‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 116 sur 141 · MÉLODIE AUTOMNALE · texte numérisé non relu

MÉLODIE AUTOMNALE

L'Automne qui nous laisse, Charmante en sa vieillesse L'Automne va mourant.

En souriant.

Ce soir avec mystère Elle a paré la terre Des plus doux, des plus longs De ses rayons.

Elle a fait la parure Mélancolique et pure Du ciel en bandeaux blancs.

Bien ondoyants ;

Et celle des collines.

En longues robes fines De flottantes vapeurs Aux cent couleurs.

Les caresses soyeuses De ses deux mains flatteuses Ont adouci l'élan De l'Océan.

Et comme un débonnaire, Des ondes le vieux père Sourit et va chantant L'antique chant.

MÉLODIE ALTOM-NALE 28;

Dont il berce nos rêves En comptant sur ses grèves Ses poissons, ses oiseaux.

Et ses vaisseaux.

Du jour voici la chute Au sommet de la butte Qui domine si bien Tout le lointain ;

Allons de compagnie En une rêverie Balancer nos esprits, Tous trois épris

Des vastes étendues Que le soir a rendues Vagues comme le ciel A l'œil mortel.

Les rêves sans nombre Qui le soir dans l'ombre Descendent des cieux Silencieux,

Et comme les pousse Leur fortune douce.

S'en vont dans les bois Chercher des toits

Sous la feuille grise.

Ou bien sur la brise S'en vont voltiger Et vovagor ;

200 MAURICE DE CUEUIN

Ou le long des ondes Sur les grèves blondes Foulent le satin Du sable fin ;

Prêtant leurs oreilles Aux grandes merveilles Que l'océan dit

Durant la nuit ;

Nous voyant trois âmes < Ecoutant les lames Sur le tertre noir Le long du soir ;

Trois âmes songeuses, Trois cames quêteuses De rêves errants

Parmi les champs ;

Et les feuilles grises, Et l'aile des brises, Et les sables doux

A leurs pieds mous.

Et le flot qui roule, Quitteiont en foule 2, Pour faire ce soir Leur rcposoir

Dans n.os âmes pleines De douces haleines.

Où leurs ailes d'or Pourront encor,

1. Sans doute, Lui, Ilippolylc La Morvonnais et François du Brcil de Marzan {Note du Manuscrit).

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