PARLONS TOUT BAS
Romance.
Quand on vient respirer le soir, sous la verdure, La dernière haleine du jour.
Douce comme un parfum d'amour.
Heureux celui qui se penche et murmure : Parlons tout bas, parlons tout bas I On ne nous entendra pas.
C'était comme aujourd'hui ! la brise qui soupire Ainsi jouait dans ses cheveux.
Ainsi resplendissaient les cieux,
Tout fors un mot que je ne puis plus dire : Parlons tout bas, parlons tout bas I On ne nous entendra pas.
Mots à demi-formés, ravissante harmonie.
Bonheur qu'un rêve nous a fait D'autant plus doux qu'il est secret :
Que l'univers serait chose jolie,
Si l'on parlait tout bas, tout bas, Pour qu'on ne s'entendit pas !
ÏV. — Poésies d'Eugénie relatives à son frère ^
A MON Frère au collège.
Pleure[r] son or ou sa grandeur :
Ciel, auprès des pertes du cœur Que sont les maux de la fortune?
Le coup le plus affreux du sort,
C'est de perdre un ami par l'absence ou la mort.
Hélas ! j'ai ressenti cette peine cruelle
Le jour où comme un fruit du rameau détaché, Mon frère, tu fus arraché De la demeure paternelle :
Combien je répandis de pleurs Et combien j'en répands encore !
Le temps a pu calmer d'autres douleurs,
Mais ta présence seule à ta sœur qui t'implore Peut rendre le bonheur.
Bonheur tardif, cruelle attente.
Quand on éprouve ta rigueur.
Que la marche du temps est lente !
Depuis qu'un sort jaloux te ravit à ta sœur,
€inq fois j'ai déjà vu des rives de l'aurore L'oiseau voyageur de retour.
Toi seul ne reviens pas encore.
Ce seul désir, la nuit, le jour.
Remplit mon âme tout entière.
Interrompt jusqu'à ma prière.
Hélas, ainsi que mon ennui
Je retrouve partout ton image charmante ; Cet enfant, cet oiseau qui chante
Me rappellent les jours où, chantant comme lui,