EPREUVES ET AMITIES
aspérités de cette vie, il ne lui reste guère qu'un défaut, mais capital : c'est de réduire à quelques débris le temps dont les éludes qui doivent me porter au-dessus de la condition présente réclament de grandes portions. » Sa vie était enfermée dans une sorte de cercle vicieux. Que de découragements, que de lenteurs dans son labeur personnel lui valait une telle complication d'existence : c'est ce qu'il n'est pas besoin de démontrer.
De là, selon toute évidence, l'affaiblissement de sa santé et la venue du mal, qui a enlevé aux lettres françaises tant de promesses magnifiques. En novembre i836, il se voit obligé de « prendre un rhume au sérieux ». Au printemps de 1887, une maladie de poitrine se déclara, a La grippe et l'excès de travail, écrit Eugénie, nous ont donné des alarmes pour sa poitrine ». Il quitta Paris en convalescence le 11 juin, et fit un séjour en Nivernais au château des Coques. Il gagna le Midi en descendant la Saône jusqu'à Lyon et le Rhône jusqu'à Beaucaire. Cette navigation lui permit d'admirer de magnifiques paysages, mais trop rapidement à son gré. Arrivé dans sa famille, au Cayla, il redevint malade, mais d'une autre maladie, crut-il, que celle dont il venait guérir les derniers restes. Une fièvre d'accès se déclara qui, au bout de quelque temps, dégénéra en fièvre lente et de consomption. Après plusieurs semaines, un mieux se manifesta et « il reprit lentement le chemin de la vie ». C'est un peu avant son départ de Paris, que s'ébaucha, sans doute, le projet de son mariage avec
Caroline de Gervain '% jeune fille de dix-huit ans née à Batavia, ot dont la famille avait ensuite résidé à Calculta. La fortune de cette dernière était dans le commerce avec les Indes : pas considérable encore, mais avec toutes chances de développement. Quand les fiançailles furent sur le point d'être décidées, la jeune Indienne alla passer quelque temps avec sa tante au Cayla, dans sa future famille, pendant les mois de septembre et d'octobre. Elle y retrouva Guérin, qui resta dans le Midi jusqu'au 25 janvier i838, et la rejoignit seulement alors à Paris. Celui-ci demeura, peu après son retour, dans la même maison que sa fiancée, rue du Cherche-Midi, n° 36, tranquille pavillon dans un jardin, « nid charmant où le voilà tapi, sans compter et en attendant l'autre ». En avril, Maurice retombe malade, toutefois il semble se remettre assez vite. Sa vie est partagée entre sa fiancée, Barbey d'Aurevilly, quelques amis, et son travail, devenu moins absorbant. On fixe le mariage vers les premiers jours de novembre. Eugénie se rend du Cayla à Paris, avec Ercmbert, pour assister à la cérémonie. Peu de temps avant son arrivée (7 octobre), son frère était retombé. Elle le retrouve tout pâle et son cœur se remplit de craintes, a de pressentiments bien noirs ». D'Aurevilly lui est présenté ; elle le définit joliment : « un beau palais dans lequel il y a un
i. Los éditions de Trcbulicn portent de Gervain. Les adresses des lettres de Maurice à Caro, pendant les fiançailles, portonl Gervain, sans particule.