‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 49 sur 141 · LES POESIES DE GUERIN III · texte numérisé non relu

LES POESIES DE GUERIN III

du peuplier, ces vers onl un charme qui se redouble du contraste et qui augmente de leur faiblesse. Le Rythme I Le Rythme I Ce n'était qu'un métier à apprendre, un pétrissage, une volonté, du contrepoint littéraire ; mais la mélodie, Guérin l'avait, et elle paraît plus divine à travers les fêlures de sa flûte. L'instrument est imparfait, près de se casser, près de se rompre ; mais l'haleine du jeune dieu qui passe dans les trous du misérable roseau, la sentez-vous mieux perler et porter de vos oreilles dans votre âme, le son originel, le son de la poitrine inspirée, qui passe dans l'instrument, mais que l'instrument ne fait pas ) Voilà aussi ce qui doit donner delà largeur à notre appréciation de cette poésie qui n'est pas des vers, mais qui est plus et moins que des vers, et que les plus beaux vers, forgés à coup de marteau d'or, sur des enclumes de diamants, ne vaudraient pas dans l'opinion des vrais connaisseurs 1... »

Trois ans plus tard, nous voyons d'Aurevilly, dans ses Memoranda, datés de Caen (i856), formuler à l'égard des œuvres poétiques de son ami, ou du moins d'un choix notable de celles-ci, une admiration complète, exempte, celte fois, de toute réserve : « Retrempés — Trébutien et moi — de temps à autre dans les flots de cristal sonore et lumineux de la poésie de Guérin ; — marqué à l'encre rouge les pièces qui doivent composer le volume de vers. — En nous faisant sévères comme des hommes à qui rien ne manque, nous en avons trouvés vingttrois, — vingt-trois chefs-d'œuvre où Dante et Virgile s'entrelacent par-dessus une inspiration qui a sa genuiness à elle, et que rien ne rappelle dans les poésies jusqu'ici connues et admirées. ) D'après cette page enthousiaste, la future édition devait donc comprendre une sélection importante de

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poésies de Guérin. Pour quels motifs Trébutieii y a-t-il renoncé par la suite ? Probablement sur les conseils de B. de Marzan, et peut-être aussi de Sainte-Beuve. Le premier, en effet, a étudié avec une rare pénétration ce qu'il appelle « l'époque poétique » de son ami à la Chênaie et au Val de l'ArgTjenon. Il noie, chez Guérin, une tendance très marquée à donner, dès qu'il compose des vers, une place excessive à ce qu'on pourrait appeler les éléments familiers, les mêmes qui, chez un Jules de Rességuier, et plus tard chez des poètes plus proches de nous, ont pris une importance si grande et souvent aussi un charme si vif. Aux yeux de Marzan, Maurice, Ijien que déjà grand prosateur au temps de sa vie bretonne, manifesta toujours en vers un véritable faible pour la négligence, qu'il afTectait trop de considérer comme une beauté, prétendant en cela s'appuyer de l'autorité de La Fontaine, de Voltaire, de Lamartine et de Béranger. « Cette tendance se trouvait puissamment favorisée par la vogue du moment, qui était au genre intime, pour lequel nous professions tous un goût presque ridicule. »

Une lettre, qui n'a pas été recueillie dans la correspondance de Sainte-Beuve, nous paraît expliquer pourquoi Trébutien a fait, dans son édition, une part si restreinte aux poésies de l'auteur du Centaure. Voici ce que lui écrivait, en effet, l'illustre critique, le 7 septembre i858 :

«Vous m'avez accordéune vraie faveur en me permettant de respirer cette poésie inconnue et de la goûter à sa source. La

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