LA FIN DUNE ENIGME OU
caractéristiques et à coup sur le plus poignant : je veux parler de la rupture qui sépara brusquement Eugénie de sa plus intime amie Madame de X..., en même temps que de Barbey d'iVurevilly et d'une troisième personne étroitement mêlée à ces événements mystérieux. Cette dernière n'est pas, comme l'a cru M. Seillière, Mademoiselle Sophie de R...: il s'agit de la belle-sœur de Madame de X... Quelles furent les causes de cette brouille générale qui fut si douloureuse au cœur d'Eugénie ? Dans quelles circonstances se produisit-elle ? C'est ce qu'une lettre inconnue de Barbey d'Aurevilly à Trcbutien nous permettra de faire connaître. La confidence ne laisse subsister aucun doute ; l'auteur du Dandysme a été, si je puis dire, le héros de cet événement, conséquence d'une triple jalousie féminine. Je rappelle que ces faits se placent dans l'automne de i84i, un peu plus de deux ans après la mort de Maurice.
« Madame de X... et Eugénie se sont brouillées de jalousie, voilà tout. Il y avait dans le salon de Madame de X..., en i84.. trois femmes : les deux belles-sœurs, Madame A... et Madame Am.... (un vrai ]démon Astarté celui-là ! qui me recevait étant au lit, avec un képi de velours rouge à gland d'or, sur ses anglaises noires et nienie di piii '.) et ces deux belles-sœurs, très liées avec Eugénie, la troisième du trio, brisèrent entre elles et brisèrent avec Eugénie, qui brisa aussi pour la même raison avec elles, et la Raison fut... quelqu'un qui n'aimait aucune d'elles et qui avait sur toutes les trois l'ascendant inoui de la plus complète indifférence. Cette trame d'amitié dont vous verrez les premiers coups de navette dans le paquet de lettres que je vous envoie demain, cette trame, tissée entre trois femmes dont l'une avait le génie de rexjDression, le génie du Génie ; Vautre le génie de la bonté et la troisième, la séduction de la Maîtresse du Diable (je ne suis pas le diable, mais f ai habité avec Ziu/). Cette trame à laquelle travaillaient ces trois femmes qui semblaient fourrer leurs trois tètes sous la même capote, fut déchirée en mille pièces par une triple jalousie, efTroyable, et qui se mit à souffler tout à coup comme une trombe, — la foudre tombant d'un ciel bleu ! — Madame de
X... (la ). Du reste, le cahier que vous déchiffrez in questo
moniento vous le laisse bien voir) avait cru aimer notre poëte
0 12 MAUIIICE DE GUERIN
qui avait cru l'aimer aussi ; ils se trompaient tous les deux. Elle était réservée à un autre sentiment qui, pour elle, a été dix ans d'émotion un peu forte, car c'est une nature d'une opulente étoffe, en fait de sensibilité passionnée. C'est cette affection de dix ans qui commençait lors de la rupture avec Eugénie, et c'est cette affection furieuse qui rompit l'amitié prise en défiance de rivalité et de trahison. Eugénie, de son côté, cette laide de Génie, qui avait passé trente ans à i*ôver l'amour, en regardant l'archange Saint Michel de la bannière de son église de village, transportée dans cette serre tropicale des salons de Paris qui ferait éclater les cactus, sentit son cœur fleurir, — pan! pan! — comme un aloës, cette fleur qui déchire son bouton avec le bruit d'un coup de carabine, et l'amitié parfilée avec la baronne, saute du coup ! Enfin cette féline Am.... qui faisait patte de velours dans la main de sa belle-sœur et d'Eugénie eut un cinquantième caprice pour un
homme qui lui paraissait un Christophe Colomb un
découvreur de Mondes , ,....,....
, C'était du moins son rôvc ! et ce fut elle qui organisa la bataille (Dalaille de Dames!) et cela avec des arabesques d'horreurs, compliquées, diaboliques, inouies, que je vous raconterai peut-être un jour, mais quand nous serons face à face, chacun dans noire bergère, en une de ces soirées intimes qui sont les poëmcs do mon avenir !
«Les épisodes de ce Roman sont nombreux. Il est joli comme s'il était faux et il est vrai ! Avant la rupture des trois femmes, ON s'était fait probablement des confidences et voilà, che creio, les lettres compromettantes que vous n'aurez point. A présent TOUS êtes assez renseigné pour comprendre tout ce qu'aujourd'hui'je ne vous dis pas. Maintenant, cher ami, faites rentrer la vérité que je vous envoie dans le trou de votre puits, et continuez de m'aimer. »