‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 112 sur 141 · SUR UN PREMIER AMOUR · texte numérisé non relu

SUR UN PREMIER AMOUR

Trois ans bientôt, vm rêve aux blanches ailes. Doux et serein, descendit sur mon cœur, Et comme font les étoiles fidèles M'enveloppa de calme et de lueur.

Sous cet abri d'amour et d'innocence.

Trois ans durant mon âme a sommeillé.

Trois ans j'ai vu la vermeille espérance Luire sur moi comme un ciel étoile.

Oh ! les beaux deux, les sphères ravissantes Qui m'ont ouvert leurs parvis radieux ! G'étai[pn]t sans fin des étoiles charmantes Qui se posaient en passant sur mes yeux.

APRÈS L>' RÊVE d'OR 28 1

C'étaient des mers où le flot se balance Au vent du ciel sans cesse déroulé, Et mes trois ans flottaient sur l'espérance Gomme l'esprit sur un beau rêve ailé.

Et puis c'était (jamais dans sa sagesse Dieu ne créa paradis sans amourj, Et puis c'était une âme de tendresse, Plus belle encore que son divin séjour, A la voix douce et pleine d'innocence.

Et son legard pur, à demi voilé :

Durant trois ans couronné d'espérance.

Mon front brillait comme un front étoile.

Comme l'enfant qui sourit dans ses langes. Notre amour pur d'innocence rempli.

Calme et joyeux comme celui des anges Sur notre front ne creusa pas un pli.

C'était une eau pleine de transparence Où se miraient nos regards consolés, Et mes trois ans de naïve espérance Ne comptaient pas les moments écoulés.

Un mot tombé d'une bouche bien chère A dissipé ce jour harmonieux.

Mon rêve d'or, mon rêve de lumière A tire-d'aile a regagné les cieux.

Je suis resté sans voile et sans défense Au lourd soleil de ce monde brûlé, Et j'ai trouvé de trois ans d'espéi'ance Ce que nous laisse un torrent écoulé.

Douce beauté ravissante de charmes, Ce rêve, hélas ! c'est toi qui l'as brisé. Toujours aimant, je t'aime dans les larmes Comme j'aimais dans mon rêve bercé.

J'adorerai ton nom dans la souffrance Gomme on adore à l'autel dépouillé.

Soyez bénis, mes trois ans d'espérance, Et vous pleurez, ô mes yeux désolés !

282 MAURICE DE GUÉlUN

LE BENARRY

A Toi'.

11 est un chant mélancolique, Un murmure sur nos coteaux, Une simple et douce nmsique, Voix d'innocence et de repos.

A l'heure où sur notre paupière Le jour épuise vient mourir, Cette voix commence à gémir Ses longs adieux à la lumière.

Tant que survit une rougeur On l'entend soupirer encore :

Elle s'éteint et s'évapore Avec la dernière lueur.

Bien jeune, du jour qui décline Je poursuivais l'éclat mourant ; J'aimais à voir l'astre géant Mourir derrière une colline.

Et sur quelque sommet assis.

Heureux de ma jeune existence.

J'avais des rêves d'innocence Que mon âme a pleures depuis.

Des accords que le soir réveille Et qui montent du fond des bois Nul, à l'égal de cette voix, Ne savait charmer mon oreille.

Parce que des sons qu'inspirait Ou la douleur ou la tendresse.

Aucun n'avait tant de tristesse Que cette voix qui gémissait.

Page 1