-on, coupé ses beaux cheveux blonds pour les jeter sur la dépouille

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de Maurice. Ses lettres se firent rares ; sa belle-sœur la revit cependant à Paris ; elle retourna aux Grandes-Indes et s'y remaria, neuf ans après le triste dénouement de sa première union. Eugénie, dont la douleur s'épancha, on le sait, en des pages immortelles, survécut moins de dix ans à celui « à qui allait toute sa vie » et dont elle avait été un peu la mère ; elle succomba elle-même au Cayla, le 3i mai 1848, après une maladie qui suivit à peu près le même cours que celle de son frère ^

I. Son père lui sui-vécut. Il mourut le 16 décembre i852. Sa plus jeune sœur, Marie, ne se maria point ; elle mourut vers 1876. Quant au frère aîné, Erembert — Eran dans les lettres de Maurice et d'Eugénie — qui s'occupa d'agriculture, il se maria à Gaillac en mars 1842, avec Mademoiselle Anaïs Boutet, et mourut en i854. De cette union naquit une fdle, Marie, qui épousa M. Mazuc. Quand j'ai visité le Cayla, en septembre 1905, j'ai eu l'honneur d'y être reçu par Madame veuve Erembert de Guérin, belle-sœur de Maurice et d'Eugénie, presque nonagénaire, et par ses enfants, M. et Madame Mazuc de Guérin, qui occupent toujours la demeure familiale. Madame Erembert de Guérin est morte au Cayla, le 2 mars 1908, à 88 ans.

On trouvera dans le volume intitulé Gabrielle Delzanl, Lettres, Souvenirs (1904), p. 2o5 et suiv., des détails précieux sur la famille des Guérin et sur le Cayla, depuis i85o.

Lamartine (Entretiens 88 à 90; et beaucoup d'autres après lui ont décrit le Cayla. Je citerai aussi la description donnée par Emile Vaïsse Cibiel (août i863).

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