LE CENTENAIRE ET L EDITION
fragmentaire et incomplète. L'apparition de ce recueil définitif aurait, en outre, le grand avantage de rendre possible la composition d'une biographie détaillée, qui nous manque encore totalement.
Des recherches poursuivies depuis d'assez nombreuses années, une série de visites inoubliables, en Languedoc et en Bretagne, aux trois demeures qui viennent d'être citées, diverses communications gracieuses et des trouvailles de manuscrits m'ont amené à recueillir un grand nombre d'œuvrcs et de lettres inédites de l'admirable écrivain, et aussi à éclaircir presque tous les faits importants de sa trop courte carrière; je voudrais profiter du renouveau d'actualité qui va, pendant quelque temps, s'attacher au « Cygne du Cayla », pour exposer les principaux résultats auxquels ces études m'ont conduit. Puissent les pages qui suivent, inspirées par une tendresse profonde, qui remonte chez leur auteur aux années de la première jeunesse, et que lui transmirent alors quelques-unes des personnes qu'il a le plus aimées, apporter une contribution utile au double monument que les fidèles de cette âme exquise doivent souhaiter de lui voir élever ! Quoi qu'en pense une génération trop éprise de monuments de pierre, de tels hommages — je veux dire l'édition complète et la biographie critique — restent encore, pour la mémoire d'un écrivain, la plus enviable des commémorations, l'hommage glorieux par excellence.
MAURICE DE GUKRIN
Fixons en commençant quelques dates et quelques faits essentiels. Je les formulerai, avec intention, sous la forme la plus concise. Georges-Pierre- Maurice de Guérin est né au château du Cayla, commune d'Andillac, arrondissement de Gaillac (Tarn), le 5 août 1810 — cinq ans après sa sœur Eugénie, née le 29 janvier i8o5 — de Pierre-Guillaume-Josepli de Guérin et de Jeanne-Victoire-Gcrtrude Fontcnilles, sa femme. D'après son propre témoignage, ses premières années furent extrêmement tristes. A l'âge de six ans, il n'avait plus de mère. Après avoir reçu quelques leçons du curé de son village, il commença ses études classiques en Janvier 1822, à Toulouse, au petit séminaire, et vint les terminer à Paris, au collège Stanislas, ori il resta depuis la rentrée de 1824 jusqu'aux grandes vacances de 1829. C'est là, en 1828 et 1829, qu'il se lia avec Barbey d'Aurevilly, son aîné de deux ans. Parmi ses autres camarades de ce temps-là, on peut citer Armand de Rivières et Adrien de Sainte-Marie. Pendant ces cinq années, il ne revit point sa famille. Ainsi commença, dès 182/4, sa correspondance avec les siens. 11 passa la période des vacances de 1829 au Cayla et regagna Paris en octobre. Guérin s'installa dans une petite chambre, donna des leçons pour subsister et commença ses études de droit. En même temps, doué d'une rare curiosité