CHAPITRE III
Les années d'études.
Les premières lettres de Guérin retrouvées. — Données curieuses et inconnues sur ses études. — Ses impressions parisiennes. — Quelques divergences de vues avec sa famille. — Correspondance avec Eugénie. — Echanges poétiques. — Union d'idées et de . sentiments de la sœur et du frère. — Leurs lectures. — Précoce ferveur de Maurice à l'égard de la Nature. — Crise au sujet de sa vocation. — Sa foi religieuse tiédit. — Ses confidences à Eugénie. — Tendresse réciproque ravivée au Cayla. — Vie de l'étudiant à Paris. — Vacances régulières au Cayla. — Relations de Maurice avec Lamennais et le groupe de l'.4);enir. — Ses débuts de journaliste. — Ses idées politiques. — Vie mondaine. — Rapports avec la Bévue européenne. — Maurice et Louise de Bayne. — Incertitudes. — Le Journal commencé au Cayla (10 juillet 1882). — Communion avec la Nature. — Il s'identifie avec le monde extérieur. — Le panthéisme de Guérin. — Son originalité unique. — Combien il diffère des romantiques. — Crise spirituelle. — Préoccupations sociales.
Parmi les quatre-vingLs lettres inédites et fragments qu'il nous a été donné de réunir, un certain, nombre se rapporte à la première vie parisienne de Guérin, de 1824 à 1882, période peu connue et qui se trouve représentée par quelques pièces à peine dans l'édition de Trébutien. Chose digne de remarque, nous possédons, dans cette collection d'épîtres nouvelles, les deux premières lettres écrites
par Maurice de Guériii à sa lamille, au moment de son arrivée à Paris, en octobre i8a.4- C'est donc, on le voit, la tête même de cette correspondance, dont la place est si belle entre toutes celles du xix" siècle, qui nous est ainsi restituée ^. Le futur auteur du Cahier vert fit ce premier voyage, qui devait l'exiler pendant cinq années loin des siens et du Cayla, au sortir de l'enfance, à l'âge de quatorze ans. Déjà se révèlent dans ces pages quelques-uns des dons qui devaient donner par la suite à son style des qualités si particulières : une sincérité absolue, une exquise sensibilité et surtout la tendresse la plus expansive à regard de sa sœur Eugénie. Là est le trait caractéristique de ces premiers essais épistolaires. Quand on songe, du reste, c[ue l'étonnante pièce en prose : (( Oh ! qu'ils sont beaux ces bruits de la nature, ces bruits répandus dans les airs - !... » a été écrite par Maurice à l'âge de onze ou douze ans, on demeure confondu de l'extraordinaire précocité de son génie. Il avait dès ce moment pressenti sa voie. Eugénie nous le représente pendant son enfance, passant de longs temps à considérer l'horizon et à se tenir sous les arbres. Le bois de Sept-Fonts exerçait sur lui une véritable fascination : il allait s'y asseoir avec sa sœur :
1. De son séjour antérieur à Toulouse, il reste deux lettres citées dans l'édition in-i-i, p. 428, et adressées à Eugénie. L'une d'elles développe ce thème :
« Hélas I le monde entier sans toi N'a rien qui m'attache à la vie. »