‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 122 sur 141 · I. Alhision au Crucifix · texte numérisé non relu

I. Alhision au Crucifix

LE FREUE DE THEKESE 29^

En naissant, leurs amos pareilles '

S'aimaient comme deux abeilles

Qui sortent d'un môme rayon.

Leurs cœurs sentaient les mômes charmes.

Leurs yeux versaient les mômes larmes:

C'étaient deux luths en un seul son. 'J

Pour Thérèse aimant la prière

Son frère élevait sous le lierre

Des oratoires dans les bois ;

Il figurait les cathédrales

En mousse et fleurs étaient les dalles

A faire agenouiller des rois.

Ils venaient là, parmi les anges.

Offrir de célestes louanges, Rêver un bonheur éternel ; Car déjà dans leur foi profonde.

Leur ame s'éloignant du monde Prenait en partage le ciel.

Et même en leur soif trop ardente.

Trompant leur mère vigilante,

Ils s'en allèrent pour mourir.

Pour mouiir martyrs chez les Maures.

On les chercha plusieurs aurores

Jusqu'aux bords du Guadalquivir.

Et depuis n'ayant plus de fête, Thérèse au Carmel, sa retraite.

Alla trouver le ciel cherché.

De tous ses liens sur la terre Le seul souvenir de son frère Lui resta dans l'ame attaché.

Toujours unis comme en l'enfance.

Mais séparés par la distance.

Ils s'envoyaient de longs écrits, Ils s'envoyaient ces douces lettres Charmant l'absence, où de deux êtres Passe l'ame en des mots chéris.

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Elle clianlail sa quiétude.

Ses jours sereins en solitude Et SOS ravissemenls d'esprit, Lorsqu'exhalant flamme et prière Son ame embrassait le calvaire En amante de Jésus-Christ.

Lui, resté sur les bords du monde, Parlait de tristesse profonde, D'ennuis au cœur toujours errants :

Avec quelles douceurs sublimes De leurs éiiauchcmenls intimes Se mêlaient les divers courants !

Mais est-il de bonheur durable?

Cet ami, ce frère ineffable, S'en alla de la terre aux cieux.

Et dès lors de Jésus l'amante Eut au cœur douleur véhémente.

Eut torrent de larmes aux yeux.

Même on dit qu'en celle agonie Thérèse aurait perdu la vie, Sans un secours venu du ciel.

Or voici le pieux cantique Que sa harpe mélancolique Fit pour une tombe au Carmel.

Ah I le monde pour moi s'est couvert d'un suaire La terre m'est vui lit de mort.

Je ne vis en pleurs et prière Qu'au sépulchrc où mon frère dort.

Comme j'aimais ' je souffre fort.

Mais, Jésus, je baise la lame Qui me perce l'ame :

Ou souffrir Ou mourir !

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